En Gironde, dans le Var, dans la Drôme… Les images des incendies monstres qui ont déjà brûlé plus de 120 000 hectares de forêts en 2026 ont choqué de nombreux Français. Mais chez certains, ils ont fait naître une vocation : celle de pompier volontaire. En Gironde, où 42 000 hectares sont partis en fumée, le Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) a reçu 470 candidatures depuis le 22 juillet et le début du feu de Saumos. « D’ordinaire, sur la même période, on en a 70 », nous explique David Brunner, en charge du recrutement des sapeurs-pompiers volontaires au Sdis 33. « On a tous les profils, des jeunes comme des quadragénaires. C’est un bon signe : ça montre que les gens veulent s’engager pour les autres. »

Si tous les Sdis n’ont pas observé une hausse des candidatures, ils sont nombreux à voir affluer les demandes. En Meurthe-et-Moselle, les événements ont fait bondir « les demandes de renseignements ou d’engagement », note le commandant Blaise Guillaume. Il reçoit « entre 20 et 30 courriels » de sollicitations par semaine depuis les incendies, soit 10 fois plus qu’en temps normal à cette période de l’année. « C’est logique ! À chaque fois qu’il y a des choses comme ça, des catastrophes, il y a un engouement pour s’insérer dans un dispositif d’aide, de se sentir utile », remarque Bruno Ménard, secrétaire général du Syndicat des sapeurs-pompiers volontaires. « On le voit avec les feux de forêt, mais on l’a aussi observé avec le Covid ou même avec les guerres, comme le Kosovo. »

« Les feux ne sont qu’une toute petite partie du travail »

Mais cet engouement pour devenir pompier volontaire est néanmoins inégal sur le territoire. Le Sdis du Doubs a ainsi enregistré en juillet une nette augmentation des demandes pour être volontaire à Besançon, qui n’a pas de problèmes de recrutement, alors que la demande est « plus mitigée » dans les autres casernes plus rurales de sa zone. En Gironde, « plus de deux tiers des candidatures reçues récemment l’ont été sur la métropole bordelaise, sur des centres qui connaissent déjà une dynamique de candidature plutôt positive », remarque lui aussi David Brunner.

De là à ce que toutes les candidatures formulées ces dernières semaines se transforment en carrière, il y a un (très grand) fossé. Manuel Coullet, secrétaire général de SUD Sdis, se veut très prudent concernant cet afflux de demandes : « 80 % à 85 % des interventions des pompiers volontaires relèvent du secours à personne, la plupart du temps pour les transporter d’un point A à un point B. Les feux, et encore moins les feux de forêts, ne sont qu’une toute petite partie du travail », assure-t-il, précisant qu’en « général, sur 10 candidatures, deux iront au bout ».

Des « candidatures d’opportunité » ?

De quoi décourager des jeunes motivés par la lutte contre les incendies de forêt de s’investir ? David Brunner assure qu’il sera « très attentif » dans les semaines et mois à venir aux « candidatures d’opportunité » qui auraient été déclenchées par le récent mégafeu. Mais le responsable des formations au Sdis 33 explique que la dynamique de candidature générée par les incendies de Gironde en 2022 s’était tout de même concrétisée, en proportion, pas une augmentation du nombre de pompiers volontaires recrutés dans les mois et années qui ont suivi. Sur son territoire, environ 40 % des candidatures n’aboutissent pas.

Le chargé du recrutement des sapeurs-pompiers volontaires au Sdis 33 espère surtout que l’engagement de ces aspirants pompiers se concrétisera dans la durée. Car au-delà de la désillusion de ne pas être souvent confronté aux incendies, le processus de recrutement, composé d’entretiens, d’épreuves physiques et d’une formation plus ou moins longue, a de quoi dissuader certains prétendants.

Aux yeux de Bruno Ménard, la très faible indemnisation proposée aux pompiers volontaires pour des gardes n’est pas non plus de nature à les fidéliser, de même que les contraintes ou l’impossibilité de coupler cette activité à une carrière professionnelle lorsque les entreprises refusent de détacher suffisamment leurs pompiers volontaires : « Beaucoup de jeunes déchantent vite, ça explique pourquoi on n’arrive pas à faire augmenter les effectifs de pompiers volontaires depuis des années », tacle-t-il. En 2025, la France comptait près de 201 000 pompiers volontaires. Un chiffre qui stagne depuis 20 ans, d’après les données du ministère de l’Intérieur.