Radiographie d’un pack en chantier : Montagne, l'espoir de la mêlée des Bleus qui doit reprendre le pouvoir avant le Mondial
Après un Tournoi difficile durant lequel il lui a fallu faire le deuil sportif de Uini Atonio, le pack tricolore (et en particulier sa mêlée) n’a pas encore pleinement convaincu cet été. Même si le dernier test face au Japon a laissé entrevoir des promesses, certes à relativiser, qu’il s’agira de rapidement confirmer...
Qu’est-ce qui sépare encore les Bleus de l’Afrique du Sud, meilleure équipe du monde, et si l’on veut chipoter des Néo-Zélandais qui les ont battus de deux points le 4 juillet dernier à Christchurch ? Certainement pas l’attaque, sur laquelle on est abondamment revenu ces dernières semaines, considérée par de nombreux observateurs comme la meilleure du monde à l’heure actuelle, servie par des individualités incroyables au sein de la ligne de trois-quarts. Prise de décision, puissance, vitesse, efficacité : derrière, ces Bleus ont tout pour plaire, et on ne peut que s’en réjouir… Le principal revers de la médaille ? Il subsiste, à l’évidence, au sein d’un paquet d’avants qui ne dispose pas dans toutes ses lignes de la richesse d’effectif de ses homologues de derrière, en premier lieu dans le secteur de la mêlée fermée mais aussi épisodiquement (comme contre l’Australie) dans celui des ballons portés. Trop souvent mis à la faute, le paquet d’avants tricolore peut se voir reprocher d’offrir encore trop d’opportunités à ses adversaires d’occuper ses 22 mètres. "Je n’invente rien, le rugby commence devant et il est difficile d’exister au plus haut niveau sans ces bases, rappelait Fabien Galthié avant le dernier test face au Japon. Je ne dis pas que nous ne les avons pas, mais c’est un secteur qu’il faut constamment renforcer. On n’est notamment pas satisfait de nos performances en mêlée, où on n’a pas de certitudes."
Lesquelles relèvent en premier lieu, à l’évidence, du facteur humain au poste crucial de pilier droit, où pas moins de sept joueurs se sont succédé cette saison (Montagne, Aldegheri, Bamba, Laclayat, Tatafu, Falatea, Colombe). Ce vaste turnover n’ayant finalement fait qu’entretenir le doute, plutôt que de permettre de dénicher une perle rare qu’il ne faudra manifestement pas non plus attendre de l’équipe de France U20, également en grande difficulté face aux Baby Boks lors de leur finale…
Mêlée : enfin à 100 % de ses moyens, Montagne va devoir confirmer
Il faut dire qu’au-delà des spécificités du Top 14 (dont les clubs réservent souvent les rares places de non-Jiff aux piliers droits), le XV de France doit aussi faire face à la difficulté de ne pouvoir sélectionner deux des joueurs les plus performants, Mohamed Haouas et Wilfried Hounkpatin, déclarés non-sélectionnables en raison de leurs antécédents judiciaires. Une épine dans le pied supplémentaire qui pour l’édifice que tente de reconstruire William Servat, qui a toutefois connu du mieux face au Japon la semaine dernière. Essentiellement grâce à un contexte favorable, diront certains, arguant que la première ligne titularisée par Eddie Jones avait été totalement changée par rapport à celle de la semaine précédente ? Pas forcément, si l’on se souvient que le sélectionneur du Japon avait justifié son choix en expliquant que celui-ci avait été précisément effectué pour cibler la mêlée bleue… Voilà pourquoi, plutôt que de minimiser la performance d’un Régis Montagne enfin à 100 % ce jour-là (il avait joué en novembre alors qu’une hernie cervicale commençait à pointer, au point de le contraindre à l’opération au mois de mars), on choisira plutôt d’y voir un motif d’espoir pour les prochains mois. Tout comme on a pu voir dans la main tendue à Tevita Tatafu une autre raison d’être optimiste, en priant pour que celui-ci parvienne enfin à retrouver une "caisse" en enchaînant avec Bayonne dès le début de saison prochaine. Des signaux qu’il s’agira toutefois de confirmer dès novembre face aux Springboks, sous peine de voir les espoirs de titre mondial en Australie se réduire comme peau de chagrin, malgré les incroyables individualités dont disposent les Bleus derrière…