La cour d’assises de Maine-et-Loire a condamné Stéphane Iganache à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de 22 ans pour les meurtres en récidive d’Adélaïde Duplouy et de Jean-Claude Havard. La cour et les jurés ont suivi les réquisitions de l’avocat général. Ils n’ont pas retenu l’altération du discernement.

Stéphane Iganache a été condamné ce vendredi 18 septembre par la cour d’assises d'Angers à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 22 ans pour les meurtre d’Adélaïde Duplouy et Jean-Claude Havard, commis lors de sa cavale en juin 2023. Les jurés ont écarté l’altération du discernement. La peine complémentaire de 6 ans pour évasion n’est pas retenue.

Après cinq jours de procès, les jurés se sont prononcés sur la cavale sanglante de 14 jours de Stéphane Iganache, qui avait débuté le 20 juin 2023 après une permission de sortie de la prison d’Argentan. L'homme de 45 ans était notamment accusé du meurtre d’Adélaïde Duplouy, de celui de Jean-Claude Havard, ainsi que de violences et de vols, dont l’agression d’une jeune femme de 23 ans à Chailland. Les deux homicides ont été reconnus par Stéphane Iganache lors de la procédure.

Au cours de son réquisitoire, l’avocat général Grégory Martin-Dit-Neuville avait décrit "une cavale et une errance obsessionnelle" marquée par "des passages à l’acte d’une extrême violence qui défient l’entendement". Il avait requis la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 22 ans, ainsi que 18 ans de réclusion pour l’évasion commise en récidive. Fait extrêmement rare, l'avocat général avait donc requis deux peines distinctes, comme le lui permet l'article 434-31 du Code pénal. Les peines prononcées pour le délit d'évasion se cumulent obligatoirement et sans possibilité de confusion. Pour l'évasion, commise en récidive, l'accusé encourait 6 ans, qui venaient donc s'additionner aux 12 ans qu'il purgeait au moment des faits.

Concernant le meurtre d’Adélaïde Duplouy, l’avocat général avait insisté sur la personnalité de l'accusé, un homme qu'il décrit comme "manipulateur, possessif, froid, immature et jaloux". Stéphane Iganache et la victime entretenaient une relation. Son corps avait été retrouvé deux jours après l’évasion de l’accusé, dans son appartement d’Angers. Sur la scène de crime, les enquêteurs avaient retrouvé l’ADN de Stéphane Iganache. Vendredi matin, l'avocat général s'était également attardé sur la violence du meurtre. "Retenez une chose : la strangulation, c'est pas un geste, c'est une durée, 10 secondes, 15 secondes, une durée où on regarde sa victime, où on analyse froidement à quel moment elle va arrêter de bouger, de vivre, de se débattre."

Pour l'homicide de Jean-Claude Havard, l'avocat général estimait qu'il était le plus difficile à expliquer. "Il ouvre la voie à toutes les interprétations, comme vous je n'ai pas toutes les réponses", a-t-il déclaré, tout en estimant que certains gestes témoignaient de "la froideur, du détachement, de l’immaturité, de la cruauté" de l’accusé. Selon la reconstitution qu’il a proposée aux jurés, Stéphane Iganache se serait introduit dans la maison du retraité alors que celui-ci était absent, avant de s’y installer et de s’assoupir derrière un fauteuil de la mezzanine. Jean-Claude Havard serait ensuite rentré chez lui, aurait pris place dans son fauteuil et allumé la télévision avant de découvrir la présence du fugitif. L’avocat général a estimé qu’un premier coup de poing aurait précédé les 22 coups de couteau portés au retraité.

Avant la délibération, la défense avait demandé aux jurés de ne pas prononcer la perpétuité. Me Sébastien Naudin avait plaidé pour "une longue peine pour ce qu’il a commis, pour protéger la société, sans que ce soit la réclusion à perpétuité", évoquant une peine de 30 ans. Il avait également souligné que, selon des experts ayant suivi Stéphane Iganache en détention, "la dangerosité s’atténue".

Me Wissam Mahlaoui avait, lui aussi, demandé une peine de 30 ans et plaidé pour la prise en compte de l’altération du discernement. "Ce que vous demande l’avocat général c’est un bannissement. Ne cédez pas aux passions", avait-il lancé aux jurés, avant de conclure avec une citation de Victor Hugo : "Car dans l’homme jamais l’espérance n’est vaine."

Avant le délibéré, Stéphane Iganache avait eu le dernier mot. Debout dans le box, il s’était adressé aux familles : "Je veux dire que je suis désolé pour la famille Duplouy et la famille Havard, et que je m’en veux beaucoup d’avoir fait du mal."

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