l'essentiel À l’approche de la Toussaint, octobre est le mois idéal pour se plonger dans les histoires les plus mystérieuses du Tarn-et-Garonne. Mais derrière les récits de créatures fantastiques, les sources miraculeuses et les maisons prétendument hantées, que se cache-t-il vraiment ? Tout au long du mois, notre série « Mythes, légendes et croyances » remonte le fil des histoires qui nourrissent l’imaginaire local. Entre folklore, mémoire populaire et faits historiques, nous avons enquêté sur ces récits parfois lugubres, souvent étonnants, qui traversent les générations et continuent d’entretenir le mystère.

Pour ce premier opus, focus sur la maison "hantée" de Montbeton qui cache en réalité une histoire familiale, un drame et une succession qui, des années plus tard, laissent toujours la bâtisse aux quatre vents.

« Il faut que cela s’arrête ! », tonne Michel Weill dans son bureau. À Montbeton, M.le maire en a plus qu’assez des rumeurs de maison hantée qui se répandent depuis des décennies aux abords du giratoire des Coulandrières, à quelques centaines de mètres de Montauban. C’est ici, en bordure de la RD 958, que des générations de voisins et d’automobilistes tarn-et-garonnais s’interrogent sur une immense bâtisse de deux étages et toute de pierres vêtue, laissée aux quatre vents. « Depuis au moins cinquante ans », estime Michel Weill qui a accepté de raconter cette histoire de famille - et non pas de fantômes ou de cimetières indiens - pour couper court aux théories farfelues qui agitent régulièrement les réseaux sociaux.

En bordure de la RD 958, entre Montbeton et Montauban, cette maison intrigue des générations d'automobilistes et de riverains.
En bordure de la RD 958, entre Montbeton et Montauban, cette maison intrigue des générations d'automobilistes et de riverains. DDM, G.J.

« Je les connais, ils étaient tous des bosseurs invétérés originaires d’Italie. Le père était éleveur, il vendait ses cochons, et il a eu deux fils. »

Un tailleur de pierres qui a vécu un drame

Né en 1938 à Montauban, Sylvain fait le choix de rester sur la ferme bordée de vergers de ses parents alors que son frère Benjamin fonde, en 1985, une société spécialisée dans l’épuration des eaux usées et la production d’eau potable à Toulouse. « De son côté Sylvain s’était inscrit à une formation de tailleur de pierres à ce qui deviendra l’Afpa, route de Montech. Il était très doué. Mais sur la ferme, il y avait cette petite pointe de terre qui ne pouvait pas être exploitée. Alors il s’est construit une cabane en tôle, il s’est fait livrer des pierres brutes et lorsqu’il avait le temps, il construisait sa maison. Il mettait tout ce qu’il avait appris en application », explique l’élu.

La zone étant désormais inondable, le rez-de-chaussée ne peut plus être habité mais peut abriter un atelier ou un careport.
La zone étant désormais inondable, le rez-de-chaussée ne peut plus être habité mais peut abriter un atelier ou un careport. DDM, G.J.

Puis, celui que l’on prenait parfois pour un vieux garçon rencontre le premier amour de sa vie. Une « bosseuse » qui n’hésite pas à manœuvrer les engins agricoles sur les différentes parcelles qui appartenaient à sa belle-famille. « Elle était en train de sulfater des pommiers en bas du village lorsque son écharpe s’est prise dans la machine. À l’époque, il n’y avait pas de grille de protection. Elle est décédée », explique sobrement Michel Weill.

On ne peut qu’imaginer le désarroi absolu de Sylvain. « La maison était déjà bien avancée mais pour lui, c’est devenu secondaire et il est parti à Bressols refaire sa vie », poursuit le maire. Sylvain, devenu entre-temps père de deux filles, est décédé en 2016 à l’âge de 78 ans.

Une zone inondable depuis 1994

Au fil des années, le permis de construire octroyé à Sylvain a expiré. Et en octobre 2018, c’est Pierre - le fils de Benjamin et donc, neveu de Sylvain - qui sollicite, en tant que nouveau propriétaire, la mairie de Montbeton pour un nouveau permis de construire. En effet, depuis 1994, indique le maire, les règles d’urbanisme ont changé dans le secteur des Coulandrières en raison du plan de prévention du risque inondation (PPRI). « L’État et la préfecture se sont basés sur la crue centennale pour définir le périmètre », ajoute Guillaume, du service urbanisme de Montbeton.

Du matériel agricole a été laissé sur place.
Du matériel agricole a été laissé sur place. DDM, G.J.

Depuis 2018, rien n’a bougé. Ils sont pourtant nombreux à avoir poussé la porte de la mairie, intéressés soit par des terrains, soit par la maison en elle-même. « Le neveu de Sylvain avait posé un panneau A louer mais il ne s’est rien passé. Depuis, tout le monde se pose la question », concède Michel Weill qui espère bien sûr voir cette belle bâtisse être occupée. Qu’il s’agisse d’une habitation ou de bureaux. Mais il prévient : en raison du PPRI, le rez-de-chaussée est voué à rester ouvert ou à être surélevé de 80 centimètres. Même en neutralisant ce niveau, il reste tout de même 150 m2 habitables orientés à l’est en direction de Montauban. « J’aimerais qu’elle se finisse, on me sollicite sans arrêt sur le sujet. C’est une très, très belle carcasse mais il reste encore de l’argent à injecter, notamment pour les menuiseries et l’isolation », conclut-il.

Si la société toulousaine fondée par son père Benjamin a été placée en liquidation judiciaire en 2018, la procédure a été clôturée en 2022. Pierre est aujourd’hui à la tête de plusieurs sociétés civiles immobilières (SCI) basées à Saint-Laurent-du-Var, dans les Alpes-Maritimes. La maison de Montbeton en fait partie. La mairie dispose bien d’une adresse, mais aucun des potentiels acquéreurs qui se sont manifestés n’est parvenu à joindre la SCI. « Pour ma part, j’ai rénové ma maison seul le soir pendant un an et je n’ai jamais été embêté par quoi que ce soit, encore moins par des fantômes, se marre Didier le voisin. Et de toute façon, je n’ai pas peur ! »