L’Asie en mouvement - Terres rares: comment le boom minier birman empoisonne la Thaïlande
La Thaïlande a déroulé le tapis rouge à Min Aung Hlaing, l'artisan du coup d'État de 2021 en Birmanie. Isolé sur la scène internationale, l'ancien chef de la junte, devenu président, cherche aujourd'hui à retrouver une place dans le concert des nations. En optant pour le dialogue, Bangkok espère aussi régler plusieurs conséquences de la guerre civile birmane. Parmi elles, la pollution de ses rivières causée par l'exploitation minière intensive des terres rares de l'autre côté de la frontière.
Depuis le coup d’État de 2021, la Birmanie a connu un boom minier sans précédent, en particulier dans les États Shan et Kachin, frontalier avec la Chine et la Thaïlande. Le développement spectaculaire coïncide avec l'explosion de la demande chinoise en terres rares, ces minerais indispensables à la transition énergétique et aux nouvelles technologies. Des analyses satellitaires montrent que le nombre de sites miniers a quasiment triplé depuis le coup d'État.
À titre d'exemple, le Stimson Center, un think tank américain, a recensé plus de 2400 sites miniers le long des cours d'eau, dont 80 % en Birmanie. La plupart sont des exploitations non réglementées, souvent opérées par des entreprises chinoises. Et effectivement ces sites se concentrent dans les États Shan et Kachin, des régions contrôlées par des groupes armés ethniques. L'armée Wa, proche de Pékin, et l'armée Kachin, qui combat la junte, tirent d'importants revenus de cette activité. Les exportations vers la Chine finançant une partie de leurs opérations militaires.
Pollution aux métaux lourds, une menace sanitaire
Ces mines non réglementées polluent les cours d’eaux en aval, avec des risques sanitaires potentiellement graves pour les Thaïlandais. Et les conséquences sont déjà visibles dans le nord du pays. Plusieurs analyses récentes ont ainsi révélé une contamination des rivières Kok, Sai et Ruak, qui prennent leur source dans l'État Shan. Les chercheurs y ont détecté de l'arsenic, mais aussi du plomb, du cadmium et du mercure, à des concentrations supérieures aux seuils de sécurité.
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Dans les provinces de Chiang Rai et de Chiang Mai, plus d'un million de personnes pourraient être exposées à ces substances par l'eau et par toute la chaîne alimentaire. Des habitants ont déjà signalé des affections cutanées ainsi que des troubles digestifs et neurologiques compatibles avec une intoxication aux métaux lourds. Une campagne de dépistage est en cours auprès des agriculteurs, des pêcheurs et des populations les plus vulnérables afin d'évaluer l'impact sanitaire. Les scientifiques mettent également en garde contre une propagation de cette pollution jusqu'au bassin du Mékong, avec des conséquences potentielles pour des dizaines de millions de personnes.
Une équation difficile pour Bangkok
Avec la visite d’État du dirigeant birman en Thaïlande, le rapprochement opéré par Bangkok risque de ne pas donner les résultats escomptés pour protéger sa population. D’abord parce que ni la Thaïlande ni le gouvernement central birman ne contrôlent réellement ces zones minières, aux mains de groupes armés ethniques. Ensuite, parce que derrière ces mines polluantes, on trouve la Chine qui occupe une place centrale.
Pékin négocie directement avec ces groupes pour sécuriser son approvisionnement en terres rares, tout en préservant ses liens avec la junte. Pour Bangkok, la marge de manœuvre est donc très limitée. En attendant, la société civile se mobilise. Marches, pétitions et appels une coopération régionale, seul moyen selon elle de répondre à cet enjeu transnational et de santé publique.