Rugby à XIII : Léo Darrélatour : le maillot comme une promesse
Il y a des joueurs qui parlent de résultats. D’autres de statistiques. Léo Darrélatour, lui, parle d’abord du maillot. À 25 ans, l’ailier des Dragons Catalans retrouvera samedi (15 h) la pelouse de Huddersfield après plusieurs semaines d’absence. À ses côtés, Alrix Da Costa signera son grand retour à la compétition, lui qui s’est blessé (mollet) le 29 mars dernier dès le coup d’envoi de la sixième journée. John Cartwright a dévoilé ce jeudi la liste de ses 21 joueurs qui seront du déplacement.
Une gêne à l’adducteur, ressentie pendant l’échauffement à St-Helens, l’avait contraint à stopper une dynamique qui faisait de lui l’une des belles satisfactions catalanes de la saison. Sept matches, sept essais. Puis le coup d’arrêt. Aujourd’hui, le compteur repart à zéro. Pas l’envie. "J’ai été très déçu de ne pas pouvoir enchaîner. Aujourd’hui, je suis de retour et il me tarde d’y être." Ce jeudi à l’issue de la séance collective, son sourire revient presque aussitôt que le ballon ovale réapparaît dans la conversation. La frustration est toujours présente, mais elle nourrit davantage qu’elle ne ronge. Parce que le rugby, chez lui, n’est pas une affaire de circonstances. C’est une affaire d’engagement. Aujourd’hui, les Dragons n’ont plus rien à espérer comptablement. Les phases finales se sont envolées. Beaucoup pourraient voir ces six derniers rendez-vous comme une longue fin de saison. Pas lui. "Même si aujourd’hui on n’a plus rien à jouer, l’envie reste toujours la même. Quand tu as ce maillot, tu ne peux pas tricher." Cette phrase revient comme un fil conducteur. Elle résume son rapport au jeu, au club, aux supporters.
Aujourd’hui, si tu lâches, tu passeras pour un voleur
Pour Darrélatour, il n’existe pas de rencontre sans enjeu. Il existe seulement des occasions d’honorer un maillot. "Aller chercher des victoires, c’est pour l’honneur. C’est pour le maillot. Parce qu’on est des compétiteurs. Aujourd’hui, si tu lâches, tu passeras pour un voleur."
Les mots sont forts. Ils ne sont pas calculés, mais ils traduisent simplement une exigence personnelle qui ne varie ni avec le classement ni avec le calendrier. Du Léo Darrélatour dans le texte comme sur le terrain. Du sincère, du vrai autour d’un cœur énorme. "Je n’aime pas perdre et samedi j’y vais pour gagner." Une évidence qui s’applique dès ce déplacement à Huddersfield, pourtant lanterne rouge de Super League. "Que ce soit le dernier ou le premier, tu ne peux pas ne pas être motivé. Si tu ne l’es pas, ça ne sert à rien." Le classement adverse n’a finalement que peu d’importance. Ce qui compte, c’est ce que les Dragons montreront d’eux-mêmes. Le plus difficile, ces dernières semaines, n’a pas été la douleur. C’est l’interruption. Avant sa blessure, Darrélatour avait retrouvé des sensations, de la confiance et surtout une place grandissante dans la rotation catalane après sept journées passées en tribune (J11 à J17). "J’avais montré au staff de quel bois j’étais fait. Il me tardait de pouvoir enchaîner pour leur montrer que ce n’était pas une erreur. D’être remis sur la feuille, c’est comme une marche en avant. C’est reparti. Il reste six matches et je compte bien tout donner." Autant de rendez-vous pour retrouver le rythme. Six rencontres pour retrouver les en-but. Six matches aussi pour rappeler ce qu’il peut apporter. Son avenir fait naturellement partie des discussions du moment. Les négociations sont engagées. Rien n’est encore arrêté. Mais lorsqu’il évoque son futur, Darrélatour balaie rapidement la question. "On verra ce qui se passe dans les semaines à venir. Mon but, même si je ne suis pas là l’année prochaine, ce sera de tout donner sur le terrain. Parce que quand j’ai un maillot, je ne triche pas."
Cette phrase résonne presque comme une profession de foi. Le contrat appartient aux dirigeants. L’investissement appartient au joueur. Avec Léo Darrélatour, une chose est déjà certaine, avant même le premier coup d’envoi, l’ailier catalan a rappelé ce qui guide chacune de ses sorties. Parce que si le talent peut connaître des hauts et des bas, l’engagement, lui, ne négocie jamais. "Quand j’ai un maillot, je ne triche pas."