Meta a discuté avec des Etats américains d'un éventuel règlement à l'amiable de son procès fédéral en cours sur l'addiction des mineurs à Facebook et Instagram, a rapporté mardi soir Bloomberg, tandis que plusieurs procureurs généraux convoquaient des conférences de presse pour mercredi matin.

Sollicités par l'AFP, Meta et les quatre Etats chefs de file de l'accusation - Californie, Colorado, New Jersey et Kentucky - n'ont pas répondu dans l'immédiat à cette information, pour laquelle Bloomberg s'appuie sur des sources anonymes.

Le procureur général du Colorado, Phil Weiser, l'un des quatre à plaider contre Meta devant le tribunal fédéral d'Oakland (Californie), doit annoncer mercredi à 9h30 (17H30 HB) "une évolution majeure" dans "une affaire visant un géant de la tech", selon une convocation aux médias reçue mardi soir par l'AFP, qui ne nomme pas le groupe de Menlo Park.

Une demi-heure plus tard, son homologue du Nevada, Aaron Ford, présentera "un règlement majeur" de protection des consommateurs avec "une grande entreprise technologique", selon un avis aussi sibyllin.

Le Nevada n'est pas partie prenante au procès d'Oakland mais poursuit séparément Meta, avec un procès fixé à 2028.

Les procureurs généraux impliqués à Oakland, en éclaireurs d'une coalition de 29 Etats au total, tentent de démontrer depuis mi-août que Meta, déjà battu deux fois en justice cette année, a menti aux parents en assurant qu'Instagram et Facebook n'étaient ni addictifs ni dangereux pour les enfants. Et qu'il a violé une loi fédérale sur les données des enfants de moins de 13 ans.

Ils réclament jusqu'à 200 milliards de dollars de pénalités et une refonte des deux plateformes, utilisées par 3,6 milliards de personnes chaque jour. Le verdict du jury, attendu fin septembre ou début octobre, sera consultatif pour la juge Yvonne Gonzalez Rogers, qui tranchera seule.

Meta croule sous les procès : "Faire appel, c'est permettre à Meta de continuer à gagner de l'argent et éventuellement de réduire la douloureuse"

Meta savait que ses outils de protection des adolescents sur Instagram fonctionnaient mal, ont raconté mardi deux témoins au procès d'Oakland (Californie), où 29 États américains accusent le géant des réseaux sociaux d'avoir menti sur leur dangerosité.

Analyste de données, George Volichenko a passé près d'un an dans l'équipe "bien-être" d'Instagram. Chargés de mesurer l'usage du rappel invitant à faire une pause, ses collègues et lui constatent que 0,2% des adolescents s'en servent, "une goutte dans l'océan". Mais son supérieur lui conseille de ne "pas trop s'inquiéter des chiffres d'adoption trop faibles", car l'équipe existe en partie "pour nous protéger contre de futurs procès", a-t-il raconté.

"J'ai commencé à douter que l'objectif qu'on m'avait présenté soit véritable", a-t-il expliqué. L'équipe proposait d'activer par défaut ce rappel et le "mode silencieux", qui coupe les notifications la nuit, mais "n'a pas été autorisée à le faire". "Insatisfait du peu de liberté accordé à l'équipe", il quitte Meta en 2023.

Les IA commencent-elles à échapper à leurs propres garde-fous ?

Francesco Fogu, actuel directeur de la conception d'Instagram, a ensuite été interrogé sur un bilan interne de septembre 2023 reconnaissant que les outils de limitation du temps d'écran "n'(avaient) pas été efficaces" et servaient surtout de vitrine. "Nous savons que les réglages que l'utilisateur doit activer lui-même ne fonctionnent pas ou ne sont pas adoptés", y lit-on. Activés d'office, ces outils auraient touché tous les adolescents, à charge pour eux de les désactiver. Meta a choisi l'inverse, "en sachant que l'adoption serait plus faible", a reconnu Francesco Fogu.

La juge Yvonne Gonzalez Rogers s'est fendue d'une rare intervention, s'y reprenant à quatre fois pour demander s'il connaissait le taux d'adoption: "50%? 55%? 10%?"; "Je ne sais pas", a répété le responsable, laissant la magistrate interloquée, sous les yeux des jurés.

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