La Communauté économique des États de l’Afrique de l'Ouest (Cédéao) a signé le 19 juillet 2026 à Freetown un accord soutenant ce projet de gazoduc atlantique. Une idée lancée en 2016 par Rabat et Abuja, conçue pour transporter jusqu'à 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an. Entretien avec Amina Benkhadra, directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines du Maroc, l’opérateur chargé de la mise en œuvre du projet, côté marocain.

Publié le : 21/07/2026 - 14:11

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RFI : La Communauté économique des États de l’Afrique de l'Ouest (Cédéao) a approuvé ce dimanche le projet de gazoduc Nigeria-Maroc. Pourquoi cette étape est-elle importante ?

Amina Ben Khadra : Ce projet est né en 2016 d'une vision commune du Maroc et du Nigeria. La signature de cet accord marque l'aboutissement d'un long travail de concertation avec l'ensemble des pays concernés et la Cédéao. Il traduit juridiquement une volonté politique déjà partagée en établissant un cadre harmonisé sur la gouvernance, la fiscalité, la stabilité réglementaire, la sécurité des investissements et la coopération transfrontalière.

Ce gazoduc traversera 13 pays. Leur accord était indispensable ?

Oui. Tous les États concernés sont associés au projet depuis les premières études de faisabilité. Des accords de coopération ont été signés avec leurs sociétés nationales afin d'assurer la coordination des travaux, le partage des données et leur supervision. Ce gazoduc longera 13 pays sur la côte africaine, depuis le Nigeria jusqu'au Maroc, et sera connecté à l'Espagne à travers le gazoduc Maghreb-Europe qui est déjà en production aujourd'hui.

Une carte du tracé du projet de gazoduc Maroc-Nigeria

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Les pays de transit percevront-ils une rémunération ?

Oui, des redevances de transit sont prévues selon différentes hypothèses étudiées. Mais l'enjeu principal est ailleurs : ce gazoduc apportera une énergie durable à des pays qui en ont besoin pour accélérer leur électrification et soutenir leur développement industriel, notamment dans les secteurs énergivores comme les mines. Le schéma retenu prévoit 30 milliards de mètres cubes par an, dont environ 15 milliards destinés au Maroc puis à l'Europe. Le reste répondra aux besoins des pays situés le long du tracé. Les projections de demande ont été réalisées jusqu'en 2050, afin de relier les futures zones de production aux zones de consommation.

Le Nigeria pourra-t-il fournir suffisamment de gaz ?

Le Nigeria constitue la base du projet et dispose d'un plan gazier avec des gisements identifiés. Les discussions sont en cours avec les opérateurs afin d'assurer progressivement l'approvisionnement du gazoduc jusqu'à sa pleine capacité. Cette zone de l'Afrique détient des ressources gazières importantes. Il y a non seulement les ressources importantes du Nigeria, mais également celles de la Mauritanie et du Sénégal. Et si, demain, celles de la Côte d'Ivoire sont suffisantes pour l'export, ils auront aussi accès à un moyen de transport à leur portée. L'ensemble des pays africains vont voir leurs besoins en gaz augmenter. Donc, on reliera l'offre et la demande pour assurer le développement d'un marché dans cette région de notre continent.

Quel est le calendrier ?

Le projet peut être réalisé par tronçons, selon l'évolution de la disponibilité du gaz et des conditions économiques. Les premières livraisons sont toujours envisagées à l'horizon 2031. D'ici là, la prochaine étape sera la création de la société de projet, chargée de la mise en œuvre opérationnelle, des accords commerciaux et du montage financier, ainsi que de la Haute Autorité du gazoduc. Ces structures devraient voir le jour d'ici la fin de l'année ou au plus tard au début de 2027.

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