Une entreprise belge va donner des ailes à un avion à l'aérodynamisme révolutionnaire : "On peut limiter jusqu'à 90 % les émissions de CO2"
C'est un véritable casse-tête pour les ingénieurs du monde entier. Comment réduire les importantes pertes d'énergie dues aux traînées et aux tourbillons formés lors d'un vol d'avion ? En termes techniques, on parle de passer d'un flux turbulent à un écoulement laminaire.
Et, comme souvent, la nature est là pour guider l'humain : depuis des années les scientifiques étudient de près la manière dont les dauphins arrivent à fendre l'eau sans remous. L'idée est donc de s'inspirer de l'aérodynamisme du cétacé pour être plus efficace dans les airs.

C'est du moins le projet d'une entreprise texane, Otto Aerospace, qui a dévoilé la maquette de son futur joujou, le Phantom 3500, considéré comme l'avion "le plus aérodynamiquement efficace jamais créé". La présentation a eu lieu ce lundi au salon de Farnborough, qui se tient actuellement au sud-ouest de Londres.
50 ingénieurs pour une conception belge
Et cet avion révolutionnaire porte aussi des couleurs belges, puisque c'est l'entreprise wallonne Sonaca qui est chargée de développer toute son aile d'une taille de près de 20 mètres. "Le timing est serré car il faut déjà livrer le premier prototype pour le milieu de l'année prochaine, explique Yves Delatte, le CEO de Sonaca. On va mettre 50 ingénieurs sur le projet. La conception se fera en Belgique et l'assemblage au Brésil".
Le challenge est de taille. "La laminarité est un concept que l'aéronautique connaît de longue date, poursuit le patron. Mais parvenir à l'industrialiser sur une aile de 20 mètres d'envergure, c'est un tout autre défi. Il faut que tout soit parfaitement lisse, le moindre espacement entre deux tôles de carrosserie génère des vortex".
"Notre objectif n'est pas tant de réussir financièrement — c'est un must et on performe à ce niveau — mais de devenir l'un des leaders mondiaux de la décarbonation de l'aviation".
Sonaca part aussi sur un concept d'une aile sèche, c'est-à-dire sans présence de réservoirs comme c'est le cas sur des avions classiques.
Yves Delatte le dévoile : ce type de projet est de ceux qui le "font lever le matin". "Depuis 5 ans, on a fait un virage important. Notre objectif n'est pas tant de réussir financièrement — c'est un must et on performe à ce niveau — mais de devenir l'un des leaders mondiaux de la décarbonation de l'aviation. On veut que nos enfants et petits-enfants puissent continuer à découvrir le monde, à voler de manière plus écologique et durable".
Une partie "cruciale" du F-35 sera construite à Charleroi : "C'est assez ironique que cela profite au bastion du PS"Sur le papier, le Phantom 3500 répond à cet objectif : son aérodynamisme lui permet d'économiser jusqu'à 50 % de carburant par rapport à un aéronef normal. "Si on conjugue cela à l'utilisation de carburant durable, on arrive à une réduction de 90 % d'émission de CO2".

Notons que le futur jet américain reste un avion réservé à quelques privilégiés. C'est un avion d'affaires qui peut accueillir de 8 à 10 personnes de manière très luxueuse. À bord, les hublots sont, par exemple, remplacés par de grands écrans haute définition diffusant en direct une vue panoramique de l'environnement extérieur. Une expérience immersive qui contribue également à réduire le poids de l'appareil et à améliorer ses performances aérodynamiques.
"L'aviation d'affaires, c'est un peu comme la Formule 1 pour l'automobile : on y développe souvent des technologies qui sont utilisées par après pour la voiture de monsieur et madame Tout-le-monde".
Mais pour Yves Delatte, ces nouvelles technologies pourraient très bien se développer sur des avions commerciaux plus classiques. "L'aviation d'affaires, c'est un peu comme la Formule 1 pour l'automobile : on y développe souvent des technologies qui sont utilisées par après pour la voiture de monsieur et madame Tout-le-monde".
Les revenus de Sonaca ont atteint un record grâce à l'acquisition d'Aciturri et la défenseLe fait de travailler avec une entreprise américaine, et donc d'être potentiellement soumis aux droits de douane imposés par le président Trump, ne serait pas un frein à la société wallonne. "Nous sommes devenus une entreprise mondiale, avec 27 usines à travers le monde, dont sept aux États-Unis, précise M. Delatte. On a développé une stratégie de résilience avec une production locale : on sert nos clients américains depuis nos usines américaines et nos clients européens depuis nos sites de production du Vieux Continent. Cela nous évite aussi de devoir transporter des objets de 20 mètres d'envergure à travers le monde".
"Le transport aérien ne va pas disparaître"
Dans le cas où le Phantom 3500 deviendrait un succès commercial, la production des ailes serait donc déplacée du Brésil au pays de l'Oncle Sam.

Pour Yves Delatte, le secteur de l'aéronautique a encore de beaux jours devant lui. "C'est une erreur de croire que le transport aérien va disparaître. Les Indiens ou les Chinois prennent, par exemple, de plus en plus l'avion. Notre grand défi est de développer des technologies permettant de réduire les émissions de CO2, et cela de manière plus rapide que l'augmentation du trafic aérien".
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