Quel monde leur laisse-t-on ?
Depuis plusieurs semaines, élèves, étudiants et jeunes adultes protestent dans la rue. Ils ont 16 ans, elles ont 20 ans. Ou vice versa. Tous regardent l'avenir avec davantage d'inquiétudes que d'espoirs. La guerre se rapproche, le climat se dérègle, se loger devient impayable et même les études ne leur garantissent plus un emploi stable. Quant à l'IA, elle promet autant de progrès que de bouleversements. Difficile, dans ces conditions, de reprocher à une génération de s'interroger sur le monde qui l'attend.
Ces inquiétudes ne justifient ni les pillages, ni les violences, ni les dégradations. Les casseurs ne représentent pas cette jeunesse. Mais condamner les délinquants ne dispense pas d'entendre les jeunes. Car derrière ces mobilisations se dessine un sentiment de déclassement qui, s'il n'est pas nouveau, prend aujourd'hui une dimension particulière. Chaque génération a traversé ses crises, ses peurs et ses désillusions. Nos jeunes bénéficient de progrès considérables mais voient s'éloigner certaines promesses qui structuraient la vie de leurs parents : accéder à la propriété, trouver un emploi durable, améliorer ses conditions de vie.
Mouvement lycéen : "La dépolitisation des jeunes est un mythe"À cette inquiétude s'ajoute une défiance politique. Ils ne croient plus aux promesses, d'où qu'elles viennent. Les réseaux sociaux, qui nous enferment dans des bulles anxiogènes, amplifient ces frustrations et écrasent toute nuance. Pour restaurer cette confiance, encore faut-il cesser de faire peser sur les générations futures le prix de nos renoncements, sur le climat comme sur la dette. Ils ont besoin de perspectives crédibles, pas de promesses en l'air lancées par des populistes. Quand le déficit leur est présenté comme un enjeu accessoire, ces politiques leur mentent éhontément.
Mais reconnaître la responsabilité des générations précédentes ne signifie pas exonérer les nouvelles de la leur. Si cette défiance ne se combattra pas par des leçons de morale, certaines évidences doivent être rappelées. Une société libre repose sur les responsabilités individuelles. L'émancipation personnelle et financière passe par un métier, qui suppose des efforts, des frustrations et des compromis. Refuser que le travail dévore toute la vie privée est légitime, mais celui-ci s'accompagnera toujours de contraintes. Prendre son avenir en main signifie apprendre, persévérer, accepter l'échec et assumer ses responsabilités.
On laisse à la jeunesse un monde fracturé, abîmé et instable. À nous de ne pas le lui léguer ruiné. À elle de ne pas renoncer à le reconstruire.
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