Procès de Rémy Daillet : le chef d’un groupuscule d’ultra-droite condamné à six ans de prison
L’instigateur de l’enlèvement de la petite Mia en 2021, Rémy Daillet, chef d’un groupuscule d’ultradroite, a été condamné jeudi 15 octobre à six ans de prison, avec maintien en détention, par le tribunal correctionnel de Paris, qui a reconnu le « caractère autoritaire et violent » du « projet terroriste » mené par l’ancien youtubeur.
Le mouvement d’extrême droite radicale, né pendant la pandémie de Covid-19, avait théorisé l’enlèvement d’enfants, et ambitionnait de renverser le gouvernement « pacifiquement ou avec effusion de sang ». Seul détenu du procès, l’éphémère cadre du MoDem expatrié en Malaisie à l’époque des faits, a déjà effectué plus de trois ans de détention. Le tribunal a reconnu l’altération de son discernement au moment des faits.
Un ensemble « hétérogène », acquis à un « délire complotiste »
Des peines aménageables sous bracelet électronique, pour la plupart, ont été prononcées contre 13 de ses coprévenus. À l’exception de Rémy Daillet, seul Robert K., qui vit aux États-Unis et n’était pas présent à l’audience, a été condamné à de la prison ferme, deux ans avec mandat d’arrêt. Lola M., la mère de Mia, enlevée par plusieurs prévenus, a été condamnée à deux ans de prison, dont dix-huit mois avec sursis probatoire, assortis d’une obligation de soins.
Tous ont adhéré à « l’idéologie portée par Rémy Daillet », qui a rassemblé des « personnalités fragiles », a estimé le président Christophe Valente, en rappelant le caractère « profondément antisémite et raciste » de plusieurs prévenus qui projetaient de « séquestrer Jacques Attali et Bernard-Henri Lévy ».
Le parquet antiterroriste avait décrit, lors de ses réquisitions, largement suivies par le tribunal, les 14 coprévenus de Rémy Daillet comme un ensemble « hétérogène », acquis à un « délire complotiste ». Tous avaient été happés par les vidéos de l’ancien politique qui prônait, sur sa chaîne YouTube aux 35 000 abonnés, un changement de régime « autoritaire et violent », selon le président.
Militaires, professeur de physique-chimie, intermittent du spectacle, coach sportif ou encore retraités, âgés de 28 à 74 ans, ont défilé pendant trois semaines et demie à la barre, apparaissant isolés et vulnérables derrière leur écran au moment de leur adhésion au mouvement.
Abolition du discernement
Lors de ses derniers mots, une tirade de 20 minutes, Rémy Daillet s’est « réjoui » d’avoir pu s’exprimer « sans duplicité » et « quitte à déplaire » tout au long des débats, confirmant ainsi le narcissisme mis en lumière par les expertises, dont l’une a conclu à une altération de son discernement au moment des faits, reconnue par le tribunal.
La première expertise estimait qu’il avait mis son « intelligence » « au service de la manipulation », signe d’un dysfonctionnement de sa « perception du monde ». La seconde évoquait des « troubles psychiques » ayant « altéré son discernement », chez une personnalité « proche du type borderline », « hermétique » à l’introspection.
L’ancien chantre de l’école à la maison, théoricien de l’enlèvement d’enfants, qu’il avait rebaptisé « restitution » avait également conseillé à la mère de Mia d’écrire « une lettre manuscrite à sa fille », « un très bon outil de réparation ».
Visiblement très affectée par le portrait de mère défaillante dressé d’elle, Lola M. a quitté à plusieurs reprises la salle d’audience pendant les débats. « Sa volonté n’était pas de séquestrer (sa fille) mais de vivre avec elle dans la plus grande liberté », avait plaidé son avocate, Me Sophie Janois, qui a rappelé les violences conjugales commises par le père de Mia et le passé d’ancienne héroïnomane de sa cliente. « Il est temps de lui permettre d’être libre, elle a déjà subi la peine capitale, elle est privée de ses enfants », avait-elle conclu.
Les dissensions et désillusions de plusieurs membres du groupuscule ont émergé pendant les débats, laissant apparaître, selon la défense, une bande de « pieds nickelés » repeinte par l’accusation « en dangereuse menace pour la société française ». L’ancien chef de la propagande du mouvement, Adrien B., qui effectuera sa peine sous bracelet électronique, a admis s’être fait « retourner le cerveau » par Rémy Daillet, résumant ses troupes à une bande de « retraités », « alcoolos », avec « des problèmes psy ».