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L'officie du tourisme incendié à Lyon.

© JEFF PACHOUD-AFP

Stéphane Bern 18/10/2026 à 19:33, Mis à jour le 18/10/2026 à 19:33

En marge des manifestations, de nombreux joyaux du patrimoine ont été dégradés : l'hôtel de ville de Limoges, le pavillon historique de l'Office du Tourisme à Lyon ou la mairie de Marseille. Notre chroniqueur et « Monsieur Patrimoine » de la France tire la sonnette d'alarme.

Loin des revendications sociales contre la vie chère et des aspirations légitimes de la jeunesse à étudier dans de meilleures conditions, des violences urbaines ont été commises en marge des manifestations du samedi 17 octobre avec un seul mot d'ordre sur les réseaux sociaux : semer le chaos, casser et piller. Il appartiendra aux commissions d'enquête parlementaires de faire la lumière sur les responsabilités de chacun, mais une question se pose : pourquoi s'être ainsi attaqué au patrimoine ?

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Des images montrant à Lyon, place Bellecour, le pavillon historique de l'Office du Tourisme saccagé et incendié, à Marseille l'hôtel de ville envahi et le buste de Marianne jeté à terre, à Bordeaux la Préfecture vandalisée, ou à Limoges l'hôtel de ville en flammes ont légitimement scandalisé une immense majorité de Français. Ce sont pour la plupart des bâtiments familiers de la vie des citoyens, des maisons communes, des symboles de la République et du vivre-ensemble.

S'en prendre à un bâtiment public, c'est s'en prendre à un bien qui appartient à toutes et à tous. Et cela ne résout rien des difficultés financières de chacun. Au contraire. C'est réduire en cendres la vie de milliers de gens pour qui ce patrimoine est un lieu de travail, un cadre de vie, une source d'emploi. Il faut des années pour construire, parfois des siècles pour qu'un lieu entre dans la mémoire d'une ville, mais quelques heures suffisent à le défigurer. Quelle victoire peut-on tirer de ces dégradations des symboles de la République ? Au-delà des personnes touchées, des services interrompus, il y a un bilan que tous ignorent : les gestes des artisans, les traces du temps, les souvenirs attachés à ces bâtiments, les archives détruites des couples qui se sont mariés là. On peut refaire une charpente, remplacer des pierres. On ne retrouve pas toujours ce que les générations y ont laissé. Faut-il que nous nous détestions nous-mêmes pour porter atteinte à ce qui nous est essentiel : un lycée où l'on étudie, une mairie où l'on vient chercher de l'aide, un monument qui incarne une page de l'Histoire de France et qui appartient à une mémoire commune ? Peut-être est-ce là le véritable enjeu de ce moment de bascule.

Quand nous parlons de « notre patrimoine », qui se reconnaît vraiment dans ce « notre » ? Pourquoi toute une génération ne se reconnaît-elle plus dans ce patrimoine qui appartient à tous ? Est-ce que nous, les défenseurs acharnés du patrimoine, n'avons pas réussi à le leur faire partager, aimer, à ce qu'ils se l'approprient… alors que c'est la communauté nationale qui paie pour l'entretenir et le sauvegarder ? S'attaquer à une école, une gare, une mairie, une bibliothèque, c'est renier ce que la philosophe Hannah Arendt appelait le « monde commun », qui préexistait à nous et qui continuera après nous, témoins muets du cycle de la vie. Certes, le patrimoine ne peut pas résoudre les injustices de notre société. Mais non seulement il doit être respecté, mais nous devons surtout donner aux jeunes générations des raisons d'y être attachées.

Refusons cette opposition entre les pierres et les hommes

L'urgence est maintenant de réparer. Soutenir les victimes. Sauver ce qui peut encore l'être. Mobiliser les architectes, les restaurateurs, les artisans. Accompagner les collectivités, même lorsque l'émotion sera retombée. À Limoges, à Lyon, il faudra du temps, des moyens et de la patience. Dans un pays endetté, sans budget, en période de disette, comment trouver les moyens pour financer les reconstructions qui s'imposent ? Je forme le vœu que nous puissions alors montrer ces chantiers de restauration, faire connaître ces métiers d'art, pour raconter les histoires, notre Histoire. Que la restauration soit aussi une occasion de transmission.

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Refusons cette opposition entre les pierres et les hommes. Comme s'il fallait choisir entre protéger un monument et se préoccuper de celles et ceux qui vivent autour. Un patrimoine coupé de la société finit par n'être qu'un décor. Une société qui laisse disparaître ses lieux de mémoire s'appauvrit elle aussi. Personne ne veut des monuments figés dans le temps comme des reliques réservées à quelques passionnés. Ce qui brûle avec les pierres, c'est non seulement une part de notre humanité, mais aussi la trace de notre passé et le travail de celles et ceux qui nous ont précédés. Ces lieux créent du lien : du lien avec le passé et du lien social. Il est grand temps de le retisser en reconstruisant ce patrimoine abîmé qui, pourtant, a bâti l'attractivité de la France dans le monde et nourri nombre de ses enfants.

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