Tour de France 2026 – le Col du Haag, avant le Plateau de Solaison : Remco Evenepoel face à un double défi XXL
"Les étapes de plaine sont presque terminées. J'ai envie de dire que le Tour commence seulement aujourd'hui. Ce sera une journée pour les échappés et je pense qu'aucun coureur visant une bonne place au classement général ne prendra de risque. Ce, d'autant plus qu'on annonce de la pluie, ce qui pourrait rendre les routes dangereuses."
La prophétie faite par Remco Evenepoel ce vendredi midi au départ à Dole s'est vérifiée, du moins en partie. Cette 13e étape, la plus longue de ce Tour avec ses 205,8 km, a fait la part belle aux fuyards. Avec la permission de Tadej Pogacar, qui avait d'ailleurs autorisé Tim Wellens et Brandon McNulty, deux de ses lieutenants, à prendre leur bon de sortie, un groupe d'une cinquantaine d'hommes s'est lancé dans une échappée au long cours. Au final, Mauro Schmid a battu Harold Tejada dans un sprint à deux.
Pidcock revient sur les talons d'Evenepoel
Mais un gros client a pris ces risques évoqués par le Brabançon, à savoir Tom Pidcock. Et ça lui a plutôt réussi, puisque le Britannique, troisième à franchir la ligne à Belfort, a tout simplement repris 7:32 (plus 0:04 de bonifications) à tous les favoris. De quoi faire un bon prodigieux de la 10e place (à 11:49) qu'il occupait le matin à la 4e (à 4:15 de Tadej Pogacar, mais à 0:09 d'Evenepoel).
Tour de France - Tadej Pogacar entretient le flou sur sa participation à la Vuelta: "Si le prince de Monaco le dit, il y a de fortes chances""Quand je me suis retrouvé devant, un peu par hasard, et que j'ai vu que les gars collaboraient, je me suis dit que j'allais jouer le coup à fond, commente le leader de la formation Pinarello Q36.5. Même si j'aurais aimé gagner, la journée a été très positive."

Voilà, donc, que Pidcock s'invite dans la lutte pour les deux places sur le podium à côté d'un Pogacar seul sur sa planète. "Même si j'aurai mal aux jambes demain et que je m'attends à perdre quelques minutes au contre-la-montre de mardi (26,1 km d'Evian-les-Bains à Thonon-les-Bains), je me battrai pour rester le plus haut possible."
200 moutons, 100 vaches, des déplacements avec le PSG et ambassadeur d'une société de… semences : zoom sur la nouvelle vie de Thibaut PinotMalgré un discours prudent, on sait que Pidcock est un coureur imprévisible. Et la 3e place finale conquise l'automne dernier à la Vuelta tend à prouver qu'il peut gérer ses efforts sur trois semaines.
guillementPidcock va payer la facture ce week-end.
Cela ne semble, pourtant, pas inquiéter l'entourage de Remco Evenepoel. "Pidcock va payer la facture ce week-end. Même s'il s'est économisé en ne prenant pas beaucoup de relais, toute cette journée passée à l'avant va laisser des traces", estime Klaas Lodewyck, l'un des directeurs sportifs de l'équipe Red Bull-BORA-hansgrohe.
Cinq coureurs se tiennent en 38 secondes
Il faut dire que ce week-end s'annonce aussi difficile que crucial dans l'optique du classement général. Derrière l'ogre Pogacar, la situation n'a peut-être jamais été aussi indécise dans la course au podium. Entre Jonas Vingegaard, 2e à 3:36, et Lenny Martinez, 10e à 6:34, il n'y a donc même pas trois minutes d'écart. Mieux encore : Remco Evenepoel (3e à 4:06), Tom Pidcock (4e à 4:15), Juan Ayuso (5e à 4:22), Paul Seixas (6e à 4:35) et Florian Lipowitz (7e à 4:44), il n'y a que 38 secondes. C'est dire si tout peut basculer en un rien de temps.
À commencer ce samedi, entre Mulhouse et Le Markstein, une étape courte (155,3 km) mais qui ne laissera aucun répit aux coureurs. "Pour moi, c'est l'étape la plus difficile de ce week-end, pense Lodewyck. Parce que ce sera un enchaînement de montées et de descentes. Il va falloir avoir de bonnes jambes, sinon tu risques de souffrir."
Après la très longue ascension du Grand Ballon (21 km à 4,8 %), le peloton devra se farcir le Col du Page (9,8 % à 4,7 %), le Ballon d'Alsace (8,9 % à 6,9 %) et surtout le Col du Haag (11,2 km à 7,3 %), dont le sommet sera atteint à quatre bornes de l'arrivée au Markstein.
"Il ne faudra pas se creuser les méninges pour mettre en place une stratégie de course, assure Lodewyck. Il faudra être attentif dès le départ de Mulhouse et, puis, suivre les meilleurs."
Cette journée dangereuse ne fait pas peur à Evenepoel, même s'il n'est pas un adepte des montées les plus pentues. "Pour le moment, Remco a brillamment passé tous les obstacles qu'il a eus sur son chemin. Je ne vois pas pour quelle raison il en irait autrement ce samedi, même si ce tracé est piégeux."
Si son samedi se passe bien, Remco Evenepoel pourrait avoir fait un grand pas vers le podium. Même si l'étape dominicale, qui s'achèvera sur le Plateau de Solaison, après une ascension classée hors catégorie (11,3 km à 9 % de moyenne).
"Oui, c'est du costaud mais, pour moi, ça devrait être moins violent que la veille, poursuit Lodewyck. Et puis, on a pu prendre des repères en se repassant les images la dernière étape du Tour Auvergne-Rhône-Alpes." Isaac Del Toro s'y était imposé devant Juan Ayuso.
Mauro Schmid l'a emporté malgré "des crampes" dans le final de la 12e étape du Tour de France : "Cela m'a inquiété""Pour moi, Remco pourrait même prendre du temps à certains concurrents ce week-end." N'allez pas en déduire que chez Red Bull-BORA-hansgrohe, on convoite déjà la deuxième place de Jonas Vingegaard. "Pour le moment, on est bien où on est. Ne nous projetons pas trop loin. Faisons notre course."
Et si Tadej Pogacar décide de faire un grand numéro vers Le Markstein où il s'était imposé en 2023 ? "Laissons-le faire son truc. Ce n'est pas lui notre adversaire."
Le Slovène, qui s'étonne que la meute qui le suit ait déjà renoncé à essayer de le malmener, a hâte de retrouver Le Markstein, "un endroit magnifique".
Il pourrait y creuser encore un peu plus le fossé qui le sépare des autres et continuer son petit bout de chemin jusqu'à Paris où il devrait rejoindre le quatuor Merckx-Anquetil-Hinault-Indurain, vainqueurs à cinq reprises de la Grande Boucle. "Mais je ne pense aux records. Moi, je veux ramener le jaune à Paris, c'est tout."
Pogacar sans doute au départ de la Vuelta
Reste qu'il songe néanmoins à remporter aussi la Vuelta, le seul grand tour qui manque à son palmarès. En visite sur le Tour ce vendredi, le Prince Albert II de Monaco a en tout cas déclaré que "Tadej Pogacar avait dit qu'il serait au départ, donc on va voir". De là à confirmer que le numéro un mondial sera à Monaco le 22 août pour le départ du Tour d'Espagne, il n'y a qu'un pas.
"Si le prince de Monaco le dit, il y a de fortes chances que ce soit le cas", a conclu le Slovène dans un sourire.
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