Une élection partielle fédérale s’invite dans les générales…
La politique fédérale s’est invitée mardi dans la campagne québécoise, où les chefs libéral et conservateur ont tenté de surfer sur la victoire des libéraux de Mark Carney à l’élection partielle de Chicoutimi-Le Fjord, tandis qu’à l’inverse, le Parti québécois a refusé d’y voir un signal d’alarme pour son option politique.
Il faut éviter de « confondre des pommes et des oranges », a plaidé le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, au lendemain d’une victoire décisive du Parti libéral du Canada au Saguenay–Lac-Saint-Jean.
« Il n’y a pas vraiment de parallèle à faire entre une circonscription à l’échelle fédérale et le choix fondamental, pour un peuple, d’un gouvernement pendant quatre ans à l’échelle du Québec au complet », a-t-il ajouté, en marge d’une annonce sur le retrait de la TVQ sur la vente de biens usagés.
PSPP dit désormais chercher à obtenir un « rapport de force » auprès du premier ministre canadien, à qui il reproche de tenir le Québec dans le noir pendant les négociations avec les États-Unis. « Jamais le Québec n’a été aussi fort que lorsqu’il y a un gouvernement du Parti québécois pour se faire entendre et se faire respecter », a-t-il lancé.
Dans les derniers jours de la campagne électorale fédérale, en avril 2025, M. St-Pierre Plamondon avait écrit que « des gens dans l’entourage proche de Mark Carney souhaitent ouvertement et activement notre effacement », en raison de leur position en matière d’immigration. Sa publication statuait que M. Carney posait « une menace existentielle » pour le Québec.
Le PCQ et le PLQ se collent sur Carney
A contrario, le chef conservateur, Éric Duhaime, a tracé un parallèle entre les propositions du premier ministre canadien et les siennes. « Ce que je note, c’est qu’un gouvernement qui abolit la taxe carbone et qui dit qu’il va réduire de 5 % les dépenses de l’État, ça semble populaire auprès des Québécois. Ça aussi, ça me rassure. Les politiques conservatrices, il y a un appétit pour ça dans l’électorat québécois, je pense que l’élection d’hier, dans Chicoutimi, en témoigne », a-t-il affirmé depuis Québec, où il a promis de mettre 30 % de la réglementation actuelle aux poubelles.
Le chef libéral, Charles Milliard, s’est quant à lui présenté comme un allié du premier ministre canadien. « Moi, je pense qu’on peut jouer un rôle encore plus grand dans cette équipe-là avec M. Carney, avec un gouvernement qui est fier de dire que le Québec appartient au Canada », a-t-il déclaré lors d’un point de presse à Sherbrooke, où il faisait un deuxième arrêt en six jours.
De là, il a promis 40 000 logements sociaux et abordables en cinq ans… et attaqué la cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ), Christine Fréchette.
« Madame Fréchette tente désespérément de sauver sa peau depuis qu’elle est cheffe de la CAQ. […] C’est de la politique spectacle, a déploré le chef libéral. Les souverainistes lucides devraient faire attention et les fédéralistes devraient revenir à la maison. »
Après avoir courtisé les indépendantistes « lucides » et « réalistes » samedi, la première ministre sortante a justement lancé un appel au vote fédéraliste mardi. « Moi, j’invite ceux qui sont déçus par le leadership du Parti libéral de considérer se rallier à la Coalition avenir Québec », a-t-elle dit dans un échange avec la presse à Saint-Zotique, en Montérégie.
Mme Fréchette a dit avoir fait la preuve que le Québec est « capable de travailler avec le gouvernement canadien et également de faire respecter nos champs de juridiction et nos demandes ». « On l’a vu avec le respect des lignes rouges qu’on avait tracées dans le cadre de la négociation avec les États-Unis », a-t-elle illustré.
Des problèmes avec les contre-tarifs
La première ministre sortante estime néanmoins que certaines des mesures de riposte aux Américains proposées par le gouvernement Carney peuvent être « problématiques ». « Il y a un certain nombre de contre-mesures qui questionnent les entreprises. Rapidement, on a discuté avec les entreprises pour identifier, justement, ces contre-mesures problématiques et on en a fait part au fédéral », a-t-elle affirmé. Le fédéral est en analyse et « va nous revenir avec ses décisions », a-t-elle ajouté à propos des droits de douane prévus pour le 8 septembre.
« On veut protéger les travailleurs, on veut protéger les entreprises partout au Québec et il ne faut pas que ces contre tarifs-là viennent en ajouter en termes de pression », a soutenu Mme Fréchette.
Elle se trouvait dans la circonscription de Soulanges pour annoncer qu’un gouvernement Fréchette verserait 1000 $ dans le Régime enregistré d’épargne-études (REEE) de chaque enfant né au Québec à compter de l’automne 2027. Ses propos sur l’école à trois vitesses — un système qui n’existe « pas vraiment », selon elle — y ont retenu l’attention et déclenché une vague d’indignation au sein des syndicats en enseignement.
À Rouyn-Noranda mardi pour annoncer ses cibles d’accueil d’immigrants permanents, la candidate solidaire au poste de première ministre, Ruba Ghazal, a dit être « à l’écoute » de l’inquiétude « palpable » générée par les tarifs douaniers américains.
« Une majorité de Québécois veulent qu’on baisse le prix de l’épicerie, ils veulent qu’on leur donne de l’oxygène », a-t-elle dit, précisant qu’il était trop tôt pour dire si, comme dans Chicoutimi–Le Fjord, le conflit économique avec Donald Trump deviendrait l’enjeu principal de ces élections.