Silver économie : comment le défi du vieillissement peut être une source d’opportunités pour les Alpes-Maritimes
La silver économie, ou l’économie de la longévité, est-elle un moteur de croissance et d’innovation pour les territoires ? C’était la thématique de la table ronde du Club Eco de Nice-Matin qui s’est déroulée mardi 15 septembre au Palais des festivals et des congrès de Cannes, dans le cadre du salon Silver Eco.
L’idée n’était pas de focaliser les débats sur le vieillissement de la population en tant que tel, mais d’échanger sur les opportunités qu’il doit générer dans le futur, notamment sur le territoire azuréen. Plusieurs acteurs du secteur étaient ainsi conviés pour démontrer combien la silver économie est un secteur stratégique et transversal offrant de nombreuses opportunités dans le secteur de la médecine, de la construction, du tourisme, de la mobilité… Mais aussi évoquer les emplois dans les filières du grand âge, les défis de santé publique à venir et l’apport des nouvelles technologies.
Pour en parler, Philippe Dedrie, cofondateur et dirigeant de SunWaves MedTech, une entreprise qui propose une veille médicale ultra-personnalisée ; Pierre Canivet, cofondateur de la startup azuréenne Pass-Memo qui a développé une solution d’intelligence artificielle vocale pour le suivi des patients à domicile ; Floriane Debono, directrice adjointe de la Maison départementale de l’Autonomie, et Titouan Levard, en tant que directeur général adjoint de Silver Valley, un réseau d’entreprises qui fédère plus de 230 acteurs de la silver économie. Premier à s’exprimer sur ces enjeux sociétaux, c’est lui qui a eu la charge d’expliquer ce que représente cette économie à l’échelle nationale et départementale.
22 millions de plus de 55 ans
Le vieillissement de la population est un phénomène mondial. En France, le solde naturel, c’est-à-dire la différence entre les naissances et les décès, est devenu négatif en 2025. Ce qui signifie une accélération du nombre de personnes dépendantes. Le territoire compte ainsi 22 millions de plus de 55 ans – et 7,7 millions de plus de 75 ans. « Pourtant, une personne de 55 ans n’a rien à voir, qu’il s’agisse de ses habitudes quotidiennes ou ses prescriptions médicales, avec une personne de 80 ans. Il existe des différences énormes entre les générations, en termes de parcours de vie ou de situations familiales », estime Titouan Levard.
Paca est le 3e territoire le plus âgé de l’Hexagone et dès 2010, les Alpes-Maritimes ont été le premier département à compter plus de seniors que de jeunes de moins de 20 ans. Quelque 104 000 emplois sont dédiés au vieillissement en Région Sud.
Les problématiques de l’emploi, du logement
Pour ce qui est du Sud-Est, le dirigeant de Silver Valley a mis en avant la surreprésentation de l’offre médico-sociale, en comparaison de secteurs géographiques plus « jeunes » comme les grandes villes, mais aussi le taux de remplissage élevé des résidences pour seniors, essentiel à leur survie, ce qui dénote d’une forte attractivité du département. Aucune surprise. « Si Samsung est présent ici à Cannes sur ce salon de la silver économie, c’est bien la preuve que le segment des seniors est en forte progression. C’est une filière qui crée de réelles opportunités. Le vieillissement n’est pas qu’un sujet médico-social, c’est un sujet de société. » Point positif : les métiers du soin et des services à la personne ne peuvent pas être délocalisés et sont source d’emplois.
L’intelligence artificielle pour trouver des solutions
Floriane Debono, la directrice adjointe de la Maison de l’Autonomie des Alpes-Maritimes, est, elle, intervenue pour, notamment, parler développement économique et emploi. Un sujet essentiel pour la structure qui accompagne au quotidien personnes âgées et en situation de handicap. Elle a également abordé la thématique des aidants pour lesquels le Département des Alpes-Maritimes a ouvert un plan dès 2019, et la problématique du logement, très prégnante dans le Sud-Est.
Dylan Meiffret / Nice Matin
Des surfaces « exiguës » qui ont tendance à rendre complexe l’installation d’équipements de santé à domicile. Or, d’après des chiffres de la Chambre de commerce et d’industrie Nice Côte d’Azur, ces petites surfaces concerneraient environ 70 % des logements de la métropole niçoise. Et d’ajouter : « Pour bien vieillir, il faut d’abord bien habiter. Le Département développe une offre de solutions intermédiaires entre le domicile traditionnel et l’établissement. Il y a aujourd’hui 26 résidences autonomie (1 781 places dont 737 habilitées à l’aide sociale). Cinq nouvelles résidences sont en cours de création, 14 habitats inclusifs sont déjà ouverts. Ces solutions répondent à une attente croissante de formules d’habitat permettant de préserver l’autonomie tout en luttant contre l’isolement et en sécurisant le quotidien. Ces différentes réponses doivent permettre à chaque personne de bénéficier, au bon moment, de la solution la plus adaptée à ses besoins. »
À l’époque ou l’intelligence artificielle n’a jamais été aussi présente dans le quotidien de tout un chacun, et en faisant attention de bien dissocier un usage en lien avec la santé d’un usage purement conversationnel ou génératif, cette nouvelle technologie peut permettre de nouvelles perspectives pour Titouan Levard : « Pour anticiper les déviances, les situations anormales, éventuellement des hospitalisations ou des maladies dégénératives. »
Pour ce qui est des freins qui génèrent encore aujourd’hui des retards de développement, l’expert a mis en avant le coût des nouvelles solutions qui émergent et, pour les entreprises privées, la nécessité de prouver, dans un temps qui reste trop long, qu’un investissement de départ plus conséquent peut s’avérer payant, générant finalement une baisse du coût global et, surtout, un bond en avant en termes de prise en charge. Et Floriane Debono d’appuyer : « Les enjeux du vieillissement ne relèvent plus exclusivement du champ médico-social. C’est une question sociétale qui mobilise les collectivités, les entreprises, les acteurs de la santé, de l’habitat, de l’urbanisme, du maintien à domicile, du numérique et les solidarités de proximité. »
Pour l’interopérabilité
Dylan Meiffret / Nice Matin
Titouan Levard, directeur général adjoint de Silver Valley, concernant la défiance qui existe encore aujourd’hui de la part des pouvoirs publics envers les acteurs privés. « Les entreprises doivent encore prouver, pour quelques centimes par jour et par bénéficiaire, qu’il y a un réel gain à la fin. Ça met du temps, je pense qu’une expérimentation est nécessaire pour résoudre cette problématique. La transition démographique bouleverse tous les pans de l’économie. On défend que le statut ne fait pas forcément la vertu. Quand une solution démontre qu’elle a un impact, tant mieux, même si elle émane du privé. Si elle améliore le cadre de vie du senior, c’est là l’essentiel. C’est presque un enjeu de santé publique pour arriver à améliorer la prise en charge. »