Une étape sur un rythme insensé, un soleil de plomb, la 9e étape Malemort-Ussel a tourné à la boucherie: « Ça a été fou toute la journée »
Elle a ses charmes, la Corrèze. Le Suc au May, où on aurait bien déplié la table de pique-nique, les petites routes qui serpentent à travers les forêts, parfaites pour faire du vélo. Mais pas ce dimanche. Le peloton du Tour n'a pas eu le choix, lui, et le mot « four » est revenu plusieurs fois pour décrire l'atmosphère de ce long dimanche de canicule. « Sortir (du car) pour aller à la signature, c'était comme quand vous ouvrez le four et vous regardez à l'intérieur, tout vous arrive à la face », illustrait ainsi Tom Pidcock. 35 à 40 degrés toute la journée, entre Malemort et Ussel, des conditions qui pèsent depuis le début de Barcelone, le 4 juillet. Auxquelles s'est ajoutée ce dimanche une étape pop-corn, une boucherie de 150 kilomètres où ça n'a jamais débranché.
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« Une vraie classique, encore plus avec le raccourcissement », résumait Ion Izagirre. Trente kilomètres de moins, en raison de l'alerte rouge canicule, mais quand même une sacrée journée, encore, avouait l'Espagnol de Cofidis : « Ça a été très rapide, et avec cette chaleur en plus, ce n'est pas facile de faire les efforts. » « D'autant que beaucoup de coureurs avaient envie de bien faire après deux journées plus tranquilles », prolongeait Kévin Vauquelin. Certains ont tenté d'entrée, les Lidl-Trek de Mads Pedersen ont verrouillé avec un train élevé jusqu'au sprint intermédiaire (km 14), où Tim Merlier était déjà lâché, premier d'une longue liste.
« On a l'impression que même UAE ne sait pas pourquoi ils ont roulé »
Ewen Costiou (Groupama-FDJ)
« C'était un peu bizarre, la folie dès le départ, des attaques partout où j'ai essayé de tenter ma chance », expliquait Tiesj Benoot. Une première heure de course avalée à 46,9 km/h, et le bon coup partit finalement après plus de 50 kilomètres, initié par Mathieu Van der Poel, accompagné de 15 coureurs, « un bon groupe, avec des champions qui roulaient fort, franchement, j'y ai cru », revivait Clément Braz Afonso, l'un des fuyards. Mais il y a un « mais ». « Je m'attendais à ce que ce soit un peu fou jusqu'à ce que l'échappée parte, mais ça a été fou toute la journée », rigolait Nicolas Prodhomme.
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À l'arrière, les UAE Emirates de Tadej Pogacar ont fait plus que contrôler le peloton. L'avance n'a jamais dépassé les deux minutes et pas grand monde n'a compris. « Franchement, parfois il y a des incompréhensions dans le vélo et là, aujourd'hui, ça en fait partie, c'est dommage pour nous, regrettait Ewen Costiou, lui aussi à l'avant. On pensait prendre du champ, qu'on pourrait jouer la gagne et bah non. On a l'impression que même UAE ne sait pas pourquoi ils ont roulé. » « Même Tadej n'était pas si content que ça, je ne sais pas si ses équipiers roulaient trop fort, mais tout le monde s'est posé beaucoup de questions », confiait Nicolas Prodhomme.
« Comme ça pendant presque neuf jours, non, je n'ai jamais connu ça, je pense »
Tiesj Benoot (Decathlon-CMA CGM)
Devant, les plus forts n'ont pas tergiversé. Le Suc au May a scindé le groupe en deux. Sans Izagirre. « La dureté de la course m'a remis à ma place », souriait le Basque. « Je ne pouvais pas y aller, il fallait que je tamponne un peu, et on est bien montés mais ils nous mettent 30 secondes dans la bosse, soufflait Braz Afonso, le local du jour. On plaisantait hier (samedi), on disait que ces trois, quatre dernières années, les mecs qui gagnent sur le Tour sont déjà des champions, qui ont déjà fait leurs preuves. Là, ça n'a pas démenti. »
Les huit survivants n'avaient pourtant pas encore gagné car, derrière, c'étaient désormais les Netcompany-Ineos qui roulaient. « Pippo (Ganna) se sentait vraiment très, très bien, on a misé sur cette carte-là, justifiait Vauquelin, alors à la planche pour réduire l'écart d'une minute. Je me sentais très bien, j'ai essayé de donner le maximum. Malheureusement, on échoue de très peu. » Et Mathieu Van der Poel s'est imposé, finalement content de ce scénario de feu : « C'était plutôt une bonne chose parce qu'avec cette pression de derrière, on devait rouler à fond pour rester à l'avant, ça a durci la course et c'était mieux pour moi à la fin. »

Kévin Vauquelin s'est employé pour rattraper l'échappée du jour, contribuant à rendre l'étape difficile. (B. Papon/L'Équipe)
La conclusion de cette première semaine à rallonge, enfin. « C'était pour moi le jour le plus dur depuis le début du Tour, avouait l'expérimenté Benoot. Là, comme ça pendant presque neuf jours, non, je n'ai jamais connu ça, je pense. » « Vraiment un truc de malade », répétait Costiou, quand Izagirre, assis sur une chaise de camping à l'ombre du car, tentait de prendre un peu de recul : « Ça bataille beaucoup pour les échappés, chaque sprint ou chaque grand prix de la montagne semble spécial. Le Tour est la plus grande course du monde, avec les meilleurs du monde qui espèrent tous y faire quelque chose, donc évidemment ça exige beaucoup, ça use beaucoup, et encore plus avec ces chaleurs. »
Michael Matthews (Jayco-AlUla) partageait le constat, les yeux embués après l'arrivée, soulagé d'en avoir enfin terminé. « Tout le monde veut gagner, il y a tellement de pression pour avoir un bon résultat, pour les points (UCI), lâchait l'Australien. Ça rend la course si difficile... C'est bon pour la télé, j'imagine. »