Tarifs : Fréchette veut donner de l’oxygène aux entreprises
Québec met en place deux programmes d'aide aux entreprises de la province à la suite de l'échec des négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis.
La première ministre, Christine Fréchette, en a fait l'annonce samedi midi, peu après une rencontre avec ses ministres.
Trump s’attaque directement à notre sécurité économique, a affirmé d'emblée Mme Fréchette. Elle a indiqué que les nouveaux droits de douane touchaient 7,7 milliards $ d'exportations québécoises, ce qui représente plus de 9 % des exportations québécoises vers les États-Unis.
C'est colossal, a soutenu Mme Fréchette. Des entreprises nous ont confié déjà avoir commencé à perdre des contrats depuis cette nouvelle menace tarifaire en juillet. Certaines vont devoir ralentir leur production. Il y a des travailleurs qui vont peut-être voir leurs heures être réduites, d'autres risquent de perdre leur emploi.

11:48
La première ministre du Québec, Christine Fréchette, a précisé les mesures d'aide à l'intention des entreprises québécoises touchées par l'entrée en vigueur des nouveaux tarifs américains.
Deux programmes distincts
Les entreprises pourront faire une demande au titre de deux nouveaux programmes dès la semaine prochaine.
Le premier s'adresse aux petites et moyennes entreprises ayant un chiffre d'affaires entre un et deux millions de dollars.
Le second programme vise les entreprises dont le chiffre d'affaires est supérieur à deux millions de dollars et dont les revenus sont considérablement réduits par des tarifs douaniers américains de 25 % et plus sur les exportations canadiennes. Le Fonds offensif pour le renforcement des capacités économiques (FORCE) offrira de l'aide financière sous forme de prêts avec un moratoire de remboursement du capital allant jusqu'à 24 mois. Le FORCE propose aussi un congé d'intérêts pendant la première année.
Les demandes de participation à ce programme pourront être acheminées à Investissement Québec dès lundi.
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Le Programme d'aide d'urgence aux petites et moyennes entreprises (PAUPME), pour les entreprises ayant un chiffre d'affaires entre un et deux millions, sera plutôt géré par les municipalités régionales de comté. Les entreprises exportatrices aux États-Unis, dont les produits sont visés par les droits de douane, ainsi que les fournisseurs et les sous-traitants seront admissibles à cette aide. Ces entreprises pourront recevoir un prêt pouvant atteindre 150 000 $.
On va être complémentaire aux mesures d’aide que le gouvernement fédéral doit annoncer, a indiqué le ministre de l'Économie, Bernard Drainville, présent aux côtés de Mme Fréchette lors de la conférence de presse de samedi midi.
Rencontre avec Carney
Mme Fréchette s'est entretenue virtuellement avec Mark Carney et ses homologues des autres provinces, samedi après-midi. Elle avait dit avoir l'intention de souligner à M. Carney l'importance de protéger les entreprises et les travailleurs.
C'est le gouvernement fédéral qui a mené cette négociation, et c'est lui qui doit être au rendez-vous pour soutenir les entreprises et les travailleurs, a précisé Mme Fréchette.
La première ministre souhaite également aborder avec M. Carney la question des contre-tarifs qui pourraient être imposés aux États-Unis, car ils peuvent avoir une incidence négative sur les entreprises. Il va être important d'adopter des mesures qui maximiseront l'impact sur les Américains, mais qui minimiseront les impacts sur nos entreprises, a-t-elle affirmé.
Mme Fréchette a souligné qu'elle ne remettrait pas les produits américains sur les tablettes de la Société des alcools du Québec et que Québec continuerait de pénaliser les entreprises américaines dans les appels d'offres.
Elle a indiqué qu'elle a convoqué le milieu économique, le milieu agricole, les syndicats et les institutions financières afin de discuter de ces droits de douane. Elle a confirmé avoir rencontré ces différentes organisations plus tard dans la journée.

22:43
Rencontre avec les partis d'opposition
Mme Fréchette a également lancé un appel à une rencontre avec les autres partis politiques, soulignant qu'il est temps de se serrer les coudes. La rencontre s'est déroulée vers 16 h.
Je nous sais tous sur la même longueur d’onde, notamment quant à notre volonté de protéger notre culture et notre langue officielle, le français. Je les remercie pour leur collaboration et leur engagement envers les Québécois. Je les ai invités à partager ce qu’ils entendent sur le terrain, notamment quant aux besoins et aux demandes des entreprises et des régions, a expliqué Mme Fréchette dans une publication sur les réseaux sociaux.
Au terme de la rencontre, le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Charles Milliard, a déclaré avoir offert sa pleine collaboration à la première ministre, mais il a ajouté être ressorti de cette rencontre encore plus préoccupé qu’à son arrivée.
J’aurais souhaité que cette rencontre nous permette d’aller plus loin. Malheureusement, on s'est essentiellement contenté de nous répéter des informations déjà rendues publiques lors des conférences de presse plus tôt [samedi], a-t-il commenté. Cela me donne davantage l’impression d’un exercice de relations publiques que d’une réelle volonté de travailler ensemble face à la crise.
M. Milliard a soutenu que les programmes d'aide annoncés ne suffiraient pas à sauver les entreprises les plus durement touchées.
M. St-Pierre Plamondon a joué la carte de la prudence, affirmant que la rencontre avait principalement porté sur les programmes d’aide immédiate aux entreprises qui ont été annoncés. Nous allons étudier la teneur de ces programmes au cours des prochaines heures, a-t-il fait savoir.
La porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, a relaté avoir demandé que les programmes d'aide aux entreprises soient assortis de garanties de maintien d'emploi. Je suis en attente d'une réponse. Pour moi, c'est évident que les travailleurs et les travailleuses qui font rouler nos entreprises et nos usines soient au cœur des solutions mises de l'avant.
Le chef du Parti conservateur, Éric Duhaime, a dit être demeuré sur son appétit, puisque la première ministre a essentiellement répété ce qu’elle avait déjà annoncé plus tôt. J’en ai toutefois profité pour l’interpeller sur les barrières interprovinciales au commerce et l’inviter à les suspendre afin d’accroître les échanges économiques au Canada, a-t-il mentionné.
Réactions des gens d'affaires et des syndicats
Tout en saluant la fermeté du gouvernement canadien, le Conseil du patronat du Québec dit accueillir avec inquiétude la suspension des négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis.
C'est un dur revers pour les entreprises québécoises qui espéraient enfin retrouver un minimum de prévisibilité dans leurs échanges avec notre principal partenaire commercial, a reconnu Michelle Llambías Meunier, présidente et cheffe de la direction de l'organisme.
Selon la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), il s'agit du pire scénario qui se concrétise pour les entreprises québécoises.
Face aux nouveaux tarifs, les réponses des entreprises visées sont aussi claires : elles ont besoin d'une aide financière non remboursable, pas d'un endettement supplémentaire, et ne veulent pas de contre-tarifs, a souligné Véronique Proulx, présidente-directrice générale de la FCCQ.
Du côté syndical, la CSN dit qu'elle fera preuve de vigilance par rapport aux programmes d'aide que les gouvernements proposeront pour aider les travailleurs touchés par l'imposition de nouveaux droits de douane.
La FTQ a pour sa part demandé aux gouvernements fédéral et du Québec un soutien urgent aux travailleurs et aux entreprises.
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