La saga de la famille Elissalde, dont Sacha, le sixième membre, est sur la feuille de La Rochelle-Toulouse
À l'occasion des probables débuts de Sacha Elissalde en Top 14, nous avons retracé la saga de cette célèbre famille du rugby français. Le joueur du Stade rochelais sera le sixième homme de la lignée à jouer dans l'élite, sur quatre générations. Il va égaler deux arrière-grands-pères, un grand-père, un grand-oncle et un père.
Sacha Elissalde, 19 ans, sera sur la feuille de match du La Rochelle-Toulouse de dimanche soir. Il incarnera la quatrième génération de la famille et son sixième membre à jouer dans l’élite. C’est l’occasion pour nous de faire un retour sur cette lignée emblématique du rugby à la française.
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Arnaud Elissalde
Il aurait fêté ses cent ans cette année. Bayonnais de naissance et d’éducation, il avait débarqué à La Rochelle dans l’après-guerre, à l’âge de 21 ans. Militaire à Paris, il était sous les ordres d'un colonel rochelais qui l'avait aiguillé vers son club de cœur, avec du boulot à la clé.
Arnaud jouait demi de mêlée et il a totalement changé le Stade rochelais. Arnaud l’a façonné, métamorphosé, structuré, comme on aime dire aujourd’hui. Son empreinte fut d'une rare profondeur.
Il fut très jeune entraîneur-joueur (à 27 ans), avant de raccrocher les crampons à 39 ans, en 1966, et, bien sûr, de continuer à diriger l’équipe première. Les historiens le considèrent comme le vrai initiateur de l’esprit rochelais. Avant lui, c’était un club comme tant d’autres, après, ce fut un club vraiment spécial. On a longtemps cru qu’Arnaud avait perpétué un esprit qui existait avant lui. Or, il n’en est rien. En 2006, il rappelait, lors d’un entretien, qu’à son arrivée, il n’y avait qu’un Rochelais dans l’équipe (Serge Palito) et qu’il s’était efforcé d’inverser la tendance pour construire une identité rochelaise (Sud-Ouest, Frédéric Zabalza).
Lui qui venait de l'exétrieur, a donné une âme hyper locale au Stade rochelais. Il a développé la formation en promouvant les mêmes principes, des poussins à l’équipe première. Il a fait du club à la caravelle une sorte de confrérie, un peu comme un club privé à l’anglaise. Jusqu’aux années 2000, le club ne joua d’ailleurs qu’avec des joueurs formés sur place au point, en 1977, de refuser la venue de Graham Mourie, capitaine des All Blacks en personne.
Arnaud Elissalde avait été marqué par le mythe des Néo-Zélandais, par leur respect des fondamentaux du jeu. Il aimait que la couleur noire prît le dessus sur la teinte jaune sur le maillot et les oriflammes du club. Il aimait par-dessus tout réfléchir au jeu, à l’apport de Jean Prat et des Lourdais, ainsi qu’à l’influence de Lucien Mias sur le jeu d’avants. Rarement un seul homme aura eu une telle influence sur la marche d’un club qui, pourtant, ne gagna aucun titre avec lui. Son Stade rochelais échoua trois fois en quart de finale, à chaque fois face à Dax, malgré un pack de fer autour des Le Bourhis, Lorcery, Baron ou Bontemps... Son Stade rochelais pratiquait un rugby de force, plus qu'un rugby d'allégresse.
Les plus anciens se souviennent de son béret, de son intransigeance sur certains principes. Ce n’était pas une grande gueule : il parlait assez peu, mais ses mots étaient tranchants. "Ils étaient au scalpel", se souvient le grand reporter Richard Escot, qui l’a bien connu. Il valait mieux être d’accord avec Arnaud, c’est vrai. Il avait aussi la particularité de choisir la main avec laquelle il disait bonjour : la droite pour ceux qui l’appréciaient, la gauche pour les autres, car il tenait à rester poli. Mais il avait un côté clivant qui lui valut aussi des inimitiés dans la ville de Jean Guitton.
Joueur, il n’avait pas de qualités très spectaculaires : il n’était ni rapide, ni spécialement flamboyant, mais c’était un stratège. Il jouait beaucoup au pied, un peu à la manière du Gallois Clive Rowlands, dit Top Cat, figure des années 1960. "L’avenir nous a confirmé que le Stade rochelais a eu un impact sur la cité. Aujourd’hui encore, les gens ont la nostalgie de cette identité", déclara-t-il dans cet entretien de 2006. Inutile de dire qu’Arnaud Elissalde n’a jamais vécu du rugby. Il tenait une poissonnerie. Il est décédé en 2016, à 90 ans. La place qui se trouve devant le stade porte désormais son nom. Certains anciens voudraient même que ce soit le stade lui-même qui soit rebaptisé…
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Laurent Bidart
Formé lui aussi sur la Côte basque, il était arrivé à La Rochelle peu après Arnaud Elissalde, son aîné de quatre ans, dont il devint le compère. Laurent Bidart est le deuxième grand-père de Jean-Baptiste Elissalde et le beau-père de Jean-Pierre. Il restera à jamais comme le premier international de l’histoire du Stade rochelais, une seule fois, en 1953, face au Pays de Galles. C’était un trois-quarts centre de petit gabarit, mais très musclé et électrique. Il aurait mérité une autre destinée en sélection. Pourtant, sa seule sélection reposait sur une bourde des sélectionneurs (ce ne fut pas la seule à l’époque) : ils l’avaient sélectionné comme demi d’ouverture, alors qu’il n’occupait jamais ce poste en club. Il n’avait par exemple pas de jeu au pied. Mais un responsable de la FFR, qui l’avait vu réaliser des exploits balle en main avec La Rochelle, avait oublié le numéro qu’il portait. Il a joué pendant douze ans en équipe première du Stade rochelais. Il est mort en 2000, à 70 ans. Il a eu le temps de voir son petit-fils jouer pour la première fois chez les Bleus.
