Sandra Kim fait partie du patrimoine culturel wallon. Et pourtant, la chanteuse liégeoise a trouvé son public plutôt en Flandre. Elle a vécu beaucoup d'événements dans sa vie, depuis son succès international à l'Eurovision en 1986, alors qu'elle n'avait que 13 ans. Elle en parle dans un documentaire touchant qui lui est consacré.

"Ce documentaire est une sorte de thérapie, nous confesse d'emblée Sandra Kim (ou plutôt Caldarone), ex-enfant introvertie ("un peu turbulente mais sans excès, je restais dans mon coin") "jetée en pâture dans la fosse aux loups". À cause de "requins", la jeune de Tilleur/Saint-Nicolas n'a en effet touché aucun droit sur son tube "J'aime la vie" durant 2 ans. "M'exprimer comme ça, ce n'est pas mon genre. Aller en profondeur, parler de ma personne (ses mariages, sa blessure ouverte de ne pas avoir pu être maman, etc. NdlR) et de ce que je ressentais, je ne l'ai jamais fait auparavant."

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Le documentaire "Sandra Kim, c'est pas moi" sera diffusé ce 22 septembre

À l'occasion des 40 ans de sa victoire à l'Eurovision et de la tournée de ses 40 ans de carrière (du 23 octobre au 19 décembre 2026 via vibesfactory.be), la Liégeoise de 53 ans a franchi ce cap avec "Sandra Kim, c'est pas moi", diffusé ce mardi 22 septembre à 20 h 05 sur Tipik (RTBF). Le réalisateur Sébastien Rensonnet l'a mise au défi en allant chercher les confidences les plus discrètes et secrètes de la Liégeoise.

"Il fallait quand même remettre les pendules à l'heure, nous confie cette enfant propulsée star du jour au lendemain au point d'avoir eu des pensées suicidaires à une période de sa vie. Ce n'est quand même pas anodin d'envoyer un enfant de 13,5 ans à l'Eurovision ! Je n'ai plus ce genre de pensées suicidaires aujourd'hui. C'était il y a très longtemps. Mais, il y a des moments, un jour clé qui fait que quelque chose se déclenche dans votre cerveau et qui dit : j'en ai marre de vivre, ce n'est pas possible. Et puis, il y a des images qui passent comme ça devant vous où l'on voit évidemment sa famille en premier. Et c'est ce qui m'a fait arrêter en me disant : tu n'as pas le droit de faire ça, je n'avais pas le droit de le faire par respect pour mes parents."

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Ils font d'ailleurs partie intégrante de ce documentaire avec le sacrifice qu'ils ont dû faire à l'époque alors qu'ils ne connaissent pas du tout non plus ce milieu.

"Oui, ils étaient aussi novices dans le milieu, à part mon papa qui était musicien, mais de façon amateur. Il avait un groupe, jouait la basse et de l'accordéon. Mais, professionnellement, jamais. Ils n'étaient donc pas non plus préparés à tout ça. À la fin, j'essuie une larme où je leur dis merci et que ça me fait plaisir de les voir heureux quand je chante. Ils sourient et ça, c'est la meilleure des victoires pour moi. Mais je n'ai pas besoin qu'ils soient fiers de moi, mais bien aussi de ma sœur. Parce qu'il ne faut pas oublier qu'on est deux. Ils ont tous fait des sacrifices : mettre un peu de côté ma sœur quand j'étais plus petite. Et elle en a un peu souffert, tout le monde en a un peu souffert. C'était le revers de la médaille."

"Ils étaient en déficit à cause moi, c'est ce que les gros bonnets de la RTBF m'ont reproché"

Avez-vous de regrets ou l'impression d'avoir fait des erreurs ?

"Ce n'est pas moi qui fais les erreurs au début, ce sont mes producteurs. Moi, je me laissais guider. On m'imposait des choses. Comme j'avais un contrat, je devais exécuter, on ne m'écoutait jamais. Je devais chanter ça, m'habiller comme ça, etc. Après, c'était trop tard. Ce n'était pas le chemin que je voulais prendre mais, déjà, je ne voulais prendre aucun chemin. Je ne voulais déjà pas être là (sourire). J'étais là, parce qu'il fallait bien être là. Et, maintenant, je fais les choses dont j'ai vraiment envie. Quand je n'ai pas envie de faire un truc, je ne le fais pas, tout simplement."

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Vous aimez néanmoins toujours la vie ?

"Évidemment. Mais commencer une carrière avec un titre comme ça, il fallait déjà y aller ! Déjà, je n'aimais pas du tout ce titre… mais mon ex-producteur est aussi l'auteur de la chanson. Il avait donc vraiment tous les droits là-dessus."

Vous avez par contre, à votre insu, bouleversé le paysage de la télévision belge à l'époque. Obligeant la RTBF à instaurer de la publicité pour pouvoir financer le concours l'année suivante.

"J'ignorais totalement ce truc-là. Je l'ai appris bien des années plus tard. On me reprochait des choses : la RTBF était en déficit à cause de moi. Les gros bonnets de la RTBF de l'époque reprochaient ça à une gamine : "à cause de toi, on est dans le rouge, on a mis de la pub". Ils n'auraient pas pu faire autrement pour avoir des sous et organiser l'Eurovision au Heysel. La RTBF était en grande panique."

Sandra Kim : bien en Flandre

Pensez-vous que ce documentaire va faire changer le regard que certains francophones portaient sur vous ?

"Je l'espère parce que j'ai tellement été dénigrée par le passé… Il y a beaucoup de moqueries, même quand je me promène aujourd'hui, je le ressens encore. Il y a des sourires moqueurs. Ou alors sur les réseaux sociaux. Même si, quelque part, je m'en fous parce que je suis assez blindée avec les années. Je m'en tape un petit peu, mais il est vrai que les Wallons n'ont pas toujours été super sympas envers moi. Tout ce que je faisais – pub, chanson, "Dix qu'on aime" – n'a jamais été bien accepté. Une Maurane l'aurait fait oui, Sandra Kim non. Directement, on me cassait."

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Pour vous, la victoire récente à Mask Singer en Flandre était même plus forte que l'Eurovision ?

"Ben oui parce qu'ici, j'ai pris du plaisir à le faire. On m'a écoutée. Au départ, j'avais dit non. Pas par peur, mais c'était la première fois aussi. Je connaissais le programme et ils voulaient absolument que je participe, donc je me suis lancée."

Avez-vous, l'impression, 40 ans après, que le show-business a un peu cassé l'enfant qui était en vous ?

"Je ne sais pas s'il l'a cassé, mais il a un peu gâché cette insouciance que j'avais, évidemment. Le show-business est quand même un monde à part. Ce n'est pas donné à tout le monde. On passe de Sandra Caldarone à Sandra Kim. Passer de l'anonymat à la célébrité, c'est fort. Et pas qu'en Belgique, dans toute l'Europe. Et même plus loin d'ailleurs, c'était incroyable. À une époque, j'ai passé ma vie dans les avions. Attention, ce n'était pas pour me déplaire parce que je rêvais d'être hôtesse de l'air."

Vous avez aussi rencontré Chuck Norris, Vanessa Paradis, etc.

"Oui, Vanessa Paradis, je l'ai rencontrée en 1985, c'était lors d'un autre concours à Milan. Elle représentait la France et moi la Belgique. Je l'envie un petit peu parce qu'elle avait déjà un entourage que j'aurais voulu avoir. Ils étaient super modernes, avec une équipe un peu rock'n'roll. Elle était habillée comme j'aurais voulu être habillée : le jeans troué, le perfecto, la mèche un peu rebelle. Moi, tout était formaté, carré, bling-bling, c'était affreux."

Et notre Annie Cordy nationale a eu le conseil qui a tout changé pour vous…

"Oui et elle avait raison. J'ai voulu faire mon intéressante en disant que je n'aime pas chanter "J'aime la vie", et je me suis fait enguirlander. Elle me dit : moi, je suis tata Yo-Yo à vie. Hors antenne, elle me dit : ce n'est pas ce que j'aime chanter le mieux, mais si ça fait plaisir aux gens, c'est ça qui me fait plaisir. Et elle avait raison. C'est le public qui vous fait vivre. Et il faut le respecter."

Les dates de la tournée des 40 ans : 23 octobre au Théâtre de La Louvière, 31 octobre au Centre Culturel de Seraing, 7 novembre au WEXClub, Marche-en-Famenne, 19 décembre Le Delta, Namur. Infos & réservations sur vibesfactory.be

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