Jules Le Bail, 34 ans, a été contraint de mettre un terme à sa carrière de joueur prématurément. Mais le demi de mêlée du RC Vannes a intégré le staff comme entraîneur de la défense… et donc de son frère Clovis, arrivé de Toulon au début de la saison.

Comment vivez-vous vos premiers mois en tant qu'entraîneur de la défense officialisé par le club cette semaine ?

Je le vis très bien. J'ai aussi aidé l'an dernier. J'ai toujours aimé ce sport. J'ai toujours aimé le rugby, être sur les terrains. Je ne me voyais pas faire autre chose. Le club m'a donné cette opportunité de pouvoir rentrer dans le staff et d’avoir un rôle au niveau de la défense et avec les jeunes. Je les remercie pour l'opportunité. C'est avec grande fierté que j'ai dit oui, sans trop hésiter.

Est-ce que vous pouvez nous raconter les coulisses ? Comment cela s’est-il passé ?

Ça s'est fait assez naturellement. Quand tu aimes le rugby, à la machine à café, il y a des dialogues. On échange sur de l'attaque, la défense, sur des matchs. Ça s'est fait naturellement. Quand j'ai aidé un peu l'année dernière, ça a peut-être plu. J'ai rencontré Jean-Noël Spitzer, la direction, ils m'ont proposé ce poste et ça s'est fait comme ça. Il ne faut pas s'attendre à un Festival de Cannes au niveau des coulisses. Ça s'est fait naturellement. C'était assez simple. C'est un nouveau poste qui a été créé, qui n'existait pas jusqu'à cette saison.

  • Lire aussi : Après son arrêt brutal de carrière, Jules Le Bail intègre le staff de Vannes

Comment trouvez-vous votre place au milieu du staff, avec Jean-Noël Spitzer, Yoann Boulanger, Jeremy Davidson, Goulven Le Garrec ?

Comme je l'ai dit, ça se fait naturellement. Il n'y a pas à chercher sa place. On a des discussions. Si je dois me charger d’un exercice sur l'attaque, il n'y a aucune question entre nous. Ça se fait naturellement, comme Yoann ou Jérémy qui prennent un exercice sur la défense. On est tous là pour se compléter. Je pense que ça marche plutôt bien.

Quand vous étiez joueur, est-ce que vous aviez cet attrait pour la défense ?

J'aime bien la défense. Par rapport à l'attaque, c'est quand même un état d'esprit. Il y a une part de talent. Il y a une part où il faut un peu de technique individuelle. Le skill, ce n'est pas donné à tout le monde. La défense, pour moi, c'est plus un état d'esprit collectif. Tout le monde peut apprendre à bien défendre. C'est une question de rigueur, de discipline et de volonté. J'ai toujours aimé la défense. C'est un état d'esprit où on se bat pour les autres. Quand quelqu'un loupe un plaquage, on se bat pour rattraper le coup. Ça montre un peu le caractère d'une équipe. C'est ce qui me plaît dans ce secteur-là du jeu. Après, numéro 9, on est aussi derrière les avants ou devant les trois quarts à essayer de couvrir les intervalles qu'il peut y avoir. On braille après les gros pour qu'ils bougent, pour qu'on n'ait pas de faiblesse ! On a un peu ce regard au second rideau. Je me retrouve à manager, du coup, la défense.

Vous étiez joueur il n'y a pas encore si longtemps, est-ce que vous avez envie de mettre votre patte sur les entraînements ?

S'il n'y a pas d'efforts qui sont faits en défense, on crée des failles, on crée des faiblesses. J'ai envie d'être exigeant avec les gars et essayer de leur faire comprendre ça. On est toujours utile quand le ballon est en jeu. Le ballon peut revenir très vite, surtout en Top 14. Il revient à toute vitesse dans l'autre coin du terrain. Si on marche pour pouvoir se récupérer, on crée des failles. L'objectif, c'est que tant que le ballon est en jeu, on bouge, on est vivant, on court, on se replace, on se relève le plus vite possible pour garder cette défense collective au maximum.

Jules Le Bail a disputé le dernier match officiel de sa carrière le 22 février 2025 contre Montpellier.
Jules Le Bail a disputé le dernier match officiel de sa carrière le 22 février 2025 contre Montpellier. Icon Sport

Vous devez être plutôt satisfait du début de saison. C'est quand même le point en comparaison à il y a deux ans qui est satisfaisant…

Oui, il y a des bonnes choses, il y a des bons indicateurs. On bosse bien là-dessus, on a fait un “focus”. On a aussi appris il y a deux ans, on encaissait pas mal de points. Du coup, on a voulu accentuer le travail sur la défense. Maintenant, il faut réussir à rééquilibrer tout ça pour qu'on marque plus, c'est un autre sujet.

Lors des trois derniers matchs, vous menez à la mi-temps. Qu'est-ce qu'il manque pour faire un match vraiment complet ?

Actuellement, ce qu'il nous manque, c'est la zone de marque. On ne marque pas assez. On n'est pas assez tueurs dans cette zone. Et c'est surtout pour ça qu'on n'arrive pas à marquer plus de points. Du coup, on laisse les équipes dans le match. On y arrive dans cette zone et actuellement, on ne score pas assez.

  • Voir aussi : le classement du Top 14

Pour revenir sur votre nouveau rôle, à quoi ressemble une semaine pour vous ?

Les différences, c'est que j'arrive avant et je repars après. Quand on arrive à la maison, on pense aussi à demain. En tant que joueur, on vient, on s'entraîne et quand on repart, on arrive à couper. Quand tu rentres dans le staff, tu as toujours un peu l'esprit sur les jours qui arrivent, les échéances. Tu te libères un peu moins la tête sur l'aspect rugby. On fait des montages vidéo, on fait des retours aux joueurs avant, après les entraînements, pendant les jours de repos. C'est surtout ça qui a changé.

Rester au cœur du réacteur, ça vous permet d'être encore épanoui dans ce milieu-là ?

Personnellement, avec tout le respect que j'ai pour les comptables, les avocats ou n'importe quel autre métier, je ne me serais jamais vu faire ça. Je suis né sur les terrains. J'ai passé 30 ans au bord des terrains et sur les terrains. Je ne me voyais vraiment pas faire autre chose que ça. C'est pour ça que je suis toujours épanoui autant que quand j'étais joueur, désormais dans le staff.

À la Nuit du rugby, le staff vannetais a été mis en avant, ils ont reçu le prix. Qu'est-ce qui fait la recette du succès du staff ? 

Pourquoi ça marche bien ? Il n'y a pas que le staff, c'est un tout. C'est le club entier qui bosse et qui veut atteindre ses objectifs. C'est le staff qui a été récompensé. Les joueurs ont été récompensés aussi avec la montée. Le staff aussi, mais les bureaux auraient pu être récompensés aussi. C'est un travail collectif et je pense que c'est la force du club. Tout le monde bosse pour qu'on aille chercher le plus haut niveau.

Samedi, vous affrontez Pau. Quels sont les atouts et les faiblesses de cette équipe ?

C'est une équipe très athlétique qui connaît son rugby et qui connaît bien son système. Leur force, pour moi, c'est qu'ils sont forts athlétiquement. Du coup, au niveau des vitesses du replacement, du travail sans ballon, ils excellent et ils étouffent un peu les équipes avec un jeu d'occupation qui est très intelligent. Ils ne s'exposent pas, ils jouent chez l'adversaire et ils attendent que l'adversaire craque sur des ballons de turnover, qu'il pousse au pied et après ils forcent les courses, ils les gagnent et ils marquent des essais. C'est surtout ça la force de Pau actuellement. Il y a deux ans, c'est l'équipe qui vous avait posé le plus de problèmes, que ce soit à l'aller ou au retour, il n'y avait vraiment pas eu de match.

  • Lire aussi : les compositions probables de la 5e journée

C'est un style de jeu qui vous perturbe ?

Ils mettent beaucoup de vitesse dans leur jeu, que ce soit en attaque ou en défense. On n'était pas forcément prêts à cette vitesse-là il y a deux ans, je pense. Ils nous avaient surpris à la Rabine et chez eux là-dessus, sur tout ce qui était ballons de turnover. Ils étaient extrêmement efficaces. On a eu du mal à les jouer. Ils sont aussi très performants sur tout ce qui est duel aérien. Ils créent des seconds ballons, des ballons de récupération. Ils ont une stratégie qui est bien en place, ils bossent bien là-dessus. Ils ont leurs points forts, ils savent s'appuyer là-dessus. À nous de répondre présent et de ne pas se retrouver dans ces situations.

Votre frère, Clovis, a rejoint l'effectif. Est-ce que vous avez joué un rôle ?

Non, non, je n'ai joué aucun rôle. Ça s'est fait comme ça. Personnellement, ça me fait très plaisir de le voir au quotidien. Je suis parti à 18 ans et depuis 15 ans, on ne vivait plus dans la même ville. On se voyait deux ou trois fois par an. Maintenant, je le vois tous les jours. Là-dessus, ça fait plaisir de voir son frangin au quotidien. Mais je suis aussi exigeant avec Clovis qu'avec n'importe quel autre joueur ! Il faut savoir faire la part des choses et c'est ce qu'on arrive à faire.