Chaque jour, des millions de colis transitent par notre pays. En 2025, plus de 1,3 milliard de colis ont ainsi été débarqués sur le tarmac de Liège Airport. Un chiffre en forte hausse, porté notamment par les envois issus du commerce en ligne en provenance de pays tiers, et de Chine en particulier.

Pour freiner l'afflux de fret et le déferlement de produits chinois à bas prix, souvent non conformes aux normes européennes, les petits colis (d'une valeur inférieure à 150 euros) importés de pays hors UE sont désormais frappés d'une taxe forfaitaire de 3 euros. La mesure est entrée en vigueur le 1er juillet 2026 et s'appliquera jusqu'au 1er juillet 2028.

Ce mercredi, nos confrères de Het Laatste Nieuws ont indiqué que cette taxe sur les achats en ligne avait rapporté 42,5 millions d'euros à l'État belge en un mois. Mais remplit-elle réellement son objectif principal ?

Selon une première estimation, les services des douanes ont enregistré en juillet environ 35 % de déclarations en moins par rapport à l'année dernière. Cela représente une baisse de 1,26 million de petits colis.

Une taxe de 3 € sur les petits colis à partir de juillet 2026 : l'UE s'est accordé sur la mesure

Pas de conclusion hâtive

"La diminution est notable, mais il faut la prendre avec prudence", réagit Nicolas Lambert, chargé de cours en marketing à l'UCLouvain. "Un mois après l'entrée en vigueur de la taxe, on ne peut pas se permettre de tirer des conclusions hâtives. Si les entreprises mettent en place des stratégies pour contourner la mesure, leurs effets mettront certainement un peu plus de temps à se faire sentir. Pour avoir une idée plus précise, il faudra attendre les derniers mois de l'année."

La vigilance est d'autant plus de mise que les colis dont la valeur dépassait 150 euros auraient, eux, augmenté de 10 %. "Cette tendance pourrait indiquer qu'il existe des stratégies au sein de certaines plateformes pour regrouper dans un colis un certain nombre de produits afin de franchir la barre des 150 euros", note Nicolas Lambert.

Dans le même temps, les plateformes internationales comme Shein et Temu livrent de plus en plus souvent leurs produits depuis des centres de distribution installés au sein de l'Union européenne. "Ces entreprises ont construit des entrepôts gigantesques en Europe", poursuit l'expert. "Cela leur permet d'importer de la marchandise en vrac, via des conteneurs entiers, puis de l'expédier au détail sans taxe."

La baisse du nombre de petits colis ne signifie donc pas nécessairement que le flux de marchandises diminue. Une partie pourrait simplement emprunter d'autres circuits.

Pas suffisant pour la fédération belge de l'e-commerce

Pour la fédération belge de l'e-commerce, la taxe douanière n'est clairement pas suffisante pour freiner l'importation massive de produits non conformes. "Même avec trois euros de plus sur la facture, ces produits, parfois dangereux, restent bon marché", analyse Greet Dekocker, Managing Director de Becom. "Ce qu'il faut, ce sont des contrôles supplémentaires."

La fédération belge de l'e-commerce voit dans la taxe sur les petits colis un "premier pas vers une concurrence plus loyale"

Aujourd'hui, seuls 0,006 % des colis seraient contrôlés par les douaniers, soit un peu plus de 200 par jour. Or, à Liège, 30 % des produits contrôlés ne sont pas conformes.

Pour renforcer ces contrôles, la fédération plaide notamment pour investir dans des technologies de scanning et d'intelligence artificielle.

"Si un produit ne contient pas de certification CE, par exemple, on ne peut pas forcément le contrôler aujourd'hui. Avec de nouveaux outils de scanning, on pourrait facilement comparer le contenu du colis avec la déclaration. Si une paire de lunettes se trouve dans une boîte déclarée comme contenant des chaussures, on pourrait déjà détecter une anomalie", explique Greet Dekocker.

Mais comment financer ces technologies ? La fédération belge de l'e-commerce attend le mois de novembre avec impatience. "À cette période, la Commission européenne devrait imposer aux plateformes chinoises des frais de traitement supplémentaires de 2 à 4 euros par colis", explique Greet Dekocker. "Ce que nous espérons, c'est que l'argent récolté puisse être investi dans la Douane par la suite. Si cela se confirme, on pourra alors commencer à parler d'un plan sur le long terme. Pour le moment, ce sont encore des mesures transitoires."

En attendant de nouvelles législations, les entreprises européennes doivent composer avec une série de normes et de règles auxquelles certains produits importés ne répondent pas nécessairement.

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