Une étudiante droguée, sept hommes accusés de l'avoir violée, une enquête qui n'avait pas abouti à des poursuites, et des échanges glaçants sur Snapchat. Près de deux ans après les faits présumés, l'affaire qui implique une fraternité de l'université Cornell, dans l'État de New York, provoque une vague d'indignation aux États-Unis et bien au-delà des frontières américaines.

Les faits remontent à la nuit du 19 au 20 octobre 2024. À l'époque, la jeune femme désignée sous le pseudonyme de "Jane Doe" avait 20 ans. Elle affirme avoir été agressée par sept membres de Chi Phi, une fraternité exclusivement masculine.

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Selon son récit, elle s'était rendue dans une maison de la fraternité pour retrouver un ami. Après avoir refusé une proposition de rapport sexuel à trois, elle affirme avoir été forcée à consommer de l'alcool et des drogues, dont de la kétamine. Elle affirme ensuite avoir été violée par sept hommes. Elle raconte aussi avoir été frappée, avoir eu des trous de mémoire et avoir perdu connaissance vers 6 heures du matin.

Un groupe Snapchat glaçant

D'après les éléments de la plainte, les membres de la fraternité auraient utilisé un groupe de discussion sur Snapchat pour inciter d'autres étudiants à participer aux agressions.

Capture d’écran issue de la plainte de Jane Doe montrant les messages échangés sur Snapchat par des membres de la fraternité Chi Phi, le 20 octobre 2024
Capture d'écran issue de la plainte de Jane Doe montrant les messages échangés sur Snapchat par des membres de la fraternité Chi Phi, le 20 octobre 2024 ©SUPREME COURT OF THE STATE OF NEW YORK COUNTY OF NEW YORK

La jeune femme avait signalé les faits à la police de Cornell quelques semaines plus tard. Le procureur du comté de Tompkins, Matthew Van Houten, avait estimé que les éléments disponibles ne permettaient pas d'établir que la victime avait été droguée contre son gré ou qu'elle était incapable de consentir.

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Son avocat, Me Thomas Giuffra, conteste cette décision. Il affirme notamment que sa cliente avait remis aux autorités une capture d'écran des échanges Snapchat dès 2024.

Une plainte qui relance l'enquête

Le 16 septembre 2026, Jane Doe dépose une plainte au civil. La publication de ce document relance l'affaire et suscite de nombreuses réactions. Matthew Van Houten annonce alors la réouverture de l'enquête. Il envisage désormais des poursuites pénales contre les sept hommes.

Mais le dossier ne reste pas entre les mains des autorités locales. La gouverneure de l'État de New York, Kathy Hochul, demande à son tour une enquête indépendante sur la manière dont le procureur du comté a traité les accusations. Ce jeudi 1er octobre 2026, elle nomme également une procureure spéciale pour superviser l'enquête : Letitia James, la procureure générale de l'État, connue notamment pour ses investigations sur Donald Trump et l'ancien gouverneur Andrew Cuomo.

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"Des nouvelles informations rendues publiques soulèvent des questions graves sur la façon dont ce dossier a été géré", a déclaré Kathy Hochul. "Cela a sapé ma confiance, et la confiance du public, en la capacité du procureur local à enquêter efficacement et à poursuivre en justice", a-t-elle ajouté. Avant de conclure : "La jeune femme impliquée dans cette affaire mérite de savoir que chaque fait sera examiné et que justice sera rendue".

Cornell dans la tourmente

L'université est elle aussi critiquée. Dans sa plainte, Jane Doe affirme que certains des étudiants accusés avaient notamment dû rédiger des dissertations pour "atténuer la gravité de leur comportement". Cornell conteste cette présentation et assure que son enquête interne avait conduit à "toute une série de sanctions, parmi lesquelles des expulsions et des suspensions de Cornell". L'université rappelle également que la fraternité Chi Phi est interdite d'accès au campus depuis 2024.

L'affaire a depuis largement dépassé les murs de Cornell. La députée américaine Alexandria Ocasio-Cortez a dénoncé une "culture du viol" dans les institutions prestigieuses.

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Sur les réseaux sociaux, l'affaire a suscité de nombreuses réactions aux États-Unis, mais aussi en Europe, chez des anonymes mais aussi des personnalités publiques. L'actrice britannique Florence Pugh, connue notamment pour ses rôles dans Midsommar, Les Filles du docteur March et l'univers Marvel, a pris la parole sur Instagram. Elle y a dénoncé les "collèges, des écoles, des universités qui laissent tomber les femmes partout dans le monde". "Vous formez des hommes à qui l'on répète sans cesse qu'ils peuvent causer un préjudice extrême sans risquer de subir de représailles", a-t-elle ajouté.

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