Comment a-t-on enquêté, en 2023, pour retrouver une adolescente disparue dans la grande région de Namur ? L'affaire se passe un week-end. Au parquet, le magistrat de service avait donné pour directives à la police de se rendre au domicile des parents et de procéder là à une visite des lieux.

À 22 h 36, les enquêteurs indiquaient à l'officier de garde qu'ils avaient effectué la fouille. Dans le PV cependant, il était mentionné que celle-ci avait débuté à… 23 h 50. C'était incohérent.

Une enquête disciplinaire démarrait. C'est ainsi qu'on allait tomber sur des tripatouillages.

En 2023, la rentrée scolaire avait lieu le lundi 28 août. La disparition intervenait le dimanche d'après. Si tout indiquait la fugue, toujours est-il qu'une jeune fille de 14 ans était dans la nature, où tout peut arriver. La maman donnait l'alerte. Aussitôt informé, le magistrat du parquet confiait l'enquête à une police locale. La procédure classique était enclenchée : contacter les hôpitaux, se rendre au domicile de la mère, l'auditionner, procéder avec son accord à la fouille de la chambre de sa fille et, en cas de trouvaille du GSM de celle-ci, le saisir afin d'extraire les données exploitables.

Naturellement, les deux policiers chargés des devoirs devaient informer l'officier des résultats. Et tout a dérapé !

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Dissimulations

Ce qui fait découvrir le micmac, c'est l'incohérence entre "22 h 36" et "23 h 50" : à quelle heure ceux qui annonçaient "avoir terminé la visite domiciliaire à 22 h 36" se sont-ils réellement rendus chez la maman, le PV mentionnant qu'ils étaient restés à l'adresse "entre 23 h 50 et minuit" et avaient quitté les lieux sans avoir "rien trouvé" ?

C'est là que la hiérarchie allait ouvrir les yeux. À commencer par le fait que les deux inspecteurs censés fouiller la chambre seraient en réalité restés "tout le temps" avec la maman "dans la cuisine". Le PV certifiait, cependant, que la fouille avait eu lieu.

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Est-ce de manière à se couvrir ? Les policiers, de plus, auraient fait signer par la mère un document qu'ils lui auraient présenté comme attestant que la fouille avait bien eu lieu, le document qu'elle signait étant en fait une décharge autorisant l'exploitation du GSM de l'adolescente.

Ce téléphone portable, la mère l'aurait remis elle-même plus tard aux policiers, lors d'un rendez-vous arrangé. Elle aurait enfin remis, lors de ce rendez-vous, une lettre trouvée dans la chambre de sa fille, un élément d'enquête que les policiers, restés à la cuisine, n'avaient forcément pas trouvé.

Depuis Dutroux

Trop d'affaires comme les disparitions de Julie et Mélissa en 1995-1996, ont montré où mènent des dérives d'enquête. L'un des policiers mis en cause a dû prendre un avocat. Son choix s'est porté sur le cabinet Uyttendaele.

Lors de l'enquête disciplinaire, il s'est en partie déchargé sur son collègue, rappelant qu'ils étaient deux cette nuit-là et que l'autre avait sa part de responsabilité. Il a fait valoir que l'officier de garde avait validé le PV de constat. Il a plaidé qu'il était resté bien après ses heures de service et avait poursuivi les recherches en visionnant, notamment, des images de caméras de surveillance.

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Pour sa défense, il alléguait qu'il n'avait jamais cherché à nier, contester ou minimiser la gravité. Un argument portait sur les heures supplémentaires, la durée du service cette nuit-là et la fatigue qu'elle avait générée.

Sur ce point, l'autorité disciplinaire a répondu qu'un "policier d'intervention est certain de l'heure de début de son service, mais jamais de son heure de fin".

Règle d'or et sanction

Aujourd'hui, ce genre de dossiers aboutit systématiquement chez l'inspecteur général qui veille à l'efficacité, la déontologie et l'application des lois au sein de la police locale.

Dans l'affaire, l'autorité a estimé que la "gravité des faits" était de nature à justifier quinze jours de mise à pied. Pour l'inspecteur général, de tels manquements dans le travail "ont pu susciter un sentiment d'indisponibilité dans le chef des parents de la mineure".

Il rappelait qu'en matière de disparition inquiétante, la mission implique, au minimum, "le respect des procédures, des directives de l'officier de garde et de la circulaire ministérielle concernant la recherche des personnes disparues".

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Depuis l'affaire Dutroux, cette circulaire pose comme règle d'or qu'en Belgique, "toute disparition est à considérer comme inquiétante jusqu'au moment où elle ne l'est plus". La règle est d'autant plus essentielle s'il s'agit d'une adolescente âgée, comme en l'espèce, de 14 ans.

S'il risquait 15 jours de mise à pied, le policier a finalement écopé d'une retenue sur rémunération. Concrètement, son salaire sera raboté de 10 %, deux mois de suite. On a appris que l'inspecteur avait, depuis, changé de zone.

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