l'essentiel Un homme de 23 ans exécuté à la kalachnikov devant une école, des adolescents pris pour cible, des armes de guerre retrouvées dans des voitures ou des garages, des coups de feu presque chaque semaine : depuis plusieurs mois, le Mirail est secoué par une succession de violences liées, pour partie, aux recompositions du trafic de stupéfiants. Au point de rapprocher Toulouse des villes françaises les plus touchées par les règlements de comptes ?

Une rafale dans la nuit. L'une des balles traverse la tête de Brahim. Dans la nuit de samedi à dimanche, ce jeune homme de 23 ans est abattu devant l’école Sylvain-Dauriac, dans le quartier de La Faourette, à Toulouse. Le tireur, descendu d’un véhicule, aurait utilisé une kalachnikov avant de prendre la fuite. Cette camionnette susceptible d’avoir servi aux tueurs est retrouvée incendiée quelques heures plus tard à Papus. Elle avait été volée à Castres environ un mois auparavant.

"Les tireurs n’étaient pas là par hasard. Ce n’est pas un point de deal qui a été arrosé : la victime, c'était bien la cible", assure un policier. Sortie de prison depuis un peu plus d’un mois, la victime était connue dans le milieu des stupéfiants et avait notamment été incarcérée dans une affaire de "jambisation". La piste d’un règlement de comptes sur fond de trafic est étudiée, sans être la seule.

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Cette mort constitue surtout le dernier soubresaut d’un Mirail où les armes parlent désormais presque chaque semaine. Deux conflits distincts agitent le secteur. Le premier, ancien, oppose des groupes liés à La Reynerie et Bellefontaine. Le second, plus récent, se joue à Bagatelle, où deux clans se disputeraient un point de deal laissé vacant par ses précédents occupants.

Des armes en provenance de l'Europe de l'Est

Début août, deux adolescents de 16 et 17 ans avaient ainsi été blessés par balles rue Jules-Amilhau. Les deux tireurs présumés, âgés de 18 et 25 ans, avaient été interpellés peu après. Quelques jours plus tard, toujours à Bagatelle, deux hommes gravitant autour d’un point de vente de stupéfiants étaient blessés par un tireur arrivé seul sur une trottinette électrique. Les dossiers ne sont pas nécessairement liés. Mais leur accumulation raconte quelque chose.

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Des armes sont régulièrement découvertes dans des voitures, des garages ou lors de perquisitions. "Il y en a de plus en plus qui circulent. Pour les kalachnikovs, il existe des filières directes depuis l’Europe de l’Est. Il n’y a plus besoin d’aller ailleurs pour s’approvisionner", explique une source policière.

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Les modes opératoires évoluent eux aussi. Les motos électriques, silencieuses et rapides, sont devenues l’un des outils privilégiés des tireurs pour approcher une cible sans être entendus puis disparaître. Paradoxalement, cette violence ne signifie pas que tous les points de deal prospèrent. "Certains végètent. On voit de gros tags annonçant les produits, mais parfois quasiment aucun client", décrit un fin connaisseur du milieu.

Une ville agitée

Le trafic s’est déplacé. Une part croissante des ventes passe désormais par les messageries et la livraison à domicile. "C’est là que se fait le plus gros chiffre d’affaires aujourd’hui", estime cette source. Un modèle plus discret et plus difficile à surveiller pour les enquêteurs.

Depuis plusieurs mois, ceux-ci observent surtout la déstabilisation d’équilibres anciens. "Le marché de la drogue du Mirail, pendant des années, n’a pas bougé. Aujourd’hui, des équipes montent, des lignes de fond bougent", alertait déjà un enquêteur au printemps. Il évoquait aussi ces jeunes exécutants, parfois recrutés pour quelques milliers d’euros : "Certains vont flinguer pour un besoin d’argent immédiat."

Toulouse est-elle pour autant en train de devenir le nouveau Marseille ? La tendance inquiète les spécialistes de la criminalité. "Marseille baisse, même s’ils partent de très haut. Toulouse et Nice augmentent. On fait désormais partie des villes agitées", résume un enquêteur. Le nombre d’homicides et tentatives d’homicide enregistré à Toulouse aurait déjà dépassé cet été le total de toute l’année 2025.