Violences du 17 octobre : Emmanuel Macron n'a pas « souhaité renverser la table »
Emmanuel Macron, lors de son discours, ce 18 octobre 2026.
© LUDOVIC MARIN
Florian Tardif 18/10/2026 à 21:26, Mis à jour le 18/10/2026 à 21:47
BILLET - Dans son allocution, Emmanuel Macron s’est gardé d’annoncer des mesures fortes, renvoyant les décisions à plus tard.
«Mes chers compatriotes. » Lorsque Emmanuel Macron ouvre son allocution, après les scènes de chaos de la veille – dont certaines se poursuivent encore –, ceux qui l’écoutent attendent une parole à la hauteur de la crise. Une parole forte, assortie de décisions concrètes. N’est-il pas, comme le rappelait De Gaulle dans son discours de Bayeux, en 1946, « le président de l’Union française en même temps que celui de la République » ? Ils n’auront finalement eu que des mots.
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Des mots parfois martiaux, à commencer par le terme de « factieux », employé pour désigner les émeutiers issus de « groupuscules d’ultragauche ». Mais la fermeté du vocabulaire ne suffit pas – ne suffit plus. Son appel au calme, lancé vendredi, n’a pas suffi à enrayer les violences. Dès lors, une nouvelle prise de parole ne pouvait se contenter de répéter les mêmes injonctions : elle appelait des mesures concrètes à la hauteur de la situation. Bref, de l’exceptionnel.
Dans l’entourage présidentiel, certains plaidaient d’ailleurs pour « renverser la table ». Quelques heures plus tôt, l’un des visiteurs réguliers de l’Élysée confiait à Paris Match : « L’attente est trop forte. Il faut qu’il reprenne la main. Je lui ai proposé quelques décisions spectaculaires. » De quoi alimenter les spéculations sur les plateaux des chaînes d’information en continu : déclaration de l’état d’urgence, instauration d’un couvre-feu ou toute autre mesure susceptible de donner à voir un pouvoir résolu à reprendre le contrôle de la situation.
Rien de tout cela.
Emmanuel Macron, commentateur de sa propre impuissance
Ce soir, les Français ont assisté à une mise en scène du pouvoir. Emmanuel Macron a pris la parole depuis l’Élysée – les dorures de son bureau le rappelaient, si besoin était. Mais c’est tout. Dans « Condition de l’homme moderne », la philosophe Hannah Arendt souligne le lien entre la parole et l’action. Elle écrit que le pouvoir existe là où « la parole et l’acte ne se sont pas séparés ». Or, ici, la parole semble devenue un substitut à l’action, une manière de donner à voir l’autorité plutôt que d’en manifester les effets.
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Le président s’est surtout attaché à annoncer ce que d’autres feraient. Sur les violences, il dit attendre « des réponses claires » et promet que « toute la transparence sera faite », précisant que c’est ce qu’il a demandé au ministre de l’Intérieur. Pour les commerçants dont les boutiques ont été saccagées et pillées, même logique : « Le gouvernement leur apportera des réponses », tandis que le Premier ministre doit présider dès le lendemain une cellule de crise pour mobiliser les aides au plus vite. Mais rien de précis, rien de chiffré. En somme, rien de concret, dans l’immédiat.
Face à Emmanuel Macron, dans un petit cadre, un portrait du général de Gaulle ne tenait que par une aiguille. Le fondateur de la Vᵉ République : tout un symbole. Souhaitons que l’aiguille tienne. Car, au fond, ce soir, le président s’est mué en commentateur de sa propre impuissance – exposant, par la même occasion, les fragilités du régime lui-même.
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