« Pièce de théâtre », « opération marketing », volonté « d’instrumentaliser » la guerre tarifaire : la réunion spéciale du Conseil des ministres convoquée lundi par Christine Fréchette a été la cible d’attaques répétées dimanche par les adversaires de la CAQ.

Malgré la campagne électorale, « on a une job » à faire, a répondu dimanche le vice-premier ministre, Ian Lafrenière, comme sa cheffe mettra brièvement sa campagne sur pause lundi en début de soirée afin de préparer des mesures de soutien liées aux contre-tarifs canadiens, qui doivent entrer en vigueur mardi.

Des inquiétudes légitimes, dit le PQ

Pour Paul St-Pierre Plamondon, Christine Fréchette continue de brandir l’épouvantail Trump à des fins électoralistes. Selon lui, il n’était pas justifié que la cheffe de la CAQ suspende sa campagne dimanche et marque une pause lundi pour un Conseil des ministres.

Ça peut se justifier par des éléments nouveaux, mais là, il n'y a rien de nouveau, a insisté le chef péquiste. On connaît cette information-là [l'arrivée des contre-tarifs] depuis 12 jours. Je doute fortement que ça ait pris 11 jours pour avoir les détails d'une mesure qui est planifiée depuis longtemps.

Cette stratégie ne doit pas être une excuse pour ne pas faire campagne et manquer de transparence envers les Québécoises et les Québécois.

M. St-Pierre Plamondon a même mentionné avoir des inquiétudes légitimes quant à l'intégrité de la campagne électorale.

Le rôle d'un premier ministre, d'un aspirant premier ministre ou d'une première ministre, c'est vraiment de s'assurer que le processus électoral soit préservé, ne soit pas détourné ou subtilisé à des fins tactiques.

Une opération marketing, selon Duhaime

À l'instar du chef péquiste, le chef conservateur, Éric Duhaime, croit que la cheffe caquiste veut imposer le thème de la guerre commerciale dans la campagne électorale pour cacher le bilan de la CAQ des huit dernières années.

Le Conseil des ministres de lundi n’est ni plus ni moins qu’une opération marketing, selon le chef conservateur.

Quoi qu’il en soit, Mme Fréchette en fait trop peu, trop tard, aux yeux de M. Duhaime.

Ils [les membres de l'équipe de la CAQ] sont arrivés dans une crise, pas préparés, alors que ça fait deux ans qu'ils savent que M. Trump est à la Maison-Blanche, et qu'ils n'ont rien fait, a-t-il indiqué dimanche en conférence de presse.

Le bilan de la CAQ-Fréchette [sic], il n'est pas défendable, il n’est tellement pas défendable que [Christine Fréchette] est dans la pire campagne de diversion de notre histoire pour ne pas parler de son propre bilan des huit dernières années.

Du théâtre, selon Milliard

Le chef du Parti libéral du Québec (PLQ) a accueilli avec dédain la réunion du Conseil des ministres lundi, qu’il associe à du théâtre.

On aura une conférence de presse, des drapeaux, des mines basses, des gens alignés autour d'une table qui vont nous dire qu'ils sont là pour les Québécois et qu'ils vont tout faire pour sauver le Québec, a-t-il déclaré, dimanche matin, en conférence de presse à Gatineau.

Tout comme le chef conservateur, Charles Milliard estime que la cheffe de la CAQ, Christine Fréchette, n’a pas préparé le Québec aux salves tarifaires qui frappent de plein fouet les entreprises.

Parlez-en aux gens du milieu manufacturier, parlez-en aux gens du milieu forestier, parlez-en aux travailleurs. On assiste en ce moment à une grande improvisation. Et ça, c'est l'inverse de la préparation. Alors, on doit absolument convier les Québécois à quelque chose de nouveau.

Davantage d’aide pour les entreprises, demande QS

Pour sa part, la co-porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, ne trouve rien à redire à ce que Mme Fréchette remette lundi son chapeau de première ministre.

Elle est la première ministre, donc elle tient ses réunions aussi comme première ministre, a-t-elle mentionné en conférence de presse à Québec.

Mme Ghazal a plutôt talonné Mme Fréchette sur les mesures de soutien qu’elle propose aux travailleurs et aux entreprises.

La cheffe solidaire a donné l’exemple de l’usine RYAM qu’elle a visitée dans le Témiscamingue, employant 450 personnes, qui suspendra temporairement ses activités en raison des tarifs douaniers américains.

Moi, si j'étais première ministre, à ce moment même, je débloquerais l'argent. On a promis, avec un gouvernement de Québec solidaire, d'avoir une provision Trump de 1 milliard de dollars par année. Je mettrais cet argent-là dans cette usine pour m'assurer que les travailleurs restent à l'emploi, a-t-elle soutenu.

Aux yeux de Mme Ghazal, il est normal que le sujet de la guerre commerciale s’invite dans cette campagne électorale.

Déjà, Québec a mis en place deux programmes d’aide pour les petites et moyennes entreprises (PME), ainsi que pour les grandes entreprises touchées par les nouveaux tarifs. Ces programmes donnent accès à des prêts sans intérêts pouvant aller jusqu’à 50 millions $.

On ne sait pas si le conseil des ministres de lundi pourrait déboucher sur de l'aide supplémentaire pour les entreprises ou les consommateurs québécois.

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Le reportage de Sébastien Desrosiers

On gouverne, dit la CAQ

C'est Ian Lafrenière, vice-premier ministre et candidat dans Vachon, qui s'est porté dimanche à la défense de son parti et de sa cheffe.

On gouverne, on a une job. Les citoyens nous ont élus pour faire une job, ça va se faire jusqu’au dernier jour, on l’a toujours dit, a-t-il justifié.

Il ne s'est pas ému des critiques des oppositions sur une soi-disant instrumentalisation de la guerre tarifaire; à ses yeux, il est tout naturel que ce thème s'impose dans la campagne.

Les citoyens sont capables de se faire leur opinion. Allez rencontrer les citoyens sur la rue, vous allez voir de quoi ils vont vous parler, ils vont vous parler d’économie, a avancé le ministre Lafrenière.

C’est peut-être pour ça qu’il y a une genre de petite réaction du PQ présentement, qui s’est peut-être rendu compte, lui aussi, que les gens parlaient plus d’économie que de référendum.