Vacances et écrans, le combo dangereux pour les jeunes: "Il faut interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans et mettre un couvre-feu "
À moins de passer quelques jours où le téléphone est interdit, les jeunes auront probablement les yeux rivés sur le petit écran tactile cet été. Encore plus qu'en temps normal. "Je fais souvent la comparaison avec la consommation d'alcool. Pendant les vacances, les gens sortent plus et donc boivent plus, ce n'est pas 'normal' mais c'est une réalité. Mais il faut penser à se remettre dans une hygiène de vie qui permet une reprise scolaire réussie", indique Dr Sophie Dechene, pédopsychiatre au CHU Helora, hôpital pédopsychiatrique de jour de Tubize. "L'alcool peut être une source de danger. Les écrans aussi. Ils peuvent créer une addiction et conduire à des rencontres dangereuses sur les réseaux sociaux."
Avalanche d'appels à l'aide pour se détacher des écrans: "Les jeunes sont tellement accros à leur téléphone, c'est un fléau"Les réseaux sociaux et des jeux en ligne tentent de capter l'attention des jeunes le plus longtemps possible." Les parents et la société ne se rendent pas compte du dégât des écrans sur les jeunes et les adultes. Et, surtout, ils se rendent pas compte du temps passé sur les écrans par les enfants. C'est un vrai problème", pointe la pédopsychiatre.
"Une bombe aux mains des ados"
Les dégâts des écrans et surtout du contenu diffusé se situent à plusieurs niveaux. "Sédentarisation de l'obésité, trouble de vue, de la posture et du sommeil (avec tout ce que ça entraîne) sont des conséquences directes. On a aussi des corrélations : la façon dont on utilise les écrans et les réseaux sociaux risque d'aggraver des troubles déjà existants : augmentation de la dépression, de l'anxiété, des idées noires, du trouble à l'image corporelle…", liste Caroline Depuydt, psychiatre et directrice médicale d'Epsylon.
L'autre piège des jeux en ligne gratuits est l'incitation à des achats pour améliorer son expérience. "Les créateurs ont mis des ingénieurs de l'économie de l'attention et de la captologie pour rendre le jeu addictif : dopamine, récompense aléatoire et ces bonus payants. Ce n'est pas trop cher et ça donne envie d'aller toujours plus loin. Mais c'est une porte ouverte pour des achats non raisonnés, compulsifs et répétés dans un contexte d'addiction possible. C'est une économie à plusieurs milliards d'euros", souligne Dr Depuydt. "L'addiction aux jeux vidéo est la seule addiction en ligne seule reconnue."
"Le produit est nocif pour les enfants" : la France bannit les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, la Belgique toujours sans position claireChild Focus appelle à la vigilance sur les plateformes de jeux qui disposent d'une messagerie comme Roblox et Fortnite. Sans limite d'âge ni vérification, il est aisé de créer un faux profil. Grooming (manipulation d'un adulte envers un mineur à des fins sexuelles), messages de haine, de discrimination, propagandes islamistes ou d'extrême droite… les signalements reçus par Child Focus et le délégué général aux droits de l'enfant se multiplient.
"Je milite depuis des années pour une limite d'âge avant laquelle les réseaux sociaux doivent être interdits. Pas interdire pour interdire, mais interdire pour protéger. On parle beaucoup de Facebook, Instagram ou Snapchat mais d'autres plateformes moins connues inquiètent, notamment les plateformes de jeux en ligne. Mais on en revient toujours à la même problématique : les contrôles d'âges proposés par les plateformes sont lacunaires", commente la ministre des Médias, Jacqueline Galant (MR).
Grooming, messages inappropriés, embrigadement de mineurs... : la face sombre des messageries des jeux en ligneLimite d'âge, de temps ou liste noire
Un an après l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans, l'Australie tire un bilan contrasté. "Ce n'est pas surprenant mais c'est un premier pas vers un changement sociétal. Il faudra beaucoup de temps pour contrer une telle machinerie qui veut faire de l'argent sur la santé mentale des jeunes, probablement plusieurs décennies", réagit la pédopsychiatre. "Il va falloir légiférer. On n'a pas le choix que de résister à ce fléau car les jeunes n'ont pas la maturité pour le faire. Les jeunes qui vont sur les réseaux sociaux vont mal. Les jeunes qui vont s'en sortir seront ceux dont les parents ont limité les écrans."
Si Dr Dechêne salue la décision de la France d'interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, elle estime que ce n'est pas suffisant. "Il faudrait mettre une limite d'âge au premier smartphone. Ce n'est pas un téléphone mais une source de divertissement extrêmement addictive. Il faudrait autoriser le GSM à 14 ans car c'est nécessaire d'avoir d'un smartphone pour payer son ticket de train et 16 ans pour les réseaux sociaux mais toujours avec un cadre parental strict car les jeunes sont encore trop immatures. En Angleterre, ils réfléchissent à mettre un couvre-feu sur les réseaux sociaux le soir. C'est une bonne idée pour les 16-17 ans car ils sont incapables de s'arrêter à une heure décente. Si on veut respecter les heures de sommeil, 21h me semble bien car ils ne vont pas s'endormir directement et ça leur donne le temps de se détendre."
Voici à partir de combien de temps l'exposition aux écrans impacte le vocabulaire de l'enfantDr Depuydt craint que l'interdiction seule incite les jeunes à la transgression avec des effets négatifs potentiels réels. "On crée toutes les conditions du silence et cela peut pousser vers des plateformes moins éthiques où des situations plus problématiques à émerger. Sans éducation à la citoyenneté numérique, c'est un peu raté et ça pourrait même être contre-productif. Il est nécessaire d'encadrer, d'éduquer et de ne pas laisser une bombe aux mains des ados."
La ministre du Numérique propose une interdiction aux moins de 15 ans avec une vérification via Itsme ou MyGov. Contrairement à la France, Vanessa Matz (Les Engagés) défend une limite d'âge sur des plateformes en lignes et des services de communication interpersonnelles en excluant notamment les sites de presse, les encyclopédies en ligne et les répertoires à finalités éducative ou scientifique. "Notre définition est extrêmement large car il existe des plateformes hormis les jeux en ligne qui sont moins connus et qui sont aussi extrêmement nocives et dangereuses pour les jeunes. Le but est de réglementer toutes les plateformes sans gradation dans la nocivité car cela risque de déplacer les jeunes et les prédateurs", explique-t-elle.
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