Le déploiement complet, dans la province, des guichets visant à réduire l’attente entre une suspicion de cancer du poumon, du sein, colorectal ou de la prostate et son diagnostic n’est finalement prévu que pour 2028. Québec souhaitait initialement atteindre cet objectif en 2026, mais il a entre autres été ralenti par le manque de personnel.

Karina Miron, 42 ans, se désole de cette situation. Après avoir remarqué une bosse anormale à son sein il y a deux ans, cette résidente de Terrebonne a consulté, et des examens ont été demandés. Elle a toutefois dû patienter plus de cinq mois avant d’avoir la confirmation qu’elle avait un cancer de stade 3.

Mme Miron raconte avoir vécu beaucoup de stress durant cette attente où la masse continuait de grossir. « Si ça avait été pris en charge plus tôt, est-ce que ça se serait rendu à ce stade ? » se demande celle qui a depuis subi une mastectomie totale.

Lorsqu’un cancer est détecté et pris en charge rapidement, les traitements sont souvent moins lourds, et les chances de survie sont meilleures, rappelle David Raynaud, gestionnaire principal dans l’équipe de défense de l’intérêt public de la Société canadienne du cancer.

Le gouvernement québécois a investi plus de 24 millions de dollars afin de mettre en place des guichets d’investigation rapide en cancérologie. Le principe est simple : lorsqu’un médecin de famille ou une infirmière praticienne spécialisée soupçonne un cancer chez un patient, le guichet l’aide à obtenir plus rapidement les examens nécessaires pour confirmer ou écarter le diagnostic.

Dans son Plan d’action 2024-2026 en cancérologie, Québec s’était donné comme objectif de déployer totalement en 2026 ces guichets pour les quatre principaux cancers — poumon, sein, colorectal et prostate — dans l’ensemble des endroits visés de la province.

Au total, près d’une trentaine d’établissements de santé, dont plusieurs anciens CIUSSS et CISSS, ont reçu du financement dans le cadre de cette initiative. Mais les attentes varient selon la mission de chaque endroit : ils ne sont pas tous appelés à offrir des guichets pour chacun des quatre cancers.

Des données de Santé Québec obtenues par Le Devoir montrent toutefois qu’à l’heure actuelle, seuls 15 % des établissements identifiés pour le cancer de la prostate avaient implanté un guichet, contre 54 % pour le cancer colorectal, 48 % pour le sein et 85 % pour le poumon.

Le retard est particulièrement marqué dans certaines régions, comme Lanaudière et la Côte-Nord. Ils n’ont, jusqu’à présent, mis en place qu’un seul des quatre guichets.

Dans son nouveau plan d’action en cancérologie, publié en juillet dernier, le gouvernement québécois reporte maintenant au 31 mars 2028 le déploiement complet de ces services partout dans la province.

Manque de personnel

Questionné sur ce report, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a expliqué que le déploiement de guichets a été ralenti dans certaines régions, notamment en raison de manque de personnel.

L’incertitude qui a plané pendant un certain temps sur la disponibilité de sommes stables et récurrentes a également contribué aux retards, affirme la porte-parole du MSSS, Marie-Christine Patry.

Un financement a cependant été confirmé récemment, et les travaux « visant à en préciser les modalités d’attribution sont toujours en cours chez Santé Québec », précise-t-elle.

Certains établissements ont par ailleurs choisi, en fonction de leur expertise, de développer des guichets pour d’autres types de cancers que les quatre visés par le plan gouvernemental, c’est-à-dire colorectal, poumon, sein et prostate, ajoute Mme Patry.

Le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), par exemple, a travaillé au développement d’un guichet en gynéco-oncologie, indique-t-elle.