Après un été exceptionnellement chaud, les Alpes sont fragilisées. Éboulements, glissements de terrain, laves torrentielles: les conséquences de la canicule pourraient se prolonger au cours des prochains mois.

Après un été marqué par des températures exceptionnelles, les Alpes abordent l’automne avec les conséquences de plusieurs mois de chaleur et de sécheresse. Fonte des glaciers, dégradation du pergélisol, sols asséchés: la canicule a fragilisé certains secteurs alpins et fait émerger deux risques distincts. D’un côté, des parois rocheuses devenues plus instables et exposées aux éboulements. De l’autre, le retour de fortes précipitations qui favorisent glissements de terrain et laves torrentielles.

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Des montagnes fragilisées par la chaleur

À haute altitude, le pergélisol joue un rôle essentiel. Ce mélange de glace, de roche et de matières organiques reste normalement gelé en permanence et stabilise les versants. Quand les températures augmentent durablement, la glace fond et cette sorte de “ciment naturel” perd son efficacité. 

Les conséquences peuvent être difficiles à prévoir. Au-dessus du lac d’Oeschinen, près de Kandersteg (BE), un important éboulement s’est produit le 8 août dernier dans un secteur surveillé depuis plusieurs années. D’autres zones alpines font l’objet d’une surveillance étroite, notamment en Valais, où les mouvements du glacier suspendu du Weisshorn, près de Randa, se sont accélérés fin août poussant la commune valaisanne a relevé le niveau de surveillance à 3 sur 4 et a interdit l'accès à la zone de danger.

Le risque des pluies extrêmes

Après la chaleur et la sécheresse, les précipitations pourraient reprendre de manière plus soutenue cet automne. Pour les Alpes, le problème n’est pas seulement la quantité totale de pluie, mais la vitesse à laquelle elle tombe. Des précipitations intenses peuvent favoriser le ruissellement, les glissements de terrain et les laves torrentielles, lorsque l’eau emporte boue, pierres et débris dans les torrents. 

Cette alternance entre sécheresse et fortes pluies porte un nom : le "coup de fouet hydroclimatique". Selon une étude publiée dans Nature Reviews Earth & Environment, l’intensité de ces bascules a augmenté de 31 à 66 % depuis le milieu du XXe siècle. Le réchauffement climatique pourrait également renforcer les pluies les plus intenses. Une étude associant l’Université de Lausanne, l’Université de Padoue et MétéoSuisse estime qu’avec 3 °C de réchauffement mondial, l’intensité des précipitations extrêmes sur dix minutes pourrait augmenter jusqu’à 40%.

Anticiper l’imprévisible

Pour les autorités, l’enjeu est moins de prédire avec certitude une catastrophe que de détecter suffisamment tôt les signes de danger pour pouvoir agir. Le procès de Bondo l’a encore montré. Après l’effondrement du Piz Cengalo, en 2017, qui avait fait huit morts, cinq experts, élus et employés communaux étaient poursuivis pour homicide par négligence. Ils ont finalement été acquittés début septembre. Un jugement qui rappelle la difficulté de prévoir avec précision les dangers naturels et donc d’agir suffisamment tôt pour éviter une catastrophe.

Florise Vaubien