Tollé autour d’une publicité électorale républicaine en Ohio
Un message publicitaire du candidat républicain pour le poste de gouverneur en Ohio, Vivek Ramaswamy, dans laquelle la mère biologique de son adversaire démocrate, Amy Acton, exhorte à ne pas voter pour sa fille soulève la controverse. Ce que le message publicitaire omet de préciser, c'est que cette dernière avait été retirée du foyer après l'inculpation de son beau-père pour viol.
Dans une campagne où les attaques personnelles ont fusé dans plusieurs courses des élections américaines de mi-mandat, un message d'une minute mettant en scène Donna Arthur se démarque.
Ce n'est pas facile pour une mère de dire ça, mais Amy a un grave problème, y affirme-t-elle. C'est une menteuse. Elle ment sur son passé, dit-elle de sa fille, évitant de mentionner les accusations de viol portées contre son deuxième mari, aujourd'hui décédé.
Elle a menti toute sa vie. Ma fille a besoin d'aide et elle ne peut pas vous aider si elle a elle-même besoin d'aide, plaide-t-elle. Ne la laissez pas devenir votre gouverneure.
La candidate démocrate a condamné la tactique de son rival républicain.
Entre 10 et 12 ans, j'ai été victime d'abus sexuels de la part [du] mari de ma mère biologique tandis qu'elle ne faisait rien pour me protéger. J'ai toujours su qu'elle était profondément malade et fragile, et il est triste de voir Vivek Ramaswamy l'exploiter à des fins politiques.
Des dossiers policiers et des documents de cour obtenus par l’Associated Press attestent que Cledith Arthur, le beau-père d’Amy Acton, avait été arrêté, puis accusé du viol de sa belle-fille en 1978, après une dénonciation faite par le père biologique. Les agressions alléguées auraient été commises entre 1976 et 1978.
Après avoir plaidé non coupable et été libéré sous caution, Cledith Arthur a fui l’Ohio avec sa femme, évitant son procès.
Elle avait déjà témoigné de son enfance difficile et avait dit ne pas avoir revu sa mère biologique depuis une audience devant le tribunal, en 1978.
Elle et son frère, Phillip Stearns, ont affirmé avoir été retirés à la garde de leur mère à l'époque et confiés à leur père.
Dans un communiqué publié par l'équipe de campagne de sa sœur, Phillip Stearns a accusé Vivek Ramaswamy de s'être abaissé à un niveau méprisable en tentant de transformer les violences subies par sa sœur en argument politique.
Dans une vidéo diffusée par la suite, il a affirmé que sa sœur, de trois ans son aînée, l'avait protégé, contrairement à leur mère biologique, restée mariée au violeur d’Amy jusqu’à la mort de celui-ci.
Pour étayer son récit, Amy Acton a également rendu publics des articles d’archives de médias locaux.
Dans un extrait d'une allocution mis en ligne en avril dernier, le candidat républicain l'avait par ailleurs accusée de ne pas avoir d'autre vision que celle de se plaindre de ce que quelqu'un lui a fait.

La candidate démocrate au poste de sénateur en Ohio, Amy Acton
Photo : Associated Press / Jay LaPrete
Ramaswamy ne recule pas, Vance dénonce les critiques
La publicité a d'abord fait l'objet d'une fuite sur un blogue, avant de circuler sur les réseaux sociaux, sans mention du commanditaire.
L'équipe de campagne de Vivek Ramaswamy n'a initialement pas revendiqué sa production, qualifiant Amy Acton de fabulatrice en série dans un communiqué publié mardi.
Plus tard, le candidat républicain a lui-même reconnu que son équipe était derrière la publicité. Montrant clairement qu'elle n'avait pas l'intention de reculer, son équipe a indiqué que la vidéo ferait l'objet d'une campagne publicitaire télévisée de 4 millions de dollars.
Certains commentateurs ont dit voir dans la publicité une tactique désespérée du camp Ramaswamy.
Selon la moyenne des sondages compilée par le site d’analyse de sondages Silver Bulletin, la candidate démocrate a une avance de presque 5 points dans un État qui favorise pourtant les républicains.
En 2022, le gouverneur actuel, Mike Devine, avait facilement été réélu, devançant sa rivale démocrate par 25 points.
Sous couvert de l'anonymat, une source républicaine a dit à CNN qu'un candidat républicain en Ohio avait personnellement demandé à Vivek Ramaswamy de ne pas la diffuser. Selon cette source, les républicains de l'État sont en colère contre lui, craignant qu'il leur nuise.
En entrevue à CNN, la représentante républicaine Nancy Mace, a prédit des répercussions en Ohio et ailleurs au pays, soulignant que les républicains peinaient déjà auprès de l'électorat féminin.
La représentante de Caroline du Sud, qui a déjà dit avoir été victime de viol, n'a pas mâché ses mots.
Cette publicité restera dans les annales comme la publicité la plus honteuse, répugnante et offensante de toute ce cycle électoral.
Le vice-président J.D. Vance, un ancien sénateur de l'Ohio, a au contraire banalisé le message électoral.
Que cette publicité soit appropriée ou non n’est pas vraiment ce qui me préoccupe. Ce qui m’importe, c’est de savoir qui va gouverner, a-t-il répondu aux journalistes qui l'interrogeaient sur la controverse.
Je suis un peu dégoûté de voir des républicains du pays se plaindre davantage de cette publicité que de ce que les démocrates du Congrès et d'autres démocrates veulent faire aux États-Unis.
Au cours d'un rassemblement qui se déroulait peu après, en Ohio, il a ridiculisé les critiques du message. Comme il l'a fait récemment, il a par ailleurs sous-entendu qu'Amy Acton avait un problème d'alcool.
Devant les médias, Donald Trump a de son côté dit ne rien connaître de la situation. C’est très inhabituel qu’une mère déteste sa fille à ce point, mais je ne pense pas que cela ait quoi que ce soit à voir avec Vivek, a-t-il soutenu.
Contrairement à J.D. Vance, le sénateur sortant de l'État, Jon Husted, n'a pas commenté la controverse au cours du rassemblement républicain, auquel participait aussi Vivek Ramaswamy.
Dans une déclaration soumise à l'Associated Press, M. Husted, au centre d'une lutte serrée, a cependant répondu qu'il n'aurait pas diffusé cette publicité.
Des médias appuient Acton
Plusieurs démocrates, dont le candidat au poste de sénateur de l'Ohio Sherrod Brown, ont décrié la manœuvre républicaine.
On n'instrumentalise pas le passé de victime de violence d'une personne pour ensuite manipuler l'opinion publique, a de son côté déclaré le candidat libertarien au poste de gouverneur de l'Ohio, Don Kissick.
Nikki Haley, qui avait croisé le fer avec Vivek Ramaswamy au cours de la course à l'investiture républicaine de 2024, a critiqué son ancien adversaire. C'est un homme mauvais. C'est honteux qu'il s'en tire toujours impunément, a-t-elle écrit sur X.
Des figures des cercles républicains, dont Donald Trump Jr. et la commentatrice Laura Loomer, ont pour leur part relayé la vidéo.
Dans un éditorial, le quotidien local The Columbus Dispatch a par ailleurs décidé de recommander l'élection de la candidate démocrate, dénonçant un geste inacceptable.
Il va sans dire que les violences sexuelles contre les enfants ne devraient pas être instrumentalisées à des fins politiques ni prises à la légère, comme semble le faire Ramaswamy, a écrit l'équipe éditoriale dans un texte publié mercredi.
Un autre journal local, le Akron Beacon Journal, a également exprimé son appui à Amy Acton, évoquant entre autres les attaques personnelles sous la ceinture lancées par son rival.
Soutenu par le président Donald Trump, Vivek Ramaswamy avait brièvement codirigé le département de l'efficience gouvernementale (DOGE) avec Elon Musk. Il avait brigué l'investiture républicaine de 2024 avant de se rallier à Donald Trump.
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Avec les informations de Associated Press