« Je n’ai pas réussi à dormir de la nuit. J’espère que la police va mettre en place une cellule psychologique, parce que là, je ne suis pas bien du tout… » Les traits tirés, cette jeune voisine confie son émotion, sous couvert d’anonymat, au lendemain du drame survenu dans son immeuble.

Ce lundi 3 août 2026, un adolescent de 17 ans est mort ici même, au cinquième étage de la résidence Les Étoiles, au n°3 de la rue du même nom, dans le quartier de la Madeleine à Nice. « Homicide volontaire », indique le scellé sur la porte de l’appartement où s’est noué le drame. Ses circonstances glacent le sang des riverains.

C’est le propre père du garçon qui l’aurait tué, « probablement par strangulation », selon Sabine Neale, procureur de la République de Nice de permanence. Une autopsie doit permettre de confirmer les causes de sa mort. Elle remontait déjà à plusieurs heures, lorsque le RAID a forcé la porte de l’appartement, lundi vers 18 heures.

Selon nos informations, la victime était enveloppée dans un sac de type mortuaire. Le meurtrier présumé aussi. Il aurait tenté de mettre fin à ses jours en s’ouvrant la gorge, après avoir signalé son crime à la police. Le père a été évacué via la grande échelle, tout comme le corps de son fils. Ses jours ne sont finalement pas en danger.

« On l’entendait crier presque tous les soirs »

La jeune voisine était alors au travail. « Quand j’ai vu une photo de mon bâtiment, j’ai su que c’était lui. Je ne pensais pas qu’il allait en arriver là », frémit-elle. Elle avait croisé ce voisin à plusieurs reprises dans l’ascenseur. « Il était poli, courtois. On parlait de nos métiers. Il voulait que je prenne son fils en stage. »

Mais la jeune femme percevait aussi une autre facette du personnage. « Presque tous les soirs, on l’entendait crier. Juste lui. Il n’y avait pas de réponse de la mère ou d’un ado, ni de bruit de chaise de verre cassé. Que des cris. »

La police a bloqué le boulevard de la Madeleine durant plus de deux heures, ce lundi 3 août 2026.
La police a bloqué le boulevard de la Madeleine durant plus de deux heures, ce lundi 3 août 2026.
Reporter mobile Loïc

Une autre voisine, retraitée, confirme. « Le monsieur était très coléreux. S’il voyait quelqu’un mal garé, il commençait à crier, appelait la police. Après, vous savez, des fois on crie après un gosse quand il y a un problème… » De là à envisager semblable issue, il y a un pas. « Ça m’a fait un choc », admet la retraitée.

« Un élève sérieux, calme et discret »

Paradoxe : le père suspecté de meurtre était soignant en milieu hospitalier. Cette voisine décrit un homme « très sportif », qui « marchait beaucoup », et qui savait se montrer serviable à l’occasion. « Là, je ne l’entendais plus. Il s’était calmé. Il y a huit jours, il m’avait dit : “On part en vacances”… »

Les voisins décrivent son fils comme un ado « de grande taille, très discret ». Le jeune homme était scolarisé au lycée professionnel Saint-Vincent-de-Paul, dans le quartier du port de Nice. Il avait bouclé sa seconde dans une formation commerciale.

« C’était un élève sérieux, calme et discret. Il était motivé et impliqué dans sa formation », se souvient son chef d’établissement, touché par la nouvelle. « Quand on apprend un décès d’élève, et les conditions de son décès, ça ne laisse pas insensible… »

« Les gens sont abasourdis »

Au pied de l’immeuble, ce mardi matin, une retraitée de passage en provenance de Roquefort-les-Pins regarde vers le 3 rue des Étoiles, un voile triste dans le regard. « C’est malheureux. 17 ans, si jeune ! L’étrangler… Je ne sais pas ce qui passe par la tête des gens. »

Les sapeurs-pompiers ont évacué avec le Samu le père blessé. A leur arrivée, ils ne pouvaient plus rien pour son fils.
Les sapeurs-pompiers ont évacué avec le Samu le père blessé. A leur arrivée, ils ne pouvaient plus rien pour son fils.
cirone christophe / Nice-matin

Cette habituée du quartier remarque que la Madeleine a déjà été secouée par d’autres drames familiaux. Cinq cents mètres plus haut, l’ex-conjoint de Lisa Toupenet avait assassiné cette mère de quatre enfants, le 1er janvier 2022. Il a été condamné à 25 ans de réclusion criminelle le 10 avril dernier.

Loin de la frénésie de la veille, le calme est revenu dans le quartier. Mais ce calme a un goût amer.

« Ce matin, les gens en parlent peu. Ça viendra peut-être plus tard », observe Michele Claudin, au tabac-presse de la Madeleine. Signe que l’affaire intrigue néanmoins : à cet instant, elle n’a plus un exemplaire de Nice-Matin en stock. « Là, les gens sont abasourdis. C’est le choc. »