La cour d'appel de Paris.

La cour d'appel de Paris. - MIGUEL MEDINA

Stéphane M. et Karine M. sont de retour au Palais de justice de Paris ce lundi 12 octobre. Jusqu'au 23 octobre, ils sont jugés en appel pour "assassinat", "association de malfaiteurs" et "modification de l'état des lieux d'un crime" après la mort mystérieuse d'un entrepreneur dans une maison du Loiret. En première instance, le couple avait été acquitté au bénéfice du doute.

Sept ans plus tard, la maison de Courtenay conserve encore tous ses secrets. Dans quelles conditions Housni N., directeur d'une agence de location de voitures de luxe de 38 ans, y a-t-il trouvé la mort en juin 2019? Où est passée la clé de la pièce dans laquelle son corps a été découvert, criblé de balles? Surtout, qui pouvait bien lui vouloir du mal, et pourquoi?

Tentant d'éclaircir les zones d'ombre de ce qu'ils appellent le "dossier Cluedo", les enquêteurs ont rapidement identifié des suspects: Stéphane M, 45 ans à l'époque, qui avait rendez-vous avec la victime dans cette maison du Loiret le jour du crime, et Karine M., 44 ans, sa compagne.

En février 2025, au terme de leur procès en première instance, le couple avait finalement été acquitté des faits d'"assassinat", d'"association de malfaiteurs" et "modification de l'état des lieux d'un crime" pour lesquels ils étaient jugés. Après un appel du parquet général, ce lundi 12 octobre, la justice pousse à nouveau les portes de la maison de Courtenay. Le verdict sera-t-il le même cette fois-ci? Réponse attendue le 23 octobre prochain.

L'énigme de la maison vide

Le 26 juin 2019, des officiers de la PJ des Hauts-de-Seine mettent les pieds dans un quartier paisible en lisière de Courtenay, dans le Loiret. Ils se dirigent vers une maison d'architecte inhabitée depuis des années, dotée d'un jardin et d'une piscine, entourée de grands arbres et de rares voisins. Autour, des champs à perte de vue.

Quatre jours plus tôt, une femme a signalé la disparition de son conjoint, Housni N., directeur d'une agence de location de voitures vivant en région parisienne. Elle l'a vu pour la dernière fois le 20 juin au matin, il devait alors se rendre à un rendez-vous dans cette maison en travaux qu'il devait acquérir, pour un devis à propos de la rénovation de la piscine. L'homme de 38 ans n'a, depuis, plus donné signe de vie.

Les policiers passent le portillon de la maison, en traversent l'allée, pénètrent à l'intérieur. À première vue, rien à signaler. D'ailleurs, la compagne de Housni N., inquiète, y avait déjà fait un tour avec son beau-frère et n'avait rien trouvé non plus. Les officiers font le tour, visitent le sous-sol et s'apprêtent à repartir lorsqu'ils remarquent une porte qu'ils n'ont pas encore poussée. Celle-ci est fermée à clé, alors les enquêteurs en forcent l'ouverture.

Là, il découvre Housni N., sans vie, adossé contre un mur dans un renfoncement. Une seule douille de munition percutée est posée sur son épaule gauche, et son corps est criblé de balles.

Deux suspects identifiés

Les premières constatations sont faites. Les enquêteurs notent notamment une forte odeur d'eau de javel. Le sol est encore humide et aucune trace de sang n'a été découverte, ce qui laisse à penser que les lieux ont été nettoyés. Par ailleurs, impossible de mettre la main sur la clé qui donne accès à cette pièce. En outre, la voiture avec laquelle la victime s'était rendue à Courtenay est retrouvée dans l'Essonne, à Grigny.

Les investigations s'accélèrent. La PJ des Hauts-de-Seine remonte notamment jusqu'à l'homme avec lequel Housni N. avait rendez-vous à Courtenay le jour de sa disparition, un certain Stéphane M. Les deux s'étaient rencontrés deux jours plus tôt par l'intermédiaire d'un ami commun à qui Stéphane M. avait confié être à la recherche de petits boulots payés sous le manteau. Une fois les présentations faites, rendez-vous est pris pour le surlendemain.

En ce qui concerne la suite, le mystère reste entier, ou presque. En juillet 2019, une perquisition est réalisée au domicile de Stéphane M. et de sa conjointe, Karine M. Les enquêteurs mettent la main sur plusieurs boîtes contenant des cartouches de calibre divers, le couple étant membre d'un stand de tir. Parmi elles, un paquet de cartouches de 22 Long Rifle entamé, compatibles avec l'arme utilisée pour abattre Housni N.

Pas de preuve formelle, mais un faisceau d'indices

Le temps passe, aucune preuve formelle de l'implication du couple ne remonte à la surface, mais les enquêteurs parviennent à rassembler un faisceau d'indices à l'encontre du couple.

Il y a d'abord ce SMS, que Stéphane M. admet avoir prérédigé, demandant à sa compagne de l'envoyer en milieu de journée le 20 juin pour faire croire qu'il n'est pas sorti de chez lui. Il y a aussi le fait qu'il est la dernière personne à avoir conduit la voiture de la victime, la conduisant jusqu'à Grigny, dans la nuit du 20 au 21 juin. Enfin, il y a ce mystérieux cambriolage dont le couple prétend avoir été victime quelques jours après l'assassinat, et dans lequel ils se seraient fait dérober plusieurs armes dont un 22 Long Rifle.

Placé en garde à vue, le quadragénaire change plusieurs fois de version. Il explique finalement que l'entrepreneur l'avait en réalité embauché pour un transport de stupéfiants, non pour des travaux, et qu'il a essayé de se couvrir au mieux pour ne pas avoir d'ennuis avec la justice. Mais cette version ne convainc pas les enquêteurs, qui rétorquent qu'Housni N. avait bien assez de contacts dans le milieu du trafic de stups pour confier cette besogne à un quasi-inconnu.

Un assassinat sans mobile apparent?

Sur la base de ce faisceau d'indices pointant vers eux, Stéphane M. et Karine M. sont finalement renvoyés devant une cour d'assises pour "assassinat" concernant le premier, et "association de malfaiteurs" et "modification de l'état des lieux d'un crime" pour la seconde. À cette dernière, la juge d'instruction reproche notamment d'avoir accepté d'envoyer le SMS censé disculper son conjoint le jour des faits, et de l'avoir suivi en voiture jusqu'à Grigny alors qu'il déplaçait le véhicule de la victime, le 21 juin au petit matin.

Reste l'épineuse question du mobile. Pourquoi Stéphane M. en voudrait-il à un homme rencontré seulement deux jours auparavant? Pour quelle raison lui aurait-il tendu un piège pour l'abattre dans la maison de Courtenay?

Dans son ordonnance de mise en accusation, la juge d'instruction avance à ce titre un scénario possible: le mis en cause a été engagé par quelqu'un qui avait des comptes à régler avec Housni N. pour l'assassiner. Malgré tout, les investigations n'ont pas permis d'identifier un possible commanditaire.

Acquittés en première instance

Leur procès en première instance s'ouvre en janvier 2025 devant la cour d'assises de Paris. Pendant toute la durée de l'audience, Stéphane M. nie farouchement être impliqué d'une quelconque manière dans la mort de la victime. Il réaffirme qu'il avait bel et bien rendez-vous avec l'homme à Courtenay pour parler des rénovations de la piscine, mais qu'Housni N. est reparti à bord d'une autre voiture que la sienne, rejoignant une autre personne.

Avant de partir, il aurait pris soin de demander à Stéphane M. de s'occuper pour lui du transport de plusieurs centaines de kilos de résine de cannabis. Ce qu'il fera le lendemain matin, avec la voiture de l'entrepreneur. "Je fais ce qu'on me dit de faire", assure-t-il.

Ses récriminations comme celles de Karine M. ne parviennent pas à convaincre le parquet général, qui requiert 28 ans de réclusion criminelle à l'encontre de l'homme et quatre ans de prison contre sa compagne. Mais à l'issue de l'audience, la cour s'éloigne finalement de ces réquisitions et prononce l'acquittement des deux accusés, estimant que les nombreuses zones d'ombre et incohérences dans l'enquête doivent leur profiter.

Sur appel de la procureure générale, Stéphane M. et Karine M. font leur retour devant la justice pour deux semaines à compter de ce lundi.

Stéphane M. "attend sereinement cette nouvelle audience, certain qu’elle constatera définitivement son innocence et mettra un point final à ces longues années d'accusations infondées", ont commenté ses avocats Julien Zanatta et Benjamin Bohbot auprès de l'AFP.

Son acquittement "en premier ressort est une décision logique et implacable, qui a mis un terme à cinq ans d'investigations bâclées, parcellaires, et menées exclusivement à charge", ont-ils ajouté.

Sujets liés :