Publié17. juillet 2026, 19:03

Tarifs des crèches (GE)«Une hausse de 27'000 fr. par an, c'est un loyer supplémentaire!»

La commune de Lancy augmentera les tarifs des crèches dès 2027. Pour certains hauts revenus, scandalisés, la majoration dépasse 80%. La maire assume et s'explique.

Jérôme Faas

Getty Images/Westend61

Iris* et son mari habitent Lancy. Ils travaillent tous les deux à 100%. Leurs deux enfants de 1 et 3 ans sont inscrits à la crèche à plein temps. En début d'été, la commune leur a annoncé rehausser les tarifs des institutions de la petite enfance. Ils n'avaient guère prêté attention à ce courrier, comme de nombreux parents, jusqu'à ce qu'ils dénichent les chiffres. C'est un choc: dès janvier 2027, leur facture annuelle explosera de... 27'000 francs.

Le couple appartient à la tranche de revenu maximum, celle qui paie le plus. Jusqu'à présent, il paie 33'075 francs par an pour faire garder ses enfants (22'050 fr. pour l'aîné, 11'025 fr. pour le cadet, qui bénéficie d'un rabais fratrie de 50%). Dès 2027, il devra verser 59'826 francs (39'884 fr. pour l'aîné, 19'942 fr. pour le cadet). «C'est si gros que ça paraît impossible. C'est un loyer supplémentaire!», s'étrangle Iris.

La forme heurte autant que le fond

Depuis le milieu de la semaine, de nombreux parents affichent leur mécontentement. Deux pétitions en ligne ont été lancées. Ce vendredi à 16h30, l'une avait recueilli 212 signatures, l'autre 78. Le fond comme la forme de cette révolution tarifaire heurte Iris.

Le 3 juillet, elle a reçu une lettre de la commune expliquant que le nombre de places ayant augmenté, le prix des pensions grimperait de 4%. En outre, le revenu maximum au-delà duquel les tarifs sont plafonnés passait de 178'000 par an à 258'000 francs. Le couple se situe au-dessus. La nouvelle grille tarifaire n'était pas jointe au courrier.

«On se demande même si ça vaut le coup de continuer à travailler à 100% tous les deux»

Iris, maman désemparée par la hausse du tarif des crèches à Lancy

«L'augmentation de 4% et le rehaussement du plafond, nous étions bien sûr d'accord. Nous gagnons bien notre vie, il est normal de contribuer davantage que d'autres, d'autant que les équipes font un travail exceptionnel. Mais à aucun moment nous n'imaginions une hausse de 81%, qui remet notre équilibre en cause! On se demande même si cela vaut le coup de continuer à travailler à 100% tous les deux, et plusieurs mamans s'interrogent dans ce sens.»

Presque deux fois plus cher qu'en ville de Genève

Elle observe aussi que les tarifs lancéens excéderont désormais très largement ceux pratiqués par les autres grandes communes urbaines du canton. La Ville de Genève, municipalité de gauche comme Lancy, en est un bon exemple: pour la tranche de revenu maximum (218'000 fr. et plus), la prise en charge annuelle de deux enfants à plein temps atteint 31'548 francs - presque deux fois moins qu'à Lancy.

«Jusqu'alors, le taux d'effort était rapidement plafonné. C'est injuste socialement»

Salima Moyard, maire socialiste de Lancy, chargée de la petite enfance

La maire Salima Moyard assume cette réforme, indiquant même avoir proposé un plafond de revenu encore plus élevé. Pour la socialiste, le cœur du sujet, c'est le taux d'effort, soit la part de revenu que représente, pour une famille, la garde de ses enfants. «Jusqu'alors, ce taux était rapidement plafonné. C'est injuste socialement. A ce jour, il est de 9% pour les plus petits revenus, de 12,25% pour les plus hauts. En 2027, il passera à 9,36%, respectivement 15,34%. Et à ce prix-là, la commune subventionnera encore les places des ménages les plus aisés, soit quelque 200 sur 900, à hauteur de 30%, mais 75% en moyenne.»

Elle admet que 27'000 francs, «c'est une somme importante, mais elle est à mettre en regard avec un revenu annuel brut de plus de 300'000 francs - car le plafond de 258'000 francs se rapporte au revenu déterminant, soit le revenu moins les cotisations sociales, les cotisations LPP et les allocations familiales.» Autre exemple, le revenu déterminant d'un couple d'enseignants à 100%, gagnant quelque 240'000 francs par an, s'approchera des 205'000 francs.

«Si je me mets à la place des parents concernés, je ne serais pas contente, mais je n'oserais pas me plaindre»

Salima Moyard, maire de Lancy

«Si je me mets à la place des parents concernés, moi non plus je ne serais pas contente, mais je ne protesterais pas. Si je gagne 300'000 francs, soit 25'000 francs par mois, et que mon taux d'effort n'est que 1,5 fois plus élevé que celui de la famille la moins aisée, je n'oserais pas me plaindre. Cette mesure est juste d'un point de vue global et social. La vraie manière d'aider les familles, c'est d'ouvrir des crèches, et Lancy le fait», 240 enfants étant sur liste d'attente.

Que les crèches lancéennes soient dès 2027 bien plus coûteuses pour les hauts revenus qu'ailleurs dans le canton, notamment en Ville de Genève, ne perturbe pas l'élue. «Les autres communes dont la Ville n'ont pas fait ce travail d'analyse des taux d'effort. C'est juste que nous avons un coup d'avance.»

*Prénom d'emprunt

Hausse «démente et inacceptable»

«C'est juste inacceptable.» Thierry Derobert, élu municipal PLR, fustige cette refonte tarifaire sur laquelle le Conseil municipal n'a pas eu son mot à dire - en la matière, seul l'Exécutif décide. «On nous l'a présentée, mais on n'a pas eu de chiffres», assure-t-il, ce que conteste la maire. Sur le fond, il observe que 27'000 fr., «c'est le prix d'un loyer, d'une école privée, de plein de choses. Même quand les gens gagnent bien leur vie, ils arrivent rarement à économiser une telle somme en fin d'année.» Il juge que cette hausse «démente» frappe de plein fouet la classe moyenne et supérieure. «Mais hors pression extérieure sur le Conseil administratif, on ne peut rien faire.»

Jérôme Faas

Jérôme Faas (jef), chef de la rubrique genevoise, est journaliste à 20 minutes depuis 2012. Il navigue entre judiciaire, fait divers, économie et politique.