Vertical Aerospace : 100 millions de dollars pour maintenir Valo en vol vers la certification | Air Journal
Le britannique Vertical Aerospace annonce des engagements de financement d’environ 100 millions de dollars pour accélérer la certification et l’industrialisation de son eVTOL Valo. Cette injection de liquidités doit notamment financer la revue critique de conception, les capacités batteries et la préparation d’essais hybrides-électriques, alors que l’avionneur a repoussé son objectif de certification de type à 2029.
Vertical Aerospace annonce 100 M$ pour son eVTOL Valo
Dans la course longue et coûteuse à la certification des aéronefs à décollage et atterrissage verticaux électriques, Vertical Aerospace s’offre un peu d’oxygène. Le constructeur britannique, basé à Bristol et coté à New York sous le symbole EVTL, a annoncé le 10 août des engagements de financement totalisant environ 100 millions de dollars, destinés à faire progresser la certification puis la commercialisation de son eVTOL, le Valo.
L’opération réunit trois sources distinctes. Mudrick Capital, premier actionnaire de Vertical, doit apporter 40 millions de dollars au travers de la ligne existante de titres convertibles de 50 millions de dollars : 5 millions ont déjà été tirés, tandis qu’un décaissement accéléré de 35 millions est envisagé avant le 12 août. Un groupe d’investisseurs existants et nouveaux souscrirait par ailleurs 35 millions de dollars dans le cadre d’une émission d’actions assorties de bons de souscription, au prix de 1,05 dollar l’unité. Enfin, 25 millions de dollars doivent provenir de la facilité d’actions préférentielles conclue avec Yorkville Advisors Global.
La prudence reste toutefois de mise : la tranche de 35 millions de dollars attribuée à Mudrick Capital repose encore sur un accord de principe non contraignant et demeure soumise à la signature d’accords définitifs. Vertical présente donc bien des « engagements de financement », plutôt qu’une levée de fonds intégralement encaissée.
Financer la bascule vers l’avion certifiable
Le premier usage de ces fonds sera la Critical Design Review (CDR), ou revue critique de conception. C’est une séquence déterminante dans un programme aéronautique : elle doit figer la définition certifiable de l’appareil, avant la fabrication des exemplaires conformes qui seront employés dans les campagnes d’essais réglementaires.
Vertical prévoit d’achever cette revue d’ici à la fin de l’année 2026. Elle ouvrira la voie à la construction et aux essais d’aéronefs de certification, sous la supervision de la Civil Aviation Authority (CAA) britannique, en coordination avec l’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA).
Les fonds doivent aussi contribuer à l’agrandissement du Vertical Energy Centre, avec l’objectif de tripler les capacités de production de batteries, ainsi qu’à la mise en place de futures installations de production au Royaume-Uni. L’entreprise prévoit également de modifier son troisième prototype afin de commencer des essais en vol hybrides-électriques au premier semestre 2027.
« Après l’élan donné par nos progrès des six derniers mois, notamment les démonstrations de transition pilotées à Farnborough, nous nous concentrons sur la conversion de nos progrès opérationnels et de l’engagement de nos partenaires en avancées continues de notre stratégie de certification et de commercialisation », a déclaré Stuart Simpson, directeur général de Vertical Aerospace, dans le communiqué de l’entreprise.
Des essais en vol, mais une échéance décalée à 2029
Vertical Aerospace peut mettre en avant un jalon technique important : en avril, l’entreprise a réalisé une transition pilotée aller-retour entre le vol vertical et le vol sustenté par les ailes, avec un appareil eVTOL grandeur réelle. Le constructeur affirme être le premier à avoir accompli cette étape sous le contrôle réglementaire de la CAA britannique ; une seule autre entreprise mondiale l’avait alors réalisée sur un appareil comparable.
Lors du salon de Farnborough, Vertical indique avoir effectué cinq démonstrations en vol sur cinq jours, dont les premières transitions publiques pilotées d’un eVTOL à l’occasion du rendez-vous britannique. Ces vols sont importants pour démontrer le comportement réel de l’appareil, mais ils ne remplacent pas la très vaste campagne de conformité qui attend encore le programme.
Surtout, le calendrier a récemment glissé. Après avoir précédemment visé 2028, Vertical table désormais sur une certification de type du Valo en 2029. L’avionneur explique ce report par la replanification des travaux de certification restants, notamment la construction et les essais des appareils conformes à la définition finale.
Valo, un eVTOL de quatre passagers
Le Valo est conçu comme un eVTOL piloté, accueillant quatre passagers et un pilote. Sa configuration repose sur huit hélices orientables, appelées par Vertical « tilt-shift propellers », afin d’assurer le décollage vertical puis le vol de croisière porté par les ailes. Le constructeur annonce une vitesse de croisière de 150 mph, soit environ 240 km/h, et un rayon d’action de 100 miles, environ 160 km, pour la variante entièrement électrique.
L’appareil vise une certification CAA/EASA selon les exigences SC-VTOL, catégorie « Enhanced », un cadre de sécurité particulièrement exigeant pour les opérations commerciales de passagers. Honeywell fournit notamment les systèmes avioniques et de commandes de vol, tandis que Vertical développe en interne certains éléments jugés critiques, dont les batteries et les hélices.
La variante hybride-électrique, encore au stade du développement, élargirait en revanche considérablement le spectre de missions. Vertical évoque jusqu’à 1 000 miles — environ 1 600 km — d’autonomie, ainsi qu’une charge utile pouvant atteindre 1 100 kg sur les trajets plus courts. L’objectif est de viser au-delà du taxi aérien urbain : logistique, missions spéciales et applications de défense font partie des débouchés identifiés.
Vertical revendique environ 1 500 précommandes conditionnelles, représentant une valeur estimée à 6 milliards de dollars, avec notamment American Airlines, Avolon, Bristow, GOL et Japan Airlines. Ces intentions commerciales constituent un indicateur d’intérêt, non un carnet de commandes ferme équivalent à celui d’un constructeur d’avions de ligne. Le véritable test reste donc double : achever la certification en 2029 et disposer des capitaux nécessaires pour passer de prototypes prometteurs à une production aéronautique certifiée.

©Vertical Aerospace