Elles seront sept. Sept victimes de violences sexuelles dans l’Église catholique vont rencontrer - à huis clos - Léon XIV ce dimanche à Lourdes. Pour cette rencontre, qui sera sans doute l’une des étapes les plus scrutées de la visite pontificale, la Conférence des évêques de France assure avoir « respecté la volonté du pape de favoriser les échanges interpersonnels ». Ce rendez-vous se tiendra à proximité de la basilique du Sanctuaire, où toutes les mosaïques du prêtre slovène Marko Rupnik, accusé d’agressions sexuelles, auront été recouvertes pour l’occasion.

Sur la quarantaine de demandes d’entretiens, l’épiscopat a donc sélectionné des profils « représentatifs » des situations et lieux d’agression au sein de l’Église. Cinq des sept victimes ont dévoilé leur identité. Il s’agit de Jean-Marie Delbos, victime de l‘école Notre-Dame de Bétharram ; Véronique Garnier, victime d’un prêtre de sa paroisse à l‘âge de 13 ans ; Jérôme Guillement, victime d’un prêtre vendéen à l’adolescence ; Olivier Mardi, cofondateur d’un collectif de victimes de l’abbé Tartu ; Bertrand Virieux, cofondateur d’une ex-association rassemblant des victimes du prêtre Bernard Preynat. Les deux autres, dont une victime de l’abbé Pierre, ont préféré garder l’anonymat.

« Dialoguer ne signifie pas cautionner »

Dans un communiqué commun, ces sept victimes ont affirmé que « dialoguer ne signifie pas cautionner. Être reçu ne signifie pas renoncer à notre exigence » : « Nous ne constituons pas une délégation de l’Église et nous ne prétendons représenter ni toutes les personnes victimes, ni celles et ceux qui ne seront pas présents à Lourdes », ajoutent-elles.

Car ce choix de rencontre restreinte a allumé un début de polémique, certains collectifs et associations de victimes ayant critiqué l’opacité du processus de sélection et dénoncé un « mépris institutionnel », une « mascarade » ou un « jeu de concurrence victimaire » avec le choix de « victimes isolées ». « C’est une nouvelle blessure que l’Église de France nous inflige », affirme ainsi le collectif Ampaseo, qui regroupe des victimes de l’ouest de la France.

« Rendez-vous raté »

Certains regrettent également que l’agenda ne prévoie pas de rencontre avec les instances d’alerte et d’accompagnement, telles que l’Inirr ou la Ciase, qui avait estimé à 330 000 le nombre de victimes de pédocriminalité dans l’Église en France depuis 1950. Marie Derain de Vaucresson, présidente de l’Inirr (Instance nationale indépendante de reconnaissance et réparation) critique ainsi un « rendez-vous raté ». « Le format individuel, je le comprends » car « pour être entendu vraiment il faut être un petit nombre ». Cependant, « on aurait pu imaginer une parole portée par un petit nombre, mais construite avec un nombre beaucoup plus important », regrette-t-elle.

La Conférence des évêques de France a cependant indiqué que les personnes non retenues pour l’entretien avec le pape pourront lui remettre une lettre et que « tous participeront à un retour sur cette rencontre au mois de décembre ».

Lors de sa visite en Espagne, en juin, Léon XIV avait également rencontré des victimes de violences sexuelles. Il avait alors promis des « efforts supplémentaires » et « une réponse plus efficace » aux violences sexuelles dans l’Église. Une parole forte est attendue en France.