Barbara Palvin a défilé pour Victoria’s Secret six semaines après son accouchement. Ni miracle ni exploit : les études situent son cas dans la variabilité normale, et rappellent que la silhouette n’est pas la guérison.

Laurie Henry

Journaliste scientifique

Publié le 22/10/26 à 14:08

  • Le 18 octobre 2026, Barbara Palvin a défilé à Los Angeles pour Victoria’s Secret, six semaines après son accouchement.
  • Des études montrent que six semaines après l'accouchement, la récupération physique est loin d'être terminée pour la majorité des femmes.
  • Chaque corps suit son propre rythme de récupération post-accouchement, sans pression de retrouver rapidement sa silhouette d'avant grossesse.

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Le 18 octobre 2026, Barbara Palvin a défilé à Los Angeles pour Victoria’s Secret. La mannequin de 33 ans avait accouché de sa fille six semaines plus tôt. Elle attribue ce retour express à la chance, à une alimentation bio et à un peu de sport léger. Plusieurs études suggèrent que son cas n’a rien d’un miracle. Il se situe plutôt du bon côté d’une variabilité normale, très large. Et une silhouette retrouvée ne signifie pas un corps réparé.

Les travaux de Jorun Bakken Sperstad l’illustrent bien. Elle travaille à l’École norvégienne des sciences du sport, avec des collègues de l’hôpital d’Akershus et de l’université d’Oslo. L’équipe a suivi 300 femmes, de leur première grossesse jusqu’à un an après la naissance. Ses résultats sont parus dans le British Journal of Sports Medicine. À six semaines, quatre femmes sur dix n’avaient aucun écartement des abdominaux. Les six autres avaient un diastasis, le plus souvent léger.

Bio, allaitement, sport : le tri des études

Barbara Palvin allaite aussi sa fille, ce qui passe souvent pour un accélérateur de perte de poids. Charlotte Neville et ses collègues, de l’université Queen’s de Belfast, ont passé au crible les travaux sur le sujet. Dans l’International Journal of Obesity, ils jugent que les données remettent en cause cette croyance. Côté bio, Hanne Torjusen et ses collègues, de l’Institut norvégien de santé publique, ont analysé l’alimentation de milliers de femmes enceintes. Dans BMC Public Health, ils montrent que les grandes consommatrices de bio ont une alimentation globalement plus conforme aux recommandations. Difficile, dès lors, d’attribuer un bénéfice au seul label.

Le sport pendant la grossesse dispose d’appuis plus solides. Stephanie-May Ruchat, Michelle Mottola et leurs collègues ont compilé les études sur l’exercice prénatal. L’équipe réunit notamment les universités Western Ontario et de l’Alberta, au Canada. Leur méta-analyse, parue dans le British Journal of Sports Medicine, l’associe à moins de kilos superflus, avant comme après l’accouchement. Son mode de vie a donc pu l’aider, sans preuve dans son cas précis.

Une part de hasard

Reste la chance qu’elle invoque, que la science n’écarte pas. Dans l’étude norvégienne, presque aucun facteur testé ne distinguait les femmes ayant encore un diastasis un an après. Âge, poids avant la grossesse, kilos pris, césarienne, poids du bébé, sport : aucun ne ressortait. Seul le port fréquent de charges lourdes émergeait, de façon fragile. La génétique n’a pas été mesurée, et une part des écarts reste inexpliquée.

À l’université de Californie à San Francisco, Erica Gunderson et ses collègues ont suivi le poids de jeunes mères. Leurs résultats sont parus dans l’International Journal of Obesity and Related Metabolic Disorders. Environ la moitié des kilos pris pendant la grossesse avait disparu à six semaines. Cette perte précoce ne dépendait pas de la corpulence de départ. Quant à forcer, un essai norvégien publié dans Physical Therapy, avec S. L. Gluppe et Kari Bø, l’a testé. Seize semaines de cours encadrés après l’accouchement n’ont pas réduit l’écartement des abdominaux.

Une silhouette n’est pas une guérison

Pour les jeunes mères, le message est rassurant. Garder des kilos ou un ventre relâché six semaines après l’accouchement est la situation la plus courante. Et l’apparence ne dit rien de l’intérieur. Janis Miller, de l’université du Michigan, a suivi par IRM des primipares exposées à des lésions pelviennes. Dans l’American Journal of Obstetrics and Gynecology, elle rapporte que 89 % des déchirures du périnée restaient inchangées après huit mois. Barbara Palvin le reconnaît : « Je suis encore en train de guérir ».

Le podium, enfin, reste une mise en scène. Les mannequins de la marque décrivent des semaines de préparation, puis des heures de coiffure et de maquillage sous un éclairage contrôlé. La jeune mère insiste aussi sur l’aide de ses parents et de ses amis. Son conseil aux autres mamans tient en une phrase : ne pas être trop dure avec soi-même. Chaque parcours est différent. Selon elle, un retour aussi rapide n’a pas de sens pour toutes les jeunes mères. Le corps de chacune suit son propre calendrier.