Un coroner suggère d’étendre les alertes sonores de type Amber aux…
Un coroner s’étant penché sur le cas d’un homme et de sa mère âgée portés disparus à l’automne 2024 suggère au ministre de la Sécurité intérieure d’instaurer des « alertes intrusives » pour tous les enlèvements présumés présentant un risque grave et imminent pour la vie — et non pas uniquement pour les enfants.
Autrement dit, les téléphones cellulaires pourraient retentir comme pour l’alerte Amber, qui signale les enlèvements des moins de 18 ans et incite les citoyens à garder l’œil ouvert.
« Pourquoi le téléphone de chaque citoyen sonne-t-il pour un enfant enlevé, mais reste-t-il silencieux pour un adulte dans des circonstances tout aussi graves ? demande le coroner Me Dave Kimpton dans son rapport. Dans les deux cas, il y a un ravisseur, une victime en danger et, souvent, un véhicule en fuite. La seule différence est l’âge de la victime. »
Me Kimpton a analysé la disparition de Lucia Giovanna Arcuri, 76 ans, et de son fils Giuseppe Arcuri, 59 ans. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) avait alors demandé l’aide du public pour retrouver l’homme qui habitait chez sa mère dans l’arrondissement Saint-Léonard, à Montréal.
Ils ont été retrouvés morts deux jours plus tard dans une voiture immobilisée dans un stationnement commercial du secteur.
Après enquête, le coroner a déterminé que M. Arcuri a tué sa mère avant de s’enlever la vie.
Signalement au SPVM avant même la disparition
Le 15 octobre 2024 vers midi, Lucia Giovanna Arcuri a appelé un proche pour l’aviser que son fils Giuseppe ne va pas bien et croit que des membres de sa famille sont ligués contre lui. Inquiète, elle a appelé la police 30 minutes plus tard, se disant préoccupée pour son fils aux prises avec des difficultés financières et personnelles. La ligne a coupé durant la conversation. L’agente du SPVM tente de la rappeler, en vain. Elle contacte alors un proche qui confirme ce que Mme Arcuri a déclaré. Elle lui demande de se rendre chez eux afin d’évaluer la situation.
Il ne s’agissait pas de la première fois que M. Arcuri se comportait ainsi, de sorte qu’aucun sentiment d’urgence n’est perçu par l’agente, note le coroner.
Un proche se rend donc au domicile de la mère vers 19 h : il y trouve un désordre inhabituel, ainsi que le cellulaire de Mme Arcuri, dans la cuvette de la toilette. Il appelle le 911 et les policiers déclenchent une alerte de personnes disparues — les corps policiers à proximité sont contactés et un avis est envoyé aux médias —, en plus de mettre en œuvre une foule d’autres démarches d’enquête pour les retrouver.
Le 17 octobre, après minuit, des passants voient le véhicule en marche avec deux passagers inanimés à bord.
Selon l’enquête policière, la mère était vraisemblablement toujours en vie quand elle a quitté son domicile avec son fils : « Selon moi, la question maintenant à se poser comme société est de savoir s’il serait venu le temps de revoir le modèle québécois d’alerte à la population afin d’inclure les cas d’enlèvement à risque, et ce, sans égard à l’âge de la victime. »
Même s’il n’est pas certain qu’une alerte intrusive aurait permis de retrouver mère et fils à temps, « une réflexion s’impose », dit le coroner.
Sa suggestion ne vise pas à multiplier les alertes, dit-il, mais de corriger une incohérence du système actuel. Cette modification ne nécessiterait aucune nouvelle infrastructure car le canal d’alerte intrusive existe déjà, note le coroner.
En plus de l’alerte Amber, le Québec a aussi l’alerte Silver qui vise les disparitions d’adultes de plus de 65 ans atteints d’un trouble neurocognitif majeur, comme la maladie d’Alzheimer. Contrairement à l’alerte Amber, elle ne fait toutefois pas sonner les téléphones : elle est diffusée par les médias traditionnels et les médias sociaux.
Dans son rapport, le coroner se dit bien conscient qu’un trop grand nombre d’alertes pourrait nuire à leur efficacité « en désensibilisant la population. » À cela, il rétorque d’avance qu’il ne faut qu’établir des seuils stricts d’activation, qui ne vont pas viser toutes les disparitions. Quant au « droit des adultes de disparaître », il existe, et c’est pourquoi il suggère de retenir comme critère l’enlèvement avec l’implication d’un tiers, et non la simple absence.
Il suggère donc au ministère de la Sécurité intérieure de lancer un projet-pilote à cet effet.