Après l'incendie qui a ravagé les Hautes Fagnes, faut-il s'attendre à ce que d'autres forêts ou espaces naturels belges partent en fumée ? Dans le contexte de dérèglements climatiques que nous rencontrons aujourd'hui et qui sont amenés à s'amplifier dans un avenir proche, deux zones apparaissent comme particulièrement sujettes à des feux de végétation.

"En Belgique, les zones les plus susceptibles de rencontrer les conditions favorables à un incendie de végétation, à savoir une température supérieure à 30 °C, des vents supérieurs à 30 kilomètres par heure et un taux d'humidité inférieur à 30 % sont la Gaume et la Vallée de la Semois", estime le climatologue Xavier Fettweis (ULiège).

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Mais le scénario qui inquiète le plus le climatologue est celui d'un incendie en forêt de Soignes. "La forêt de Soignes réunit une série de conditions qui pourraient conduire à la catastrophe. Pour commencer, il s'agit de la seule forêt en Belgique qui soit aussi proche d'une ville de plusieurs centaines de milliers d'habitants. Ensuite, c'est une forêt qui est fréquentée par un nombre important de promeneurs et qui est traversée par des routes. Or on l'a vu en France, les voitures en feu ou qui produisent des étincelles sont souvent à l'origine de départs de feu. Enfin, la forêt de Soignes est composée majoritairement de hêtres, une espèce qui est très sensible aux sécheresses. Beaucoup de hêtres sont en train de mourir, ce qui signifie qu'il y a beaucoup de combustible pour alimenter un incendie", détaille notre interlocuteur, qui alerte sur "le risque majeur est de voir un feu important se déclencher, ce qui nécessiterait d'évacuer les habitants de la capitale".

Et de suggérer : "En forêt de Soignes, il n'y a pas de drapeau rouge comme dans les Fagnes. Il faudrait peut-être envisager à l'avenir de fermer la forêt de Soignes aux promeneurs quand le risque d'incendie est trop important."

Le scénario d'un incendie en forêt de Soignes est également pris très au sérieux par le Centre d'analyse des risques du changement climatique (Cerac). "Jusqu'à présent, la très grande majorité des feux de végétation ont lieu dans des milieux ouverts, pas dans des milieux forestiers. Les Hautes Fagnes en sont un très bon exemple. Mais avec les dérèglements climatiques, on commence à se rendre compte que nos peuplements forestiers risquent également d'être touchés", observe Nils Bourland, expert en sciences du vivant pour le Centre d'analyse des risques du changement climatique.

En ce qui concerne plus précisément la forêt de Soignes, "on se retrouve avec une forêt de hêtres cathédrales qui est magnifique mais qui n'est pas assez diversifiée, qui subit le changement climatique de plein fouet et où il y a une proximité répétée avec les promeneurs. Les ingrédients nécessaires pour un incendie s'accumulent et nos conclusions se rapprochent de celle du climatologue", poursuit-il.

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Évacuation nécessaire

L'expert s'inquiète des conséquences qu'aurait un tel incendie sur les habitants de Bruxelles. "L'incendie dans les Hautes Fagnes a provoqué des problèmes de qualité de l'air jusqu'en Moselle française. Donc si un incendie se déclare à proximité immédiate de Bruxelles et que les vents poussent les fumées jusqu'à la ville, il faudra faire très attention aux crèches, aux maisons de repos, aux hôpitaux, aux prisons… des populations extrêmement vulnérables qu'il faudra pouvoir déplacer rapidement, car si le vent est fort et va dans la mauvaise direction, les fumées peuvent affecter ces populations très rapidement", alerte-t-il.

Au-delà du risque de voir des habitations prendre feu, c'est bien la fumée qui inquiète le centre d'analyse des risques climatiques. "C'est ce qui est le plus impactant pour la santé humaine. Et en cas d'incendie, ces fumées ne vont pas être dégagées pendant une ou deux heures seulement, mais pendant plusieurs jours. Avec un peu de chance, les vents seront changeants et pourraient pousser les fumées ailleurs que sur Bruxelles, ce qui laisserait le temps aux pompiers d'agir et d'épargner les Bruxellois mais si ça souffle vers Bruxelles, ce serait effectivement une catastrophe."

Contrairement aux Hautes Fagnes, la forêt de Soignes possède heureusement certains atouts qui pourraient faciliter le travail des pompiers. "Dans sa partie bruxelloise, elle compte plus de 120 kilomètres de voirie, explique Matthieu Pierret, garde forestier pour Bruxelles Environnement. En fait, la forêt est quadrillée en tous sens, ce qui permet aux services de secours d'accéder plus facilement aux zones en feu. Tout n'est pas accessible, je ne tiens pas à embellir le tableau, mais les drèves assez larges qui parcourent la forêt permettent aux pompiers d'accéder plus facilement aux lieux que dans les Fagnes où les tourbes sont souvent difficiles à atteindre."

Des incendies ont déjà eu lieu par le passé en forêt de Soignes. En 2020, cinq départs de feu ont été signalés. "On en a quelques-uns plus récemment, avec des interventions rapides à chaque fois. C'est vrai qu'on a parfois des centaines de mètres carrés de végétation basse qui ont brûlé. Mais jusqu'à présent, le feu ne s'est jamais propagé aux arbres dans leur entièreté", précise le garde forestier bruxellois. "Cela ne nous empêche pas d'être vigilants. Nous souhaitons renforcer nos équipements, nos moyens de communication et la collaboration avec les services de pompier, parce que c'est vrai qu'avec l'évolution du climat, ce qui paraissait fantasmagorique il y a encore dix ou vingt ans est devenu une réalité", avance Matthieu Pierret. Des travaux sont par ailleurs en cours pour rendre la forêt plus résiliente.

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Services de secours sous pression

Le Cerec pointe par ailleurs un autre risque : l'épuisement des services de secours devant la multiplication des aléas liés au climat. "Il y a eu les canicules, puis maintenant des incendies. S'il y a des inondations en automne, vous vous rendez compte de la pression que cela fait peser sur les services de sécurité. Je pense qu'on doit véritablement y réfléchir et passer à l'action car nos services de sécurité vont être extrêmement sollicités par ces trois aléas climatiques. Ils sont extrêmement courageux et ce qu'ils font est extraordinaire, mais combien de temps vont-ils pouvoir tenir et passer de l'un à l'autre ? Il y a un moment donné où ça va être critique", prévient Nils Bourland.

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