Depuis le 22 juillet 2026, un gigantesque incendie ravage le sud-ouest de la France, notamment la Gironde, où plus de 42 000 hectares ont brûlé et plus de 220 000 personnes ont dû être évacuées, selon la préfecture. Au cœur de ce mégafeu, les autorités ont observé la formation d'un pyrocumulonimbus, un « orage de feu », un phénomène rare en France, dont l'épisode observé en Gironde se distingue par son intensité. 

Publié le : 27/07/2026 - 13:35Modifié le : 27/07/2026 - 14:33

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En France, « nous avons été confrontés hier soir [samedi 25, NDLR] à un nouvel épisode d’orage de feu, le même phénomène incroyable, inédit, inconnu, que celui qui s’est déroulé vendredi au moment où on a découvert que l’on changeait de dimension », a déclaré dimanche 26 juillet la préfète de Gironde, Sophie Brocas, après une réunion avec des experts internationaux.

Selon la représentante de l’État, ce phénomène combine « à la fois l’incendie et l’orage qu’il produit lui-même », avec des conséquences directes sur la propagation du feu : de nouveaux départs de flammes, des vents violents et des changements brutaux de direction.

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Comment se forme un pyrocumulonimbus ?

Vendredi 24 juillet, vers 17 h 45, l'incendie est entré dans une phase dite convective. Sous l'effet de la chaleur dégagée par les flammes, un pyrocumulus s'est d'abord formé avant d'évoluer en pyrocumulonimbus, a expliqué Marc Vermeulen, directeur du Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) de Gironde.

Concrètement, pour qu'un tel phénomène apparaisse, il faut un incendie d'une intensité exceptionnelle. La chaleur produite par le foyer crée une immense colonne d'air chaud chargée de fumée, de cendres, de particules et de vapeur d'eau. En prenant de l'altitude, cet air se refroidit. La vapeur d'eau se condense alors en nuage et libère de la chaleur, alimentant encore davantage le mouvement ascendant. Les météorologues parlent de pyroconvection.

Un pyrocumulus peut ainsi se développer au-dessus du feu. Si l’atmosphère est suffisamment instable et si l’incendie est assez puissant, ce pyrocumulus peut évoluer en pyrocumulonimbus, un véritable nuage d’orage, dont le développement est alimenté par la chaleur intense et les mouvements ascendants générés par l’incendie. Il produit alors sa propre météo : vents violents, tourbillons, projections de braises et parfois même éclairs, susceptibles de déclencher de nouveaux départs de feu.

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Pourquoi ce phénomène complique-t-il la lutte contre l’incendie ?

Pour les pompiers, ce changement d'échelle bouleverse complètement les stratégies d'intervention. En effet,  face à un incendie classique, les secours s'appuient notamment sur les prévisions météorologiques pour anticiper la progression des flammes. Or, avec un pyrocumulonimbus, ces repères deviennent beaucoup moins fiables.

« Le feu crée son propre vent », résume Claire Kowalewski, colonelle de sapeurs-pompiers et détachée auprès de la Direction générale de la protection civile de la Commission européenne, interrogée sur RFI. Les vents changent alors constamment de direction, le front de flammes devient erratique et plusieurs foyers peuvent apparaître simultanément. Les colonnes de vent générées par le nuage peuvent atteindre des vitesses largement supérieures aux vents ambiants et projeter des débris végétaux enflammés – branches, brandons incandescents – à plusieurs dizaines, voire centaines de mètres du front de feu.

Ces « sautes de feu » déclenchent de nouveaux départs de flammes très éloignés du foyer principal et rendent la cartographie du sinistre beaucoup plus complexe. « Ce comportement du feu fait qu’il ne réagit pas forcément comme nous l’attendrions, et c’est ce qui rend la lutte très difficile », souligne-t-elle. Le lieutenant-colonel Éric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, parle même d'un « impossible opérationnel ».

Face à un tel incendie, la priorité devient avant tout la protection des populations et des infrastructures, plutôt que l'extinction directe des flammes. « Toute cette gestion du feu de forêt doit être entreprise dans un plan global », explique Claire Kowalewski. Les moyens aériens et terrestres sont alors mobilisés avant tout pour contenir la progression vers les zones habitées et sécuriser les axes d’évacuation, plutôt que pour éteindre intégralement le sinistre dans l’immédiat.

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Un phénomène déjà connu ailleurs, mais inédit par son intensité en France

Les pyrocumulonimbus sont déjà bien documentés au Canada, en Australie ou dans l'ouest des États-Unis, où ils accompagnent régulièrement les mégafeux. « Ces comportements de feu sont observés depuis quelques années en Espagne ou au Portugal », rappelle également Claire Kowalewski.

En France, des épisodes similaires avaient déjà été observés. Jean-Baptiste Filippi, coordinateur du programme FireCaster, rappelle auprès du Monde que des « orages de feu » avaient notamment été repérés lors des incendies de Générac (Gard) en 2019, de Ribaute (Aude) en 2025 ou encore de Fontainebleau (Seine-et-Marne) en juillet. L'épisode de Gironde s'en distingue toutefois par son intensité et sa répétition.

L'apparition d'un pyrocumulonimbus nécessite un incendie extrêmement puissant. Or les conditions actuelles favorisent ce type de feu. Météo-France souligne que le massif des Landes de Gascogne est confronté à une végétation particulièrement desséchée après plusieurs semaines de sécheresse et trois vagues de chaleur successives depuis le mois de mai, dont une quatrième a été confirmée à partir de mardi 28 juillet.

Pour Claire Kowalewski, cette accumulation de chaleur et de stress hydrique explique en partie pourquoi ces phénomènes apparaissent désormais en Europe de l'Ouest. Les climatologues du réseau World Weather Attribution estiment également que le changement climatique accentue les épisodes de sécheresse. Sans provoquer directement un pyrocumulonimbus, il favorise les conditions propices aux incendies extrêmes capables d'en générer.

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