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Jean-Pierre Elissalde
Fils d’Arnaud, gendre de Laurent Bidart, Jean-Pierre Elissalde est toujours une figure du rugby français, grâce à sa verve inépuisable, qui en fait un invité de choix pour les médias. Mais J.-P. E. fut d’abord un demi de mêlée de premier plan dans les années 1970-1980 : un neuvième avant, puissant, pas très rapide, mais très rude, fait pour aller au contact. Il n’avait peur de rien ni de personne. On parle encore d’un pancrace qui l’opposa à un talonneur des Maoris en tournée. Sur le plan stylistique, on peut présenter Jean-Pierre comme un successeur de l’Agenais Pierre Lacroix. Évidemment, Jean-Pierre fut éduqué très jeune par Arnaud, puisqu’ils vivaient dans une maison accolée au stade Marcel-Deflandre. De cet observatoire privilégié, il apprit patiemment toutes les ficelles du rugby et du poste de numéro 9. La légende disait qu’il n’était pas très doué au départ, moins que Lucien, son frère. Mais Jean-Pierre avait sans doute quelque chose en plus au niveau du tempérament, ce qui lui donnait une aura et une ambition particulières. Il avait, lui aussi, un jeu au pied de premier plan, jusqu’à tenter des drops derrière son pack.
Jean-Pierre Elissalde fut quatre fois sélectionné en équipe de France. Cependant, il fit son meilleur match lors d’un match de semaine, au cours d’une tournée en Afrique du Sud, face à la Western Province, en 1980. C’était un homme de caractère, capable de claquer des portes, de partir deux ans à Bayonne ou de signer une licence dans un club de foot.
Comme son paternel, il fut entraîneur-joueur et entraîneur tout court du Stade rochelais, dans les années 80-90, en suscitant lui aussi des clivages ; puis, on le retrouva à Béziers, Bayonne et même au Japon.
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Lucien Elissalde
Moins connu du grand public, il a, lui aussi, joué en équipe première, au poste de demi d’ouverture. Il formait même la charnière du Stade rochelais avec Jean-Pierre dans les années 70. Lucien avait un coup de pied gauche terrible. Il est toujours au club comme éducateur et dirigeant des équipes de jeunes. Écoutons ce que disait de lui Jean-Pierre en 2020 : "Lucien avait beaucoup plus de talent.... Il avait du mal à intégrer certains codes du rugby, et notamment, il n’acceptait ni le vice ni les décisions arbitrales obscures. C’était un utopiste." (Midi Olympique, Nicolas Augot).
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Jean-Baptiste Elissalde
Il fut le premier Elissalde-Bidart à jouer dans un rugby devenu professionnel. Il était si frêle que sa famille le fit débuter par le foot, avant qu’il ne retrouve le ballon ovale en cadets. Il en garda un jeu au pied diabolique que les supporters découvrirent lorsqu’ils assistaient aux entraînements du club dirigés par son père. Haut comme trois pommes, JBE renvoyait les ballons égarés avec autant d’efficacité qu’un joueur senior, parfois même de volée.
Jean-Baptiste est probablement le plus doué de la famille en rugby pur. Il est aussi celui qui a connu le plus de sélections : 35 entre 2000 et 2008. Il débuta en équipe première à 19 ans, en 1997, sous les ordres de son père. Demi de mêlée ou demi d’ouverture, sa classe ne faisait aucun doute. Il offrit ainsi, grâce à un drop, une victoire historique face au Stade Toulousain en 2000. Mais, signe des temps, le Stade rochelais de l'époque était devenu trop étroit pour son talent si éclatant. Il mit donc le cap sur Toulouse en 2002, ce qui lui permit de ramener à la famille ses premiers trophées d'envergure : deux Coupes d’Europe et un Bouclier de Brennus. Il est entré dans le cercle très fermé des internationaux, fils et petit-fils d'internationaux à l'instar des Murphy en Irlande et des Towers-Howard en Australie.
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Sacha Elissalde
Né en 2007, il vient de signer un contrat espoirs avec La Rochelle, qui n’est pas le club de ses débuts, car avant de revenir dans le berceau familial, il a porté les maillots de Toulouse et de Montpellier, deux clubs que son père a entraînés. Plus massif que son géniteur, il a fait deux apparitions en Challenge Cup la saison dernière. Évidemment, il doit porter le poids de son nom de famille. Mais il semble armé pour le supporter. La saison 2026-2027 sera peut-être celle de son avènement, ce qui lui permettra peut-être de porter le flambeau des Elissalde encore plus loin dans le temps.