Le chien héros Pickles (Cornichon, en français) posant pour les photographes.

Le chien héros Pickles (Cornichon, en français) posant pour les photographes.

© Picture alliance / Getty Images

ARCHIVES. L’Angleterre, qui affronte ce soir la Norvège, a bien failli être humiliée, lors de la Coupe du monde organisée chez elle, en 1966, quand le trophée a été volé. De quoi embarrasser les limiers de Sa Majesté. C’était sans compter sur le flair de Cornichon, le chien héros de tout un royaume…

Cornichon était plutôt du genre énergique. « Pickles » en anglais, adorable bâtard de colley de quatre ans, noir et blanc, avait l’habitude de mâchonner les pieds de meuble s’il n’avait pas eu sa promenade quotidienne. Histoire de lui dégourdir un peu les pattes et de s’épargner le mobilier, ce dimanche soir 27 mars 1966, son maître David Corbett l’a donc emmené, pour aller passer un coup de fil à la cabine du coin de la rue, à Norwood, dans le sud de Londres. Laisse au cou, c’est plutôt le chien qui menait la marche. À peine sorti, Cornichon s’est rué pour renifler un petit paquet planqué sous la roue de la voiture du voisin. Corbett a compris ce qu’il avait trouvé dans l’amas de papier journal en lisant les noms sur le socle de la statuette : Uruguay, Italie, Allemagne, Brésil… Ce sacré cabot avait réussi là où les limiers de Scotland Yard avaient échoué. Cornichon venait de sauver le pays de l’humiliation, en retrouvant la Coupe du monde de Football, volée le dimanche précédent.

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Une semaine que l’Angleterre était la risée de la planète. À trois mois de l’ouverture du Mondial sur son sol, le Trophée Jules Rimet, du nom du créateur français de la compétition, avait été subtilisé lors d’une exposition au cœur de Londres. En pleine journée, le gardien du Methodist Central Hall de Westminster avait découvert le panneau arrière de la vitrine ouvert, le cadenas au sol, et une porte de service fracturée. Embarrassant… La Fifa avait d’ailleurs immédiatement, et dans le plus grand secret, commandé à un artisan local une réplique de cette « victoire ailée », quelque 3,8 kg d’or et d’argent sculptés par le Français Abel Lafleur à l’effigie de la divinité grecque du triomphe, Niké. L’enquête, elle, démarrait mal. Un homme suspect avait bien été aperçu près des toilettes, mais rien de plus. Les choses ont bougé le mardi, avec un colis déposé chez le patron de la fédération anglaise, Joe Mears, contenant un morceau amovible du trophée, accompagné d’un mot : « Vous êtes sans doute très préoccupé par la perte de la Coupe du monde. Pour moi, ce n’est que de l’or en morceaux. Si je n’ai pas de vos nouvelles d’ici jeudi, je considérerai que c’est bon pour la poubelle… »

Pickles dans les bras de son maître, David Corbett.

Pickles dans les bras de son maître, David Corbett.

Bestimage / © Keystone USA Collection

Rançon, course poursuite… et « l’Espion au nez froid »

La suite est digne d’un film. Après avoir fait publier dans l’Evening News le message « disposé à faire affaire », un rendez-vous est convenu par téléphone avec le ravisseur, un mystérieux « Jackson ». La rançon : 15 000 livres (près de 300 000 euros aujourd’hui) en billets de cinq. Au volant de la voiture de Joe Mears, passant pour son assistant, le détective Len Buggy retrouve Jackson aux portes de Battersea Park. Pas d’argent sans coupe, insiste le policier déguisé. Jackson accepte, sans même remarquer, sous les liasses de cinq pounds, les faux billets en papier journal… Les deux hommes prennent la route, direction le sud de Londres, mais le voleur sent le mauvais coup, en apercevant un van dans le rétroviseur. Prenant la fuite à un feu rouge, Jackson est rapidement appréhendé par Buggy. Edward Betchley de son vrai nom, est un ancien soldat, vendeur de voitures d’occasion et voleur à la petite semaine. Betchley insiste, il n’est qu’un homme de paille, payé 500 livres pour faire le sale boulot. Peu convaincant, mais le mystère reste entier : où est la coupe ?

Cornichon « signant » son contrat pour la comédie « l'Espion au nez froid ». Cachet : 25 livres par jour.

Cornichon « signant » son contrat pour la comédie « l'Espion au nez froid ». Cachet : 25 livres par jour.

Getty Images / © Mirrorpix

C’est là qu’entre en scène le flair de Cornichon. Ce dimanche soir, son maître débarque au poste de police le plus proche, trophée en main, pantoufle aux pieds et le souffle court. Transféré à Scotland Yard, David Corbett est d’abord soupçonné, rapidement disculpé par son alibi, et finit par toucher 6000 livres de récompenses. Cornichon, lui, devient la coqueluche des médias. Le chien pose pour les photographes et fait la une de la presse dans le monde entier. « Son flair a humilié Scotland Yard » titre Paris Match qui, non sans délice, consacre quatre pages aux déboires anglais. Cornichon se voit désigner « chien de l’année », avec à la clef un an de croquettes gratuites de la marque Spiller. Il apparaît aussi dans plusieurs émissions télé et décroche même un contrat pour une comédie, avec un cachet de 25 livres par jour : « l’Espion au nez froid ». La gloire sera de courte durée malheureusement. L’année suivante, Cornichon meurt étranglé, sa laisse coincée dans une branche en poursuivant un chat. Edward Betchley, lui, est condamné à deux ans de prison et meurt en 1969, emportant avec lui son secret. La coupe, la vraie, sera soulevée par les Anglais, après leur victoire en finale le 30 juillet 1966. Offerte au Brésil en 1970 après trois victoires et laissant place à l’actuel trophée, la « victoire ailée » de Jules Rimet sera une nouvelle fois volée à Rio en décembre 1983 et jamais retrouvée…

Le Trophée Jules Rimet, enfin entre les mains des autorités britanniques...

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SIPA / © Rider-Rider/AP

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