l'essentiel La sécheresse dans la vallée de la Dordogne provoque un sauvetage inédit de poissons piégés dans une grotte à Meyraguet. Plus de 300 spécimens ont été relâchés. Une soixantaine sont morts. Récit d'une opération hors normes.

Les pieds dans l'eau, l'équipe de la Fédération du Lot pour la pêche et la protection du milieu aquatique progresse jusqu'à la grotte de Meyraguet, sur la commune de Lacave dans le Lot. En cette période de canicule, le niveau de la rivière de la Dordogne est particulièrement bas. Une fois passée l'entrée de la cavité qui se dessine dans la falaise, les pêcheurs y découvrent lundi 20 juillet plusieurs centaines de poissons piégés.

"La caverne est normalement connectée à la rivière Dordogne. Là, ce n'est plus le cas. Il n'y a pas assez d'eau", décrit Patrice Jaubert, directeur de la Fédération de pêche du Lot.

La caverne de Meyraguet est asséchée à Lacave.
La caverne de Meyraguet est asséchée à Lacave. DDM Lily Rey

Ces refuges d'eau fraîche, à 14 °C, se sont transformés en pièges mortels. "C'est une plongeuse habituée qui a donné l'alerte. Cela fait vingt ans qu'elle plonge dans cette caverne et elle n'y avait jamais vu de poissons morts", retrace le pêcheur.

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"Cela fait mal au cœur quand je vois ça"

Sans possibilité de rejoindre le courant de la rivière, les centaines de rotengles, de gardons ou encore de brèmes manquent d'oxygène. Une soixantaine sont déjà morts à l'arrivée de l'équipe de Patrice Jaubert lundi matin. D'autres survivent péniblement. "Cela fait mal au cœur quand je vois ça. Je n'imaginais pas qu'il y ait autant de poissons pris au piège", souffle l'habitué de la Dordogne.

Avec les épisodes caniculaires, la température ne redescend pas la nuit, entraînant une asphyxie des poissons. La baisse du niveau de l’eau aggrave le problème : un fleuve plus bas se réchauffe plus vite et offre moins de zones fraîches où les poissons peuvent se réfugier.

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Casques, bottes et lampes frontales : les quatre membres de la fédération procèdent à une longue pêche électrique de sauvetage dans le bassin de la grotte. À l'aide d'une perche terminée par un anneau, l'anode, ils font circuler dans l'eau un courant électrique de faible intensité. Les poissons situés à proximité seront dans un premier temps attirés vers l’anode, par un processus de nage forcée, puis finalement récupérés à l'épuisette.

Les membres de la fédération procèdent à une pêche électrique de sauvetage dans le bassin de la grotte.
Les membres de la fédération procèdent à une pêche électrique de sauvetage dans le bassin de la grotte. DDM Lily Rey

"C'est la première fois de ma carrière que j'interviens dans une caverne pour des poissons piégés. C'est une opération exceptionnelle", raconte le directeur de la Fédération de pêche. Plus de 300 poissons sont sauvés et remis à l'eau dans la Dordogne. Certains spécimens, affaiblis et à la recherche d'eau froide, restent près de l'entrée de la grotte. "Le courant de la Dordogne va leur permettre de se réoxygéner, c'est parfait", sourit un membre de l'équipe.

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Des opérations de sauvetage en hausse

Cet été, les pêcheurs de l'association ont déjà été exceptionnellement sollicités. "C'est la première année qu'on fait autant de pêches de sauvegarde à cause de la sécheresse", alerte Patrice Jaubert. Il en est à sa quatrième opération de la saison. Une prochaine est déjà prévue dans les prochains jours. "Les autres étés, on est plutôt à une voire deux interventions de sauvetage", compare-t-il.

Les centaines de rotengles, de gardons ou encore de brèmes manquaient d'oxygène dans la grotte.
Les centaines de rotengles, de gardons ou encore de brèmes manquaient d'oxygène dans la grotte. Fédération du Lot pour la pêche et la protection du milieu aquatique

Après l'intervention, Patrice Jaubert est mitigé : "Je me dis qu'on a sauvé des poissons. On n'est pas venus pour rien. C'est le côté satisfaction. Mais on ne devrait pas avoir à faire ces opérations. Ce n'est pas encourageant", regrette-t-il.

"Il faut donner à la nature la capacité d'être auto-résiliente"

Ces sauvetages ne constituent pas une solution miracle. "Déplacer des poissons déjà fortement stressés par le manque d'eau, les fortes températures et le déficit en oxygène représente un risque important", explique la fédération. En effet, leur manipulation et leur déplacement peuvent les fragiliser encore plus. À Meyraguet, le calcul bénéfices-risques a été vite réalisé : trop de poissons pour pas assez d'eau.

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Autre conséquence de la météo exceptionnelle, des rivières du département qui se réchauffent. Certains poissons comme les truites y risquent un stress thermique. Une autre menace pèse sur les poissons : l'eutrophisation. Sous l'effet de la chaleur et de l'ensoleillement, ce processus entraîne une prolifération massive d'algues. Elles peuvent engendrer une contamination du milieu aquatique.

Un nombre de pêches de sauvetage pour cause de sécheresse inédit pour la Fédération du Lot.
Un nombre de pêches de sauvetage pour cause de sécheresse inédit pour la Fédération du Lot. Fédération du Lot pour la pêche et la protection du milieu aquatique

Face aux conséquences du changement climatique, comme la détresse des poissons faute d'eau, Patrice Jaubert appelle à reconstituer les zones humides : "Ce sont des éponges. Il faut donner à la nature la capacité d'être auto-résiliente. Mais c'est un travail de longue haleine". Une concertation est aussi à mener, selon lui, avec les gestionnaires comme EDF pour libérer une plus grande quantité d'eau en période caniculaire afin d'oxygéner la faune aquatique.