Tesla célèbre son 10 millionième véhicule, un cap historique dans un marché compliqué
Publié le 04 août 2026 à 07:30 par Christian D.
Tesla a franchi le cap des 10 millions de véhicules électriques produits depuis sa création, en bonne partie grâce aux Model 3 et Y. Si le succès est à célébrer, l'orientation vers les robots et l'IA pose question sur la stratégie automobile de la firme d'Elon Musk.
Le constructeur américain vient de franchir une barre symbolique et historique : la production de son dix millionième véhicule électrique. Annoncé la semaine dernière, ce cap a été atteint lorsque qu'un Model Y est sorti des chaînes de l'usine de Fremont, en Californie.
C'est une première mondiale pour un constructeur exclusivement dédié à l'électrique. Le chiffre est d'autant plus impressionnant que la marque avait atteint son premier million il y a seulement six ans.
Cette accélération fulgurante témoigne de la montée en puissance industrielle orchestrée par ses Gigafactories, de Shanghai à Berlin, qui ont permis de populariser les Model 3 et Model Y à une échelle planétaire.
Cependant, ce succès masque une réalité complexe : la croissance des livraisons a stagné depuis 2023, les usines tournent en sous-régime et l'entreprise a pivoté vers des projets risqués comme les robots et les robotaxis, délaissant l'expansion de sa gamme automobile.
Pourquoi le 10 millionième véhicule de Tesla est-il un exploit historique ?
Atteindre ce volume de production en tant que pionnier de l'électrique moderne est une prouesse incontestable. Tesla a non seulement prouvé que les véhicules électriques pouvaient être désirables mais aussi qu'ils pouvaient être fabriqués en très grande série.
En passant de 1 à 10 millions d'unités en à peine six ans, l'entreprise a défini un nouveau standard pour l'industrie, forçant les constructeurs historiques à accélérer leur propre transition.
Seul le géant chinois BYD a produit plus de véhicules à motorisation électrique mais son total de 17 millions inclut une part significative d'hybrides rechargeables.
Ce jalon est donc la matérialisation d'une décennie de domination et d'innovation, une performance qui force le respect, même pour ses détracteurs les plus virulents. Le succès des Model 3 et Y, qui constituent l'écrasante majorité de ce volume, a fait du Model Y la voiture la plus vendue au monde en 2023, toutes motorisations confondues.
Ce succès cache-t-il une crise de croissance chez Tesla ?
Le rythme effréné s'est brutalement arrêté. Après un pic à 1,81 million de livraisons en 2023, Tesla a connu sa première baisse annuelle en 2024, suivie d'une autre en 2025.
Le constructeur est désormais contraint par la demande et non plus par l'offre. Ses usines disposent d'une capacité de production automobile annuelle de plus de 2,3 millions de véhicules mais elles peinent à en vendre 1,8 million. La sous-utilisation des usines n'est jamais une bonne chose du fait des importants coûts fixes associés.
Une raison du ralentissement, en dehors des agissements et déclarations d'Elon Musk, revient régulièrement : la gamme vieillit. Les Model 3 et Y datent de 2017 et 2020.
Le Cybertruck est un échec commercial, et les autres projets comme le Roadster ou le Tesla Semi sont aux abonnés absents. Pendant que la concurrence s'étoffe, la marque donne l'impression de faire du surplace.
Ce cap des 10 millions arrive donc avec un goût amer, celui d'un record célébré alors que la machine à succès semble enrayée, même si les ventes ont repris des couleurs ces derniers trimestres.
Elon Musk a-t-il abandonné les voitures pour les robots ?
La stagnation actuelle est aussi le résultat d'un choix stratégique radical. Depuis plusieurs années, l'attention et les investissements massifs de l'entreprise ne sont plus dirigés vers de nouveaux modèles de véhicules électriques, mais vers des paris technologiques beaucoup plus risqués : le robot humanoïde Optimus et les robotaxis autonomes.
Elon Musk a misé l'avenir de sa société sur une autonomie totale, un domaine dont il va falloir concrétiser les promesses dans un cadre de forte concurrence, de Chine et d'ailleurs.
Cette réorientation a eu un coût direct : aucun véhicule grand public véritablement nouveau et abordable n'est venu renouveler l'offre. Vu de l'extérieur, l'entreprise semble avoir délaissé son produit phare pour courir après des chimères technologiques.
Que signifie ce jalon pour le méga-salaire d'Elon Musk ?
Au-delà du symbole, ce chiffre de 10 millions a une implication très concrète pour le portefeuille d'Elon Musk. Il représente la moitié d'un des quatre objectifs clés liés à son plan de rémunération colossal, potentiellement évalué à plus de 1000 milliards de dollars.
Pour le débloquer entièrement d'ici 2035, Elon Musk doit atteindre 20 millions de véhicules produits, 10 millions d'abonnés au logiciel de conduite autonome avancée (FSD, pour Full Self-Driving), livrer 1 million de robots Optimus et déployer 1 million de robotaxis.
De ces quatre montagnes à gravir, celle des véhicules est de loin la plus accessible. Les autres objectifs relèvent aujourd'hui de la science-fiction : le nombre d'abonnés FSD stagne sous 1,5 million et les projets de robots et de taxis autonomes sont encore embryonnaires.
Journaliste GNT spécialisé en mobilité / Ante-Geek des profondeurs du Web et d'ailleurs
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