Alexandre Karaa, 40 ans, ancien directeur d’un centre médico-social, est jugé depuis lundi 12 octobre devant la cour criminelle de l’Hérault, pour les viols de six jeunes femmes qui dénoncent des pratiques sexuelles humiliantes, imposées lors de leurs rendez-vous, entre 2016 et 2023.

Mais qu’est ce qui peut pousser un homme à imposer à des jeunes femmes rencontrées via Meetic des pratiques sexuelles humiliantes, en les poussant à vomir ou en leur urinant dessus ? À la cour criminelle de l’Hérault, elles sont six à dénoncer le comportement d’Alexandre Karaa, 40 ans aujourd’hui, passé selon elles sauvagement à l’acte, alors qu’elles pensaient découvrir les seuls frissons d’une "domination soft", façon 50 nuances de Grey.

"Ce qui frappe, c’est la cohérence et la trame que ces faits tissent" note d’emblée l’expert psychiatre Jean-Claude Pénochet, chargé d’éclairer la sombre personnalité de l’accusé. "Six femmes qui ne se connaissent pas dans quatre villes et sur sept ans, cette cohérence écarte d’emblée le malentendu, un homme ne peut pas comprendre mal une partenaire six fois de suite."

Pas de mot de sécurité pour stopper la séance

Les avocats des parties civiles, Me Manzi, Me Chresteil et Me Gerbi
Les avocats des parties civiles, Me Manzi, Me Chresteil et Me Gerbi MIDI LIBRE/ François Barrère

Pour lui, il ne s’agit pas là de pratiques BDSM, où les partenaires agissent en plein accord, et utilisent un safe word, un mot de sécurité stoppant dans l’instant les jeux sadomasochistes consentis.

"La limite appartient à celle qui se soumet et qui a le pouvoir d’arrêter la séance." Chez Alexandre Karaa, c’est l’inverse, "c’est lui qui décide" jusqu’où on peut aller. Et il va toujours plus loin.

"Est-ce l’acte sexuel qui lui procure du plaisir, ou est-ce la soumission qu’il cherche chez sa victime ? On sent que l’objet de sa jouissance n’est pas l’acte sexuel. Le défi, c’est de voir l’autre vaciller, et à la fin, le mal doit l’emporter".

Le pronostic est sombre et sans appel : organisation psychique "autour d’un noyau pervers narcissique", "risque élevé de récidive", "dangerosité pour d’éventuelles futures partenaires."

Alexandre Karaa réagit, parlant d’une voix douce, avec des mots choisis. L’homme est intelligent : deux Masters 2 décrochés à Paris Dauphine, un poste de direction exercé à partir de 2021 dans un centre médico-social à près de Montpellier.

"Je conteste formellement avoir forcé des personnes à avoir des rapports sexuels avec moi, mais je comprend que j’ai une sexualité extrême et j’entends qu’avec le recul des personnes aient pu avoir un sentiment négatif sans que je me rende compte" explique-t-il, presque doctement.

Le président lit les descriptions des vidéos qu’il a enregistrées en cachette, pendant ses multiples rencontres avec des prostituées. Il s’y livre aux mêmes pratiques. "Elle dit non, elle crache, elle pleure, elle est en panique, et vous continuez ?" note le juge.

"Depuis trois ans, il nous crache à la figure"

L’accusé : "C’est vrai qu’il y a eu des petites résistances, mais je ne l’ai pas contrainte, cette dame. Et il ne s’est pas du tout produit les mêmes scènes avec les personnes qui m’accusent."

Invitée à parler de son état moral, Alice s’indigne. "Se comporter comme ça, c’est une honte !" dit-elle de l’accusé. "Dire qu’on n’a pas dit non, qu’on n’a pas pleuré, c’est nous rabaisser, et nous traiter d’objet, encore une fois ! Il nous a uriné dessus, mais depuis trois ans, il nous crache aussi à la figure !"

Une des plaignantes frôle le malaise. "Mon corps doit être en train de prendre conscience". Muriel sanglote, crispée à la barre, et ne parle que quand l’accusé se retire un instant, à la demande du président. "Je me sens tout le temps sale, je me sens toute pourrie, j’ai l’impression d’avoir laissé une partie de moi là-bas, entre ses mains".

Me Carlo Bruza, demande à s’entretenir avec son client. Pendant la pause, on entend des éclats de voix derrière le box.

Alexandre Kara revient, tête basse, un peu hagard. "Apparemment, je suis malade sexuellement. J’avoue que je n’en ai pas conscience, mais vu leur état, j’ai vraiment causé du tort à des femmes", lâche-t-il, incrédule. Ce mercredi 14 octobre, les six plaignantes doivent tenter de raconter à la barre le détail de ce qu’elles ont subi.