Des concentrations élevées de métaux lourds tendent à s’emmagasiner dans les maisons voisines de la Fonderie Horne. Ce constat ne provient pas d’une instance gouvernementale, mais bien d’une initiative citoyenne qui a trouvé son chemin jusque dans les pages d’une revue scientifique évaluée par les pairs.

Menée sur un échantillon réduit de 23 foyers, l’étude montre que la présence de cuivre, d'arsenic et de plomb dans les poussières intérieures excède celle mesurée dans des maisons non soumises à une pollution industrielle, dépassant même les critères de référence conçus pour les sols extérieurs.

La recherche ajoute, plus largement, que les concentrations de contaminants, comme le cuivre, le plomb, l’arsenic et le cadmium, diminuent significativement dans les maisons à mesure que l’on s’éloigne de la Fonderie Horne. Il en va de même pour la neige, dont la contamination dépend principalement des vents et de la distance qui la sépare de l’usine.

Une grande cheminée industrielle qui fait de la fumée devant un ciel orageux.

L’article est disponible dans les pages de la revue scientifique Environmental Monitoring and Assessment. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Gabriel Poirier

La distance par rapport à la Fonderie Horne demeure le principal facteur de contamination pour les poussières intérieures, mais d’autres éléments influencent ici la rétention ou l’infiltration de la poussière, comme le type de chauffage, l’étanchéité des fenêtres, les rénovations, la présence d’animaux domestiques et les habitudes de ménage.

Publié le 7 septembre dernier, l’article est disponible dans les pages de la revue scientifique Environmental Monitoring and Assessment. Les 23 foyers analysés se situent dans un rayon de deux kilomètres de l’usine.

De la rue au laboratoire

Cette publication marque l'aboutissement d'un partenariat entre la population et le milieu académique. Le protocole d'échantillonnage, la collecte et la sélection des laboratoires ont été entièrement effectués par des citoyens de Rouyn-Noranda. Émilie Robert, chargée de projet au Centre technologique des résidus industriels et membre du collectif Mères au front, signe d’ailleurs la recherche à titre de coautrice.

La porte-parole de Mères au front Rouyn-Noranda, Émilie Robert.

Émilie Robert, chargée de projet au Centre technologique des résidus industriels et membre du collectif Mères au front. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Andrei Audet

Ce n’est qu’après la collecte des résultats que l'équipe universitaire, menée par Maryse Bouchard, professeure titulaire en santé environnementale au Centre Armand-Frappier de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS), et le doctorant Ernest Tewfik, a été invitée à se joindre au projet pour en effectuer l'analyse statistique.

Mme Bouchard s'est impliquée pour offrir une légitimité académique aux inquiétudes citoyennes.

Selon elle, bien que restreints à 23 foyers, les résultats justifient de creuser plus loin : une seconde étude, financée par le Fonds de recherche du Québec, est déjà en préparation.

On prévoit faire une nouvelle étude dans l'année qui vient, avec l'intention d'être plus méthodique dans la collecte des échantillons. On veut aussi collecter un plus grand nombre d'échantillons pour offrir des résultats encore plus précis, explique-t-elle.

Maryse Bouchard est debout sur de la pelouse.

Maryse Bouchard est spécialiste en santé environnementale à l’Institut national de recherche scientifique. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Julien Robert

Méthodologie de terrain

Les poussières intérieures ont été recueillies en septembre 2022 en fonction des moyens à la disposition des participants, comme des aspirateurs portables, des balayeuses centrales ou un mélange des deux.

C’est l’une des caractéristiques de la science citoyenne, on fait parfois un peu avec les moyens du bord, admet Maryse Bouchard. Par contre, les analyses ont été faites dans des laboratoires certifiés et j’ai pu valider qu’elles ont été menées de la bonne façon. Le tout a également été publié et jugé conforme aux standards scientifiques pour une étude citoyenne.

Les échantillons de neige, quant à eux, ont été récoltés en mars 2023, quelques jours après un déversement accidentel de concentré de cuivre dans le voisinage de la Fonderie Horne. Les vents avaient alors dispersé ces résidus toxiques sur plusieurs terrains.

Réaction de l'entreprise

Les représentants de Glencore, propriétaire de la Fonderie Horne, ont réagi par écrit vendredi, après la publication de l’article.

Nous prendrons évidemment le temps d’analyser attentivement les résultats de cette démarche citoyenne avant de la commenter, le cas échéant. Elle semble toutefois porter sur la présence de métaux dans l’environnement, et non sur l’exposition biologique réelle des quelques participants. Il est essentiel que la population de Rouyn-Noranda ait accès à des données fiables sur leur exposition réelle. La biosurveillance, lorsque basée sur les meilleures pratiques scientifiques, peut fournir des réponses éclairantes. Le récent Programme de biosurveillance d’Intrinsik a d’ailleurs montré que la distance par rapport à la Fonderie Horne n’était pas un indicateur d’exposition biologique à l’arsenic, indique l’entreprise dans sa correspondance.

Rappelons toutefois que l’étude réalisée par la firme Intrinsik a été désavouée par Santé Canada.