Tim Burton, ce jumpscare de 2 minutes hante encore son premier film
Pop Culture
Quarante et un ans après, une scène de Pee-Wee’s Big Adventure reste gravée chez des générations de spectateurs. Et elle dit déjà tout du cinéma de Tim Burton.
En bref
- Une scène horrifique surgit dans une comédie.
- Large Marge résume déjà le style Burton.
- Son influence déborde jusqu’à l’univers Pee-Wee.
Quarante et un ans après sa sortie, Pee-Wee’s Big Adventure reste associé à une scène qui ne dure presque rien. Deux minutes, pas plus. Mais pour pas mal de spectateurs, c’est là que le premier long métrage de Tim Burton cesse d’être une comédie absurde et devient, l’espace d’un instant, un vrai film d’horreur.
Deux minutes, et tout le ton du film bascule
Le contraste est violent, et c’est précisément pour ça que ça marche. Dans Pee-Wee’s Big Adventure, Pee-Wee traverse le pays pour récupérer son vélo rouge volé, en comptant sur l’auto-stop et sur la patience très relative des inconnus qu’il croise.
Après une mauvaise rencontre avec un fugitif recherché, il se retrouve au bord de la route. Arrive alors un poids lourd plongé dans le brouillard et l’obscurité, conduit par Large Marge, visage fermé, voix lugubre, qui détaille le pire accident qu’elle ait vu sur la route. Puis vient le moment. Au lieu de finir son récit calmement, elle tourne brusquement la tête, et son visage laisse place à une déformation en claymation franchement cauchemardesque.
Pourquoi le choc fonctionne encore
Ce qui frappe, ce n’est pas le réalisme. Clairement pas. Le visage ressemble à un cadavre de dessin animé, avec yeux exorbités, langue qui pend, peau flétrie, cheveux qui tremblent comme s’ils hésitaient encore à rester accrochés.
Mais la scène est réglée avec une précision redoutable. Le film ne prépare jamais le terrain, ne signale rien, ne change pas progressivement de registre. Il coupe net. Cette rupture entre la comédie joyeuse et le jumpscare, ajoutée au passage soudain du live action à l’animation en volume, produit une peur très particulière. Courte, presque enfantine, mais durable. Et c’est sans doute le plus fort, le film n’a pas besoin d’images réalistes pour imprimer une vraie trouille.
Un lien direct avec l’univers Pee-Wee au-delà du film
Ce détour par l’étrange n’est pas resté isolé. La franchise a ensuite glissé vers une esthétique hybride, un peu brinquebalante, souvent charmante, parfois légèrement inconfortable. On la retrouve dans Pee-Wee’s Playhouse, diffusée sur CBS de 1986 à 1990, avec Paul Reubens devant la caméra et Wayne Orr ainsi que John Paragon à la réalisation.
La série suit Pee-Wee dans une maison labyrinthique peuplée de jouets, figurines et meubles anthropomorphes. Il y a aussi les segments Penny, entièrement en claymation, où les corps s’étirent, se déforment, se démontent puis se reconstruisent. Ce n’est pas pensé pour faire peur. Mais on reconnaît déjà ce goût pour les textures vivantes et les mouvements saccadés.
Le premier monstre d’une longue lignée Burton
Avant d’être associé à The Nightmare Before Christmas, The Corpse Bride, Beetlejuice ou encore à Frankenweenie, Tim Burton venait pourtant d’un détour inattendu. Après son licenciement par Disney à la suite des faibles recettes du court métrage live action Frankenweenie en 1984, c’est Paul Reubens qui l’a choisi pour mettre en scène Pee-Wee’s Big Adventure.
Avec le recul, Large Marge ressemble à un brouillon déjà très abouti. On y voit la peau desséchée, le cou squelettique, les yeux gonflés, les secousses du visage. Bref, toute une grammaire visuelle que Burton affinera ensuite, jusque dans des créatures comme la forme serpent de Beetlejuice ou Maggot dans The Corpse Bride. C’est peu de temps à l’écran, mais ça raconte quelque chose de plus large, la naissance d’un imaginaire qui allait déborder bien au-delà d’un simple gag de camionneur fantôme.
Morgan Fromentin
Spécialiste Pop Culture
Depuis 2018, je décrypte l'actualité technologique ainsi que les dernières nouveautés cinéma et séries sur Begeek.fr.
Une erreur dans cet article ?Nous apportons le plus grand soin à chaque article et nous appuyons sur des sources fiables. Personne n'est à l'abri d'une erreur : si vous en repérez une, signalez-la, nous la corrigerons au plus vite.
Sujets
Lisez Begeek en priorité sur Google
Ajoutez-nous à vos sources préférées : nos articles remonteront plus haut dans votre actualité.
Ajouter à mes sourcesNewsletter
Chaque soir à 19 heures, l'essentiel de l'actualité sélectionné par la rédaction de Begeek. Cinq minutes de lecture et zéro bruit.
Je m'abonne gratuitementÀ découvrir
La suite, sélectionnée pour vous.
Begeek · 07 Sep · 20h00
Après House of the Dragon, 4 séries médiévales font mieux
Dragons ou pas, certaines séries médiévales racontent mieux le pouvoir, la guerre et les familles brisées. Quatre alternatives solides, pour 172 épisodes au total.
Begeek · 07 Sep · 19h00
Spider-Man: Brand New Day file vers un dernier record au box-office
Le nouveau Spider-Man dépasse déjà un seuil rarissime aux États-Unis. Reste une vraie question, rattrapera-t-il enfin Star Wars avant la fin ?
Begeek · 07 Sep · 18h00
Le dernier film de Heath Ledger cache un sauvetage fou à Hollywood
Mort en plein tournage, Heath Ledger a laissé un film inachevé. Sa sortie doit tout à une idée de scénario brillante, et à trois amis.
Begeek · 07 Sep · 17h00
Lanterns explique enfin ses portails noirs, et c’est assez troublant
Les portails noirs de Lanterns ne sont plus un simple décor étrange. L’épisode 3 leur donne une fonction clé, avec des implications bien plus larges.
Begeek · 07 Sep · 15h00
Six ans après, pourquoi le film Artemis Fowl reste un raté
Sorti directement sur Disney+ en 2020, Artemis Fowl reste un cas d’école de mauvaise adaptation. Le film a vidé ses livres de ce qui les rendait uniques.
Begeek · 07 Sep · 13h00
En 2002, Robin Williams a cassé son image dans trois films
Avec One Hour Photo, Death to Smoochy et Insomnia, Robin Williams a montré en 2002 un visage bien plus sombre qu’on ne l’attendait.