Les Red Flames jouent vendredi en barrage de la Coupe du monde contre la Pologne. Et comme à chaque sélection, on se pose la même question : où sont les francophones ? La Namuroise Constance Brackman est à nouveau reprise parmi les 24 joueuses d'Elisabet Gunnarsdottir mais elle se sent bien seule.

Le retour attendu de Lisa Lichtfus, qui reviendra prochainement d'une rupture des ligaments croisés, n'inversera pas forcément la tendance. Les deux échelons inférieurs connaissent aussi un manque de francophonie : deux en U23 (Hubaut et Watson) et quatre en U19 (Ernst, Godfroid, Delille, Tchidio Bomie).

La répartition est donc loin d'être à l'équilibre alors que la FFA suit le rythme avec 21 000 affiliées, pour 30 000 du côté flamand. "La Coupe du monde a aussi un peu boosté nos inscriptions de filles avec 4,8 % en plus chez nous, dans le même ratio qu'au nord du pays", se félicite Xavier Donnay, manager du Women's Elite et du foot de base à la FFA.

xavier donnay entraineur wu19
Xavier Donnay. ©ennio cameriere

La Flandre plus pro plus tôt

Pourtant, il existe d'autres éléments wallons et francophones (Fon, Zang Bikoula, Cordier, Gelders, Wajnblum, Humartus…) évoluant à l'étranger ou en Women's Pro League en Belgique mais la concurrence fait surtout pencher la balance pour les Flamandes.

"Ils ont peut-être été plus vite professionnels, nous disait Brackman en avril. Tout a été plus vite notamment avec les Yellow Flames (NdlR : projet de développement féminin de la VV). Et puis, il n'y a pas beaucoup de clubs wallons pros."

Aujourd'hui, le monde francophone tente de rattraper son retard mais le constat est également le même au niveau du championnat. Derrière le Standard, fer de lance pendant de très nombreuses années, seule La Louvière a décidé d'investir. Quant aux clubs pros venant du monde francophone, peu ont une structure féminine développée qui pourrait amener plus de potentiels à ce niveau.

"Gand, Bruges, Louvain et même Malines et Westerlo à l'échelon inférieur ont beaucoup d'équipes de jeunes, pas seulement leur équipe première, reprend Donnay. Dans les clubs wallons, certains ont une équipe première mais rien forcément en dessous. Un projet comme celui de La Louvière, qui a d'abord travaillé sur les jeunes, est unique. Si cela peut en inspirer d'autres…"

Élargir la base et réussir à les garder

Car avant de penser à porter un jour le maillot national, il faut aussi se frayer un chemin depuis les premiers pas avec les crampons. C'est bien connu aussi : plus la base de la pyramide sera large au sud du pays, plus la pointe sera teintée de touches wallonnes. Amener plus de filles à s'affilier est un axe de travail mais pas seulement. Il faut aussi pouvoir les garder en offrant un environnement propice à persévérer. Aujourd'hui, ce qui est proposé est avant tout un championnat masculin pour des raisons d'effectifs avec des clubs qui inscrivent souvent des équipes 100 % filles. La donne évolue pour les clubs pros en élite dès les WU14 avec un championnat féminin.

guillement

On veut montrer aux filles qu'il peut y avoir une finalité dans le foot à haut niveau.

"La mixité est réglementairement possible jusqu'en U18 en Belgique, précise Xavier Donnay. D'ailleurs, je l'encourage le plus longtemps possible tant que la joueuse s'y sent bien. En termes d'engagements, de vitesse d'exécution mais aussi de vision tactique, cela peut vraiment être un atout pour les filles. De Caigny ou encore Teulings ont longtemps joué avec les garçons."

La WFA pour les 14-15 ans

Pour amener plus de potentiels aux portes des Red Flames, la FFA planche depuis plusieurs années. Différentes opérations existent pour inciter les plus jeunes à s'inscrire (Foot4Girls) et à les détecter. La FFA avait aussi ses pôles élite au Standard et, plus récemment, à La Louvière. Ces projets ont désormais été réunis à Tubize au Proximus Basecamp : la Women's Football Academy. Les 30 filles de 14 et 15 ans en internat ont une quinzaine d'heures de foot encadrées par Xavier Donnay et son équipe avec un match amical en semaine. Le week-end, les filles rejoignent leur club.

"On souhaitait offrir, comme en Flandre même si les moyens ne sont pas équivalents, des opportunités de développer les compétences techniques, tactiques avec des analyses vidéo mais aussi de résorber le retard en termes d'athlétisation, détaille Donnay. On met en place aussi un développement mental. L'idée est de leur montrer qu'il peut y avoir une finalité dans le foot à haut niveau. On a réussi à convaincre des clubs comme Louvain, Anderlecht, le Standard ou la RAAL de nous confier leurs talents en semaine."

Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.