REPORTAGE. "Quand il vous voit passer à cinq mètres du nid, il peut vous attaquer" : face à une espèce invasive et nuisible, la saison de la chasse aux frelons asiatiques est ouverte dans les Pyrénées
l'essentiel Depuis la fin du printemps, les premiers gros nids de frelons asiatiques apparaissent dans les communes de l'Ariège. De la taille d'un ballon de handball au début de l'été, ils doivent être traités avec beaucoup de précautions, au vu de la dangerosité de l'animal. Nous avons suivi Romain Pujol, professionnel depuis presque quinze ans.
Sous la toiture de Laurent, habitant de Saint-Pierre-de-Rivière (Ariège), ça grouille. À plusieurs mètres de hauteur, où un nid se cache, les frelons asiatiques montent la garde. "Ça fait deux semaines que j'observe leur petit manège", glisse Laurent, juste en dessous de ces insectes avec qui il doit cohabiter contre son gré.
Une fois qu'il a identifié l'espèce, le particulier n'a pas tardé à faire appel à un spécialiste. Romain Pujol a fait de la lutte contre le frelon asiatique l'un des pans de son métier, surtout en période estivale.
Au mois de juin 2026, les interventions à ce sujet se sont multipliées. "Le frelon asiatique, ça commence en mars, avril ou mai, aux premières chaleurs", explique le membre de la sociéte Urgences guêpes et frelons, qui intervient aussi dans les Pyrénées-Orientales et l’Aude.
La saison des nids est ouverte
Cela fait vingt-deux ans que le frelon asiatique vit en France. Depuis cette arrivée en 2004, le regard porté vers l'animal a bien changé, pour basculer vers le qualificatif de "nuisible", en référence à son impact très nocif sur la biodiversité, et les abeilles en particulier.
"Je vais venir insérer de la poudre dans le nid, et ensuite, le mouvement de va-et-vient des frelons va permettre de contaminer toute la population du nid et éviter qu'ils partent faire des dégâts ailleurs", explique Romain Pujol, la perche à la main.
Le but est aussi d'éviter le risque d'un retour des frelons quelque temps après l'intervention.
"L'année dernière, c'était catastrophique"
Les soeurs de l'abbaye du Pesquié se passeraient bien du frelon asiatique. Mais pour la deuxième année consécutive, un nid est apparu sur le domaine, cette fois sur l'un des vitraux de l'église.
Productrices de miel, les soeurs ont bien regretté la première venue de l'espèce invasive, particulièrement agressive envers les abeilles et les ruches.
"L'année dernière c'était catastrophique", confie l'une d'elles rejoignant les témoignages de nombreux apiculteurs ariégeois à la fin de l’automne 2025. Il en va cette fois de la sécurité des clients de l'abbaye et des soeurs, qui empruntent un passage juste en dessous tous les jours.
"On va traiter. Ensuite il ne faudra pas passer en dessous pendant un petit moment, parce que les frelons vont tomber un à un, contaminés par le produit", explique Romain Pujol aux soeurs.
Quelques minutes plus tard, les frelons tombent totalement blancs, recouverts par la poudre.
Le nid n'est pas détruit, pour permettre la contamination des frelons partis à l'extérieur, qui finiront par revenir. "Une fois que l’on ne voit plus de va-et-vient sur le nid, c’est terminé", décrit Romain Pujol.
Une espèce dangereuse et nuisible
Avant de pouvoir crier au frelon, il faut d’abord le reconnaître. "Les gens ont tendance à croire que le frelon asiatique, il est très gros. En fait il est beaucoup plus petit que le frelon européen. La particularité, c’est qu’il est noir, avec un petit cerceau orange au niveau de l’abdomen, de la tête et des extrémités", décrit Romain Pujol, professionnel depuis maintenant près de 15 ans au sein de la société Urgences guêpes et frelons.
Les différences du frelon asiatique ne sont pas que physiques. "Par rapport au frelon européen, il est beaucoup plus agressif, et moins laxiste quand il vous voit passer à cinq mètres du nid, il peut vous attaquer", complète le destructeur de nid.
Une lutte contre le nuisible s'organise
Face à la prolifération de l'espèce, de plus en plus présente dans les Pyrénées, certaines collectivités prennent le problème à bras-le-corps. C'est le cas par exemple sur la Communauté de communes Portes Arièges Pyrénes, qui propose une aide au financement de la destruction de nids.
"Au total, 44 nids ont été détruits. (...) Cette mobilisation a permis de limiter les risques pour la population et de protéger les colonies d’abeilles, essentielles à la pollinisation. Au regard de ces résultats et des enjeux de santé publique et de préservation de la biodiversité, l’aide sera reconduite en 2026 avec un objectif de 30 nids détruits", communique la collectivité en bilan de cette opération. Côté professionnels, l’activité ne décroît pas d’année en année.
"Le fait qu’il y ait cette considération de nuisible et qu’on aide à tendre vers l’éradication du frelon asiatique laisse espérer qu’à terme, on puisse ne plus voir le nuisible proliférer", formule Romain Pujol. En France, 35 000 nids ont été recensés en 2025.