Schneider Electric reconfigure son empreinte industrielle pour gagner en compétitivité tout en renforçant ses capacités sur les marchés en croissance, notamment les data centers, les réseaux électriques et le nucléaire. Cette stratégie combine fermeture d’usine, regroupement de sites et investissement massif dans un nouvel ensemble industriel normand.

Schneider Electric prévoit une réorganisation de plusieurs de ses implantations françaises afin de renforcer sa compétitivité industrielle. Le projet comprend notamment la fermeture de l’usine de Chasseneuil-du-Poitou, dans la Vienne, ainsi que la concentration de plusieurs activités normandes sur un nouveau site à Évreux.

Une usine de 145 salariés fermera en 2028

Le volet social le plus important concerne Chasseneuil-du-Poitou, dont la fermeture est programmée pour mars 2028. Le site emploie actuellement 145 personnes et sa disparition doit donner lieu à un plan de sauvegarde de l’emploi.

Le groupe prévoit de proposer aux salariés concernés des possibilités de reclassement dans ses autres implantations françaises, avec au minimum deux propositions par personne. Des dispositifs de requalification professionnelle pourront également accompagner les mobilités. Pour les salariés seniors volontaires, des solutions de transition adaptées sont annoncées, tandis que les personnes souhaitant poursuivre un projet professionnel à l’extérieur du groupe pourront être accompagnées.

Cette fermeture intervient alors que l’entreprise reste fortement implantée dans l’Hexagone. Schneider Electric emploie environ 15 000 personnes en France, dont 6 400 dans les activités industrielles, les usines et les fonctions support.

150 millions d’euros investis à Évreux

Parallèlement à cette fermeture, Schneider Electric prépare un investissement industriel majeur en Normandie. Le groupe souhaite regrouper à Évreux les activités actuellement réparties entre Beaumont-le-Roger, Le Vaudreuil et Pacy-sur-Eure. Ces trois implantations comptent respectivement 287, 294 et 166 salariés.

Le projet prévoit la construction d’un bâtiment d’environ 40 000 m², destiné à accueillir à la fois des activités de production et de recherche et développement. L’investissement annoncé dépasse 150 millions d’euros.

L’objectif consiste à rapprocher les différentes expertises afin de créer davantage de synergies et d’améliorer la performance industrielle. Le projet illustre ainsi une stratégie de concentration : moins d’implantations dispersées, mais des sites plus importants regroupant plusieurs fonctions.

Data centers et électrification tirent les investissements

Cette réorganisation intervient dans un contexte contrasté pour les différents marchés de Schneider Electric. Les activités liées à l’électrification, à la numérisation, aux centres de données, au nucléaire et aux réseaux électriques affichent des perspectives favorables et nécessitent de nouvelles capacités.

À l’inverse, les marchés plus matures, notamment ceux du logement et du résidentiel, présentent des volumes davantage stabilisés et subissent une forte pression sur les prix. Le groupe cherche donc à adapter son outil industriel à cette nouvelle répartition de la demande.

Cette évolution est particulièrement stratégique alors que l’explosion des investissements dans les data centers liés à l’intelligence artificielle stimule la demande mondiale en équipements électriques. Pour Schneider Electric, la capacité à produire davantage sur ces segments devient un levier de croissance mais aussi un enjeu de compétitivité face aux autres équipementiers internationaux.

Dijon renforcé, l’empreinte française reconfigurée

Le plan ne se limite pas à la Vienne et à la Normandie. Le site de Dijon, qui compte environ 330 salariés, doit également être renforcé. L’entreprise présente ainsi son projet comme une transformation de son dispositif industriel français plutôt que comme une simple réduction de capacités.

Cette stratégie repose sur un arbitrage entre rationalisation des implantations existantes et concentration des investissements dans les territoires considérés comme les plus adaptés aux besoins futurs. Elle intervient alors que Schneider Electric bénéficie d’une demande soutenue dans les infrastructures électriques nécessaires à la transition énergétique et au développement de l’intelligence artificielle.

Le groupe affiche d’ailleurs une dynamique boursière solide : au 9 septembre, son action gagne environ 25 % depuis le début de l’année, malgré un repli lors de la séance de mercredi.

Avec la fermeture de Chasseneuil-du-Poitou et plus de 150 millions d’euros engagés à Évreux, Schneider Electric assume donc une transformation profonde de son appareil productif. L’enjeu sera désormais de concilier gains de compétitivité, montée en puissance sur les marchés technologiques en croissance et gestion sociale des regroupements et fermetures de sites.