Face aux critiques acerbes, notamment émises par Bruno Le Maire, le Premier ministre Sébastien Lecornu tente de temporiser.

Taxer l’épargne salariale ? Cette piste du gouvernement qui fait hurler jusqu’en Macronie

LUDOVIC MARIN / AFP

Taxer l’épargne salariale ? Cette piste du gouvernement qui fait hurler jusqu’en Macronie

EN BREF
Roland Lescure a confirmé que le gouvernement étudie la possibilité de soumettre l’épargne salariale à cotisation ou à la taxer.
La proposition a mis en colère l’ancien ministre Bruno Le Maire ou des parlementaires centristes comme Olivia Grégoire.
Sébastien Lecornu s’est senti obligé de dénoncer ces fuites mais elles illustrent la difficulté qu’aura le gouvernement à boucler son budget pour 2027.

L’IA au HuffPost.

Une nouvelle piste, vers la sortie de route ? Le ministre de l’Économie a confirmé ce lundi 7 septembre que le gouvernement, en quête d’économies pour constituer le budget 2027, envisageait l’instauration de prélèvements sur l’épargne salariale. Une nouvelle hypothèse abrasive, en amont des discussions parlementaires.

« Ça fait partie des pistes qu’on regarde, comme d’autres », a effectivement confirmé Roland Lescure sur RTL, en réagissant à des informations publiées par Les Échos. Selon le quotidien économique, Bercy planche concrètement sur l’idée de soumettre à cotisations une partie des primes d’intéressement, participation ou abondements des employeurs aux plans d’épargne. Ce qui ne plaît pas à tout le monde.

Au-delà des oppositions, souvent rétives aux projets de l’exécutif en pleine campagne présidentielle, cette piste suscite de sévères critiques au sein même du bloc central et de la Macronie en ce qu’elle revient à viser de nouveau la population active. L’ancien ministre de l’Économie (2017-2024) Bruno Le Maire a été le premier à s’en indigner.

« La pire idée funeste »

Celui qui espère jouer un rôle en vue de 2027, a parlé dimanche soir sur franceinfo d’une mesure « folle et scandaleuse », avant d’enfoncer le clou sur les réseaux sociaux, évoquant « la pire » des « idées funestes qui circulent pour le budget. » « Elle découragera tous ceux qui travaillent », a-t-il estimé, en appelant son lointain successeur à « ranger vite au vestiaire » une proposition qu’il juge « injuste et lâche ».

Dans son sillage, des élus membres de Renaissance ou Horizons alimentent ce vent de fronde. Ainsi, la députée (et ancienne ministre) Olivia Grégoire parle « d’hérésie ». « Toucher à l’épargne salariale, qu’on a mis des années à renforcer, et qui est essentielle pour le patrimoine des salariés : c’est non », écrit-elle sur les réseaux sociaux à l’unisson de son collègue (philippiste) Sylvain Berrios qui qualifie, lui, cette hypothèse de « punition. »

Signe de la sensibilité du sujet, le chef du gouvernement a pris la plume à son tour pour essayer de déminer les déclarations de son ministre de l’Économie, en dénonçant surtout le fait que ces hypothèses fuitent dans la presse. Et compliquent, selon lui, le travail de l’exécutif.

« Que des informations de travail, dont certaines n’ont même jamais été remontées jusqu’à Matignon, parfois susceptibles de toucher directement à des intérêts économiques ou patrimoniaux, se retrouvent dans la presse n’a rien d’anodin. C’est grave même », a ainsi écrit Sébastien Lecornu quelques minutes après le passage de Roland Lescure sur RTL. De quoi calmer le début de fronde, au sein du bloc central ? Le Premier ministre précise que les « consultations se poursuivent ».

Lescure confirme aussi les pistes sur les retraités

Elles s’annoncent difficiles, quoi qu’il en soit. Le locataire de Bercy a effectivement précisé ce lundi matin que les économies à réaliser dans le budget seront trouvées « dans les dépenses de fonctionnement de l’État, des collectivités locales, des administrations de sécurité sociale, tous les agents publics », mais également auprès des retraités.

Sur cette question, hautement sensible elle aussi (elle est rejetée par une majorité de Français selon le sondage YouGov pour Le HuffPost publié dimanche) Roland Lescure a confirmé que la désindexation de l’inflation des pensions de retraite les plus élevées, tout comme la suppression de l’abattement fiscal de 10 %, avaient « l’un et l’autre du sens ». Il ne s’est toutefois pas risqué à annoncer de mesures définitives.

« Aujourd’hui, vous savez qu’en moyenne, les retraites sont plus élevées que les rémunérations du travail en France. C’est le modèle social, je dirais, à son meilleur, mais qui coûte beaucoup d’argent. Donc la question est de savoir si on augmente moins les retraites que ce que l’inflation prévoirait », a indiqué le ministre de l’Économie, en appelant de nouveau les partis d’opposition « à la responsabilité », eux qui menacent de renverser le gouvernement. Il doit aussi convaincre son propre camp.