La meilleure arme : le cerveau

"Lorsqu’on est témoin d’une agression, il y a d’abord la peur et la surprise. Une réaction émotionnelle forte", explique Peggy Chekroun, professeure de psychologie sociale à l’université Paris Nanterre. "Tout un tas de questions se posent rapidement dans nos têtes. En fonction du contexte, les réponses à ces questions vont nous orienter vers telle ou telle réaction. Mais la plupart du temps, la situation nous pousse à ne pas agir. Surtout s’il y a du monde ou que le danger est important. On se dit qu’on n’est pas plus responsable que les autres. Agir, c’est l’exception !"

Ainsi, généralement avant de réagir, on regarde ce que font les autres. "Sauf que les autres font comme nous", ajoute la psychologue. Par contre, lorsque quelqu’un agit, cela débloque la situation : "On passe d’une situation figée, qu’on appelle l’ignorance plurielle, à un processus d’aide. Il suffit d’une personne qui bouge. Cela peut être simplement parler aux gens et dire qu’il faut qu’on y aille. Et alors les choses vont s’enchaîner rapidement."

A condition bien entendu d’avoir analysé les risques. Car entre séparer deux enfants qui se chamaillent et intervenir dans une bagarre au couteau, il y a un éventail de scénarios possibles. "Qui dit qu’on ne va pas tomber sur un fou ? Il est aussi très difficile d’intervenir contre des personnes sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants". C’est Patrick Perry, responsable recrutement chez High Security qui le dit. "Tout est une question d’évaluation de la situation. S’il y a des risques, il faut impérativement appeler la police. On n’a pas besoin de superman, on a besoin de gens qui rentrent chez eux sains et saufs." D’ailleurs, les agents de sécurité, souvent confrontés à des situations tendues, doivent suivre des modules d’évaluation de risques ainsi que de gestion de conflit ou de relations sociales.

La criminologue et formatrice Delphine Mengolli ne dit pas autre chose : "Dans le cadre des formations que je donne, j’explique le cadre légal sur la légitime défense ou la non-assistance à personnes en danger. Je rappelle l’obligation de contacter les secours ou la police mais de ne jamais mettre sa vie en danger. Chaque situation est différente. Un costaud expert en arts martiaux agira autrement qu’un chétif de 50 kg. Ce qui prime, c’est sa propre sécurité. Et s’il ne s’agit que de dégâts matériels, mieux vaut s’abstenir d’intervenir physiquement